Interview de Sandrine Yazbeck.

« Interview de Sandrine Yazbeck »

Tout d’abord, merci infiniment Sandrine d’avoir accepté de répondre à mes questions!

Avec plaisir !

-Mais qui est Sandrine en fait?

Je me pose la question tous les jours 😊

-Pourquoi écrivez-vous?

J’ai envie d’écrire depuis que je suis toute petite. J’ai beaucoup écrit jusqu’au Lycée puis plus une ligne pendant 15 ans avant de finir un jour par m’avouer, de jobs en jobs qui ne me satisfaisaient jamais, que j’aimerais d’une manière ou d’une autre en faire mon métier.

-« Les imparfaits » est votre premier roman. D’où vous est venue l’idée?

 J’étais enceinte de mon fils et me promenais beaucoup dans les rues de Londres où j’habitais alors. Je passais souvent devant une immense et magnifique demeure dans laquelle un homme âgé se tenait à sa fenêtre, regardant sans voir, me semblait-il, le monde extérieur. J’ai commencé à m’interroger sur lui, me demander qui il était, quelle était sa vie, son histoire, s’il vivait seul, à quoi il pensait, quels rêves il avait laissés derrière lui… Le personnage de Gamal était né.

-Vos personnages masculins, Gamal et Howard, sont amis depuis très longtemps. Vous vous êtes inspirée de votre propre histoire pour cette histoire d’amitié, pour créer ces deux personnages?

Non, leurs personnalités et leurs destins ont été créés (avec ❤) de toutes pièces. Au contraire, je voulais des personnages aussi loin de moi que possible pour faire passer mes messages sans projeter.

-Clara, votre personnage féminin, est en fait indispensable aux deux hommes. Cela est pour illustrer « derrière chaque homme se trouve une femme »?

Plutôt pour illustrer le fait que derrière chaque relation se trouve un miroir qui nous sert à évoluer, qu’on choisisse de le faire ou non. C’est inconscient bien sûr pour Howard mais Clara est une distraction qui l’empêche de s’interroger sur les véritables raisons de sa rivalité avec Gamal, qui n’ont rien à voir avec elle. De même, Clara est l’illusion qui fait croire à Gamal qu’il a trouvé un semblant de normalité après la guerre, pour lui éviter d’affronter les fantômes de son passé. Enfin, l’apparente froideur de Gamal sur laquelle Clara se focalise tant détourne son attention de ce qu’elle devrait regarder : le fait qu’elle est dans la dépendance affective et que celle-ci n’a rien à voir avec lui mais avec son enfance. Chaque personnage, prisonnier de ses émotions, ne voit que lui-même dans le miroir, sans regarder ni ce qu’il y a derrière lui, ni ce qu’il y a derrière l’autre.

-Dans votre roman, vous mettez en avant les secrets que nous avons tous. Selon vous, doit-on tout se dire ou doit-on cacher des choses pour conserver justement une amitié ou un amour? Toute vérité est-elle bonne à dire?

Toute vérité n’est pas bonne à dire. Sauf à soi-même.

Que se passe-t-il dans la vie quand on se ment ou quand on n’a pas le courage de prendre les décisions difficiles? En général, rien de bon. C’est ce que j’ai essayé de montrer dans ce roman.

-Il y a des secrets, des mensonges, des trahisons tout le long de votre roman. Ça ne fait pas un peu beaucoup pour seulement trois personnages?!!!!!

Ce n’est pas tant leur nombre que le fait qu’ils soient de taille ! Mais au fond, les personnages ne se sont-ils pas trahis eux-mêmes ? Elle est là la racine du mal.

-Au fur et à mesure de ma lecture, que ce soit Gamal ou Howard, je me suis attachée à eux (et j’avoue que pour Gamal ce n’était pas gagné!), cet attachement était voulu dès le départ pour vous? Ou cela s’est dessiné lors de l’écriture?

L’attachement était non seulement voulu mais espéré. Quand on commence à connaître les personnages, leurs blessures intimes, leurs failles, leurs espoirs, on passe du jugement à la compassion. Nous nous sommes tous à un moment ou à un autre trouvé dans une situation similaire à celle des personnages, que ce soit la dépendance affective ou le déni de soi.

-Il vous a fallu combien de temps pour écrire ce roman? Depuis l’idée qui a germé dans votre tête au point final?

Dix ans, ponctués de plusieurs jobs, cinq déménagements, deux pays, deux enfants. Le second devrait prendre moins de temps ! Surtout si j’éteins Facebook 😊

-Quand vous écrivez, avez-vous déjà un plan bien structuré ou est-ce que vous voyez au fur et à mesure de la rédaction?

J’ai écrit Les imparfaits sans plan, au fil de l’inspiration : c’est une erreur que je ne referai jamais. Si cela m’a permis une certaine liberté, j’ai dû effectuer un travail de restructuration (entendre d’arrachage de cheveux) phénoménal pour finir le roman car je m’étais retrouvée avec deux histoires principales que j’aimais autant l’une que l’autre, entre lesquelles je ne pouvais pas choisir et qui ne s’appartenaient pas. Enfin, tout n’est pas perdu puisque l’histoire que j’ai supprimée fait l’objet de la suite du roman, consacrée à l’enfance des personnages.

-Comment vous sentez-vous au moment de la sortie de votre roman?

J’habite à plus de 5,000 kilomètres de Paris. Je me sens…loin ! Et en même temps, terriblement heureuse d’échanger avec mes lecteurs, en personne quand je rentre en France ou via mon site internet et les médias sociaux.

-Comment voyez-vous vos lecteurs?

Comme des amis que je ne me suis pas encore faits.

-Quels rapports entretenez-vous avec eux?

Pour ceux que j’ai rencontrés, un rapport affectif et chaleureux. Mais comme le livre vient juste de sortir, j’ai surtout hâte de continuer à les rencontrer ! J’ai écrit ce livre avec une main tendue vers l’Autre, vers eux, sans savoir si un jour quelqu’un la prendrait. Je l’ai expliqué sur mon site internet dans l’article « Écrire quand on ne sait pas si on sera lu ».

-Comme lectrice, vous avez des préférences de genres littéraires?

Ces dernières années, j’ai essentiellement lu des ouvrages de non-fiction en anglais. Quand je lis de la fiction, je reviens au français. Je lis typiquement de la littérature contemporaine et suis éclectique dans mes goûts : pourvu que le style me plaise et les idées m’interpellent, n’importe quel genre peut m’embarquer. J’aime aussi énormément la bande dessinée : je ne comprends pas que l’on qualifie cet art de mineur.

-Un conseil lecture pour la rentrée?

Une éducation de Tara Westover. Le récit proprement hallucinant d’une jeune fille élevée dans l’Idaho, qui jusqu’à l’âge de 18 ans n’est jamais allée à l’école ou n’a jamais consulté de médecin, et qui, décidant de s’éduquer toute seule en cachette à l’aide d’un vieux livre abandonné, va voir son destin changer. Mais à quel prix ! Prenant place dans l’Amérique d’aujourd’hui, où je vis, cette autobiographie mature et maitrisée est un sacré coup de poing dans le ventre qui donne matière à réfléchir…

-Un dernier mot?

Bonne année ❤ J ❤

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