Interview de Lisa Giraud Taylor.

« Interview de Lisa Giraud Taylor »

-Tout d’abord, merci Lisa d’avoir accepté de répondre à mes questions!

Merci à toi de m’avoir proposé cette interview. C’est avec plaisir !

-Mais qui est Lisa en fait?

Je dirais que je suis une artiste dans l’âme. Je suis principalement un auteur, désormais, mais je suis une touche-à-tout, comme me l’a signalé une autre intervieweuse !

Je suis intéressée par les arts, par le partage, par le passage d’idées, quelles qu’en soient les formes.

Il y a une phrase de Bergson que j’aime particulièrement : « L’art vise à imprimer en nous des sentiments plutôt qu’à les exprimer. »

-Pourquoi écris-tu?

Pour partager mon univers, les histoires que je crée sans cesse. J’ai une réserve de romans déjà prêts pour la lecture.

L’écriture est un choix depuis mes dix ans. J’avais des idées, j’écrivais des textes, à l’époque plus courts, mais ils étaient appréciés et lus… pas seulement par ma famille, plutôt exigeante.

C’est une habitude aussi… Je dirais que je ne sais pas faire (trop) d’autres choses…

-Le titre de ton roman, « Ein Brera », signifie « Il n’y a pas le choix ». Peux-tu m’expliquer le choix de ce titre?

Comme tous mes titres, il s’est imposé. Je ne voulais pas, quand j’ai commencé l’histoire, dans ma tête, d’un titre évident, trop facile.

Il me fallait une expression, pas française. J’avais deux options mais, au détour d’une lecture, j’ai lu cette expression, transcrite de l’hébreu, et ce fut une fulgurance pour Béatrice et Noah… En sus, c’est bien le résumé du chemin des deux personnages.

Ein Brera est suffisant parlant tout en étant mystérieux… enfin, il est traduit dès le début. Il est aussi important que les citations qui ouvrent le roman.

-J’ai beaucoup aimé ton personnage principal, Béatrice, une femme forte dans tous les sens du terme. Il y a de toi dans Béatrice?

C’est l’éternelle question sur mes personnages féminins. Béatrice est dans la lignée des Gaëlle, Charlotte, Nina, etc.

Il y a forcément un peu de moi dans les romans, mais pas forcément chez les filles !

En fait, j’aime bien créer des femmes fortes (en réalité des femmes tout simplement) mais qui ont d’autres facettes, plus romanesques et qui, malgré leurs forts caractères, possèdent ce côté vulnérable qui est contrebalancé par leurs partenaires (masculins ou non).

Je dois dire que je préfère mes personnages masculins et les secondaires !

-Béatrice part à la recherche du passé de son grand-père durant la deuxième guerre mondiale. Pourquoi as-tu voulu parler de cette guerre et de ce qui c’est passé pour les juifs?

J’ai eu la chance de grandir avec des grands-parents, oncles et tantes, entre autres, qui ont vécu la Seconde Guerre mondiale, voire la Première, et qui m’en ont parlé.

J’ai, très tôt, voulu comprendre les causes de ces guerres, et j’ai trouvé plus complexe la période 1919 – 1939, notamment en Allemagne.

J’ai toujours désiré écrire une saga, d’où finalement ce triptyque, sur le sujet, sans faire dans l’uchronie, la fausse biographie ou le journal intime… ni le roman à l’eau de rose ou trop manichéen.

Je voulais des histoires modernes qui soient impactées par certains aspects. Karl & Nina évoque les relations entre français à travers une histoire d’amour interdite qui traverse les décennies ; Ein Brera pose la question de l’héritage et du poids des secrets de famille.

En ce qui concerne le sort des juifs, c’est principalement dû à trois raisons : ma rencontre dès mon enfance avec un ancien déporté qui, sans s’étaler ouvertement, m’a gentiment guidé vers la connaissance de son chemin, une stèle non loin de mon village d’enfance qui rappelle la trahison de certains français, et enfin, un voyage en Pologne qui m’a fait sentir des présences.

Je me suis juré de ne pas laisser cette sensation de côté.

-Cette recherche du pardon pour ne pas voir honte est importante pour toi?

Oui, je pense qu’il est essentiel, déjà, de comprendre le passé sans le juger par rapport au présent et à nos connaissances actuelles. C’est ce que fait Béatrice, elle se plonge dans le passé, sans références, et veut sauvegarder l’honneur de ses enfants. Elle présente ses excuses au nom de sa famille mais sait que le pardon ne peut être accordé qu’à ceux qui ont commis les actes.

On peut faire des erreurs, porter les erreurs des générations précédentes, sans pouvoir réparer les dommages, mais il est, alors, nécessaire de ne pas répéter les mêmes mauvaises décisions et actions.

Pour ma part, j’ai la chance de ne pas à porter la honte pour l’attitude de ma famille pendant cette guerre, mais je peux comprendre cette douleur, cette honte.

-Ton roman est extrêmement bien documenté. Comment as-tu organisé tes recherches?

Je dois dire que j’ai fait peu de recherches. Pour être honnête, j’ai lu de très nombreux livres sur la Seconde Guerre mondiale (quels que soient les aspects), sur ces thématiques depuis mes dix ans, et rencontré de nombreux témoins qui m’ont appris beaucoup de choses, de détails, de sentiments.

Comme tu as pu le constater, à la fin de Ein Brera, il y a une bibliographie non exhaustive (des livres lus), comme à la fin de Karl & Nina, et comme ce sera le cas à la fin du volet 3. J’y tiens pour ceux qui voudraient en savoir plus sur mes sources, mes références, etc.

Par contre, n’ayant jamais été en Israël, j’ai compulsé de nombreux ouvrages sur le pays les paysages, les façons de voir, les monuments historiques, les « trucs à touristes », bref, j’ai fait mon itinéraire de voyages pour peaufiner la vie de Noah et fait le tour de quelques touristes récurrents.

-Il t’a fallu combien de temps pour écrire ce roman? Depuis l’idée qui a germé dans ta tête au point final?

L’idée a germé il y a une vingtaine d’année… pour Karl & Nina ; Ein Brera est arrivé qu’à la fin de la rédaction du premier volet, fin 2015.

De sa conception dans ma tête au point final, il s’est écoulé trois mois, plus un mois pour retranscrire sur l’ordinateur l’histoire écrite sur mon cahier à spirales.

Je ne passe pas plus de quatre/cinq mois (retranscription comprise, à raison d’une ou deux heures par jour) sur un roman, sinon, c’est qu’il ne vaut pas le coup, pour moi… d’autant plus si je n’ai pas le titre avant le début de la rédaction « dans ma tête ».

-Quand tu écris, as-tu déjà un plan bien structuré ou est-ce que tu vois au fur et à mesure de la rédaction?

Au départ, j’ai un résumé d’une dizaine de lignes (au mieux), les identités des personnages principaux et secondaires, quelques brides des passés respectifs, deux ou trois lieux, un ou deux évènements majeurs (et donc quasiment immuables), leurs garde-robes, leurs playlists ; bref l’essentiel.

A partir de ce moment, je formule l’histoire avec la ligne directrice ; évidemment, petit à petit, les personnages vivent, s’expriment et me contrarient bien souvent. Tout le monde râle, gueule, revendique, s’amourache du mauvais personnage, essaie de tuer son voisin… sans compter sur l’auteur qui prend tout le monde à contre-pied !

J’ai l’habitude de dire que ce sont les personnages qui prennent l’histoire en mains et qui l’amènent doucement vers le dénouement.

Pour information, certaines scènes de Ein Brera n’auraient jamais dû s’y trouver, n’étant pas prévu. Les circonstances et les personnages ont provoqué ces ajouts… et la fin.

-« Ein Brera » fait partie d’un triptyque. Qu’est-ce qui t’a décidé à cette construction autour de tes trois romans?

J’avais besoin d’un format à la fois simple (trois romans sur la même thématique) et un brin complexe (indépendants et différents) ; il me fallait un lien, autre que la thématique. Je l’ai trouvé facilement puisque c’est le personnage qui a tout déclenché qui fait cette jonction.

Il est arrivé en même temps que l’histoire après un reportage d’Histoire et avoir revu une vieille photo de George Rodger d’un soldat allemand s’inclinant sur la tombe d’un soldat anglais, en juin 1941. J’ai toujours été fascinée par cette photo (qui orne une des murs de mon bureau, une copie malheureusement !).

J’avais besoin de trois livres, se lisant indépendamment mais qui sont liés et se répondent. Qu’on lise Ein Brera, Karl et Nina ou le volet 3, en respectant mon ordre (j’ai une certaine vision pour ce triptyque) ou pas, le personnage est là, il lie le tout et prend le lecteur par la main.

Dois-je préciser quel est ledit personnage ?

-Comment vois-tu tes lecteurs? Quels rapports entretiens-tu avec eux?

J’ai toujours pensé que mes lecteurs étaient des personnes aussi éclectiques que je peux l’être dans mes goûts. J’aime à penser qu’ils aiment mon univers créatif, et pas que mes romans, qu’ils sont curieux (dans le bon sens du terme), qu’ils apprécient d’être surpris, déboussolés, inquiets, exaltés, etc., et qu’ils ont hâte de me retrouver lors d’un autre roman, complètement différent du précédent…

Pour l’instant, mon lectorat est fidèle, souvent surpris mais heureux de l’être. Il me suit dans mon cheminement, s’exprime directement sur ses sensations, ses ressentis. J’aime beaucoup mes échanges avec les lecteurs car ils ont une autre vision de l’histoire, des personnages ; c’est souvent assez étonnant (et détonnant) d’entendre leurs compréhensions d’une scène, d’un but, d’un personnage. J’argumente, ou pas… en fonction, bien souvent de mon propre ressenti du lecteur. Certains n’aiment pas avoir trop de détails, d’autres me bombardent de questions et me demandent de rajouter des dizaines de détails, pages, annexes pour tout connaître des personnages créés (et bien souvent, les garçons de mes romans remportent tous les suffrages !).

-Comme lectrice, tu as des préférences de genres littéraires?

Je suis le genre de lectrice qui peut lire quasiment de tout, sauf certains nouveaux genres que je trouve peu enclin à me faire rêver ou à me transporter (bitlit, romance, young adults, feel good, en général, mais je peux en lire sur recommandations !).

J’aime principalement les romans d’aventures, les romans historiques, les thrillers, la SF (et plus particulièrement les dystopies et uchronies) ou encore la poésie.

Je suis une grande lectrice de livres d’Histoire ; les pavés de 600 à 1000 pages ne me font jamais peur. J’en lis toujours un en marge des romans.

-Un conseil lecture pour la rentrée?

J’ai la chance de recevoir quelques services de presse depuis quelque temps et parmi ceux qui sont publiés pour la rentrée littéraire de janvier, j’ai craqué pour « Partiellement nuageux » d’Antoine Choplin aux éditions La Fosse aux Ours. C’est d’une poésie, d’un romanesque avec un fond historique chilien toujours vivace, sublime. C’est un texte court, simple mais émouvant entre les silences et les descriptions. Un seul effleurement de mur par une main m’a ému aux larmes.

-Un dernier mot?

Continuez à lire, à chercher, à penser par vous-même, à ne pas suivre les livres imposés ; allez dans une librairie indépendante, une bibliothèque ou dans une boîte à livres, regardez, humez, fiez-vous à votre instinct ; et lisez-moi, aussi, un peu.

Merci à toi, aussi, d’avoir tant aimé Ein Brera…

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