Interview de Jérôme Attal.

« Interview de Jérôme Attal »

Tout d’abord, merci infiniment Jérôme d’avoir accepté de répondre à mes questions!

Mais qui est Jérôme en fait?

Un type qui essaie, comme le dit si bien le photographe Robert Doisneau, d’avancer dans la vie avec le sourire pour attirer la bienveillance du hasard.

-Pourquoi écris-tu?

Sans doute par amour de laisser une ou deux phrases définitives dans un monde et des sentiments qui sont toujours en mouvement.

C’est aussi la meilleure façon que j’ai trouvé de planquer mes secrets.

– Dans « 37, étoiles filantes », tu nous emmène à Montmartre dans le milieu des artistes dans les années 30. C’est une époque que tu aurais aimée vivre?

 Pas le moins du monde. Je préfère nettement notre époque. Même si elle est formidable et cruelle. Enfin, ce n’est pas tant l’époque, c’est cette constance chez certaines personnes à toujours faire preuve de cruauté envers ce qui est formidable.

-Tu nous emmènes à la Closerie des Lilas, au café de Flore, des lieux emblématiques de Paris, voire des « bobos » parisiens. C’est dans ces lieux que tu trouves l’inspiration?

 Hum. J’ai plutôt la sensation que les « bobos » parisiens sont rive droite, autour du Canal Saint-Martin ou de la rue des Martyrs par exemple. Au Flore, à La Closerie, il y a des touristes et des gens qui ont eu du succès quelque part pour pouvoir s’offrir un café à cinq euros. Je vais rarement dans ces lieux bien que j’adore le chocolat chaud du café de Flore. L’inspiration, je la trouve plutôt dans le mouvement des rues, en marchant. Tout d’un coup, quelque chose me stimule, m’émeut, me rappelle un souvenir me donne une perspective, bref une fille qui me plait se pointe et j’écris L’Odyssée.

-Les femmes ont un joli rôle dans ton roman. Que ferais-tu sans elles?

 Sans elles, je les attendrais encore.

-Le début du nazisme apparaît dans ton roman. Tu t’es documenté sur cette montée à cette époque?

Oui je me suis documenté pour que l’univers du roman reste crédible, mais pas trop pour que ça ne ressemble pas à une fiche Wikipedia. Dans un roman, on ne doit pas crouler sous les références, il faut que ça reste viscéral et vivant. Et puis j’évite que ce soit trop scolaire. Je préfère les bons mots aux bonnes notes !

-Où est la fiction et la réalité dans « 37, étoiles filantes »?

 La réalité, je n’y crois pas. Chacun a sa réalité d’un événement. Quand on tombe amoureux, on a un appel, quelque chose nous bouleverse, nous éclaire, on en connaît peu au départ sur la réalité de la personne convoitée. Mais on ressent quelque chose qui est peut-être plus profond que la réalité.

Pour un roman, je préfère parler de justesse que de réalité. Et la justesse passe par le style, le ton, par la petite musique de la lecture.

Cette question me fait penser à la phrase de Cocteau sur la différence entre l’histoire et la mythologie. Il dit : « La mythologie ce sont des mensonges qui deviennent des vérités, et l’histoire c’est des vérités qui deviennent des mensonges. » Et le poète ajoute : « Et si vous vous souvenez un jour de moi, ce sera sous une forme mythologique ! »

-Quand tu écris, as-tu déjà un plan bien défini ou est-ce que tu vois au fur et à mesure de la rédaction?

J’adore me laisser surprendre, j’aime quand j’arrive à ce rythme magique où les chapitres se succèdent et s’ouvrent naturellement comme un chemin en forêt par exemple. Il y a pas mal de ronces sur le chemin, et il suffit d’avancer avec rage, bonheur et conviction, pour que le chemin s’ouvre devant toi.

-Comment vois-tu tes lecteurs? Quels rapports entretiens-tu avec eux?

Je vois le petit cercle des gens qui s’attachent à mon travail s’agrandir de jour en jour et c’est un vrai bonheur.

Je peux parfois avoir la sensation d’être mésestimé dans un certain milieu littéraire, d’être pris un peu à la légère, alors mes lecteurs avec leurs livres tout stabilotés de phrases qu’ils ont adorées, leurs pages pleines de post-it, sont mes seules et plus vaillantes médailles.

-Comme lecteur, tu as des préférences de genres littéraires?

J’ai des trucs que je relis sans cesse, des romans ou des nouvelles comme ceux de J.D. Salinger, Fitzgerald, Richard Brautigan, mais j’aime aussi beaucoup les Journaux intimes et les entretiens de peintre, les livres sur le cinéma. Tout ce qui m’inspire et me protège. Il y a des livres qui vous rendent meilleurs, des livres qui sont des refuges, des livres qui sont des remparts, des histoires qui donnent envie de tomber amoureux, des livres qui vous font ressentir d’être moins seul, j’aime cette chevalerie de la lecture, j’y suis très attaché. À vingt ans, j’avais toujours un livre en main, où que j’aille. Sans livre dans ma main, je me sentais nu, et essoufflé en permanence.

-Une dernière: dans ton roman, tu évoques le Paradis du palais des Doges. As-tu lu le roman de Clélia Renucci « Concours pour le Paradis »?

Oui je l’ai lu, c’est très beau. On a fait un débat ensemble dans un salon du livre. Mais malheureusement on n’a pas beaucoup parlé ni de son livre ni du mien, parce qu’un des auteurs invités, un type austère et abominable, épaulé par le modérateur complice de ses saillies idiotes, s’en sont pris d’emblée à mon roman, m’ont traité de tous les noms et m’ont accusé de tous les torts de manière infondée et malveillante : « Hey comment ce mec avec sa dégaine à la cool et ses lunettes de soleil ose écrire un livre, un roman en plus, sur Giacometti et Sartre ? Mais brûlez-le vif ! » Bref, c’était un débat bien croquignolesque dont on me parle encore ! Dommage qu’il n’ait pas été filmé !

Que te souhaiter pour cette fin d’année ?

Que 37, étoiles filantes continue à être lu et apprécié, et aussi que mon nouveau projet jeunesse,
avec des illustations de Fred Bernard et des chansons d’Élise Reslinger, un livre-disque qui s’intitule :
« La princesse qui rêvait d’être une petite fille » soit un grand succès de librairie pour les fêtes de fin d’année.
En tout cas, on l’a conçu comme le meilleur cadeau possible à offrir à des petites filles de six à douze ans.

8 réflexions sur “Interview de Jérôme Attal.

  1. Un auteur que je ne connaissais pas du tout. Sauf de réputation. Grâce à toi je le vois différemment.
    Tu as su tirer profit de ton interview pour nous faire connaître l’homme. Merci Sybil

    Aimé par 1 personne

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