D’origine italienne.

« D’origine italienne »

d’Anne Plantagenet

Lors de la rentrée littéraire des éditions Stock, Anna Plantagenet nous a présenté son dernier roman, « D’origine italienne », et je me devais de le lire!

Anne Plantagenet, après avoir été sur le chemin de son passé familial paternel et algérien, part cette fois-ci à la quête de ses origines maternelles et italiennes. Pour cela, elle va discuter de longues heures avec sa mère pour en apprendre le plus sur son grand-père, et programmer un séjour en Italie.

« Mon grand-père avait douze ans quand il a commencé à résider dans un autre pays que celui où il était né. Quelle a été son enfance en Italie, comment a-t-il vécu le départ et l’arrivée en France? Il ne l’a jamais dit. L’Italien du Nord ne montre pas ses sentiments. Il encaisse, n’affiche rien. Il ne se plaint pas, se tient toujours à une distance prudente des autres corps, limite les contacts physiques, accolades, poignées de main au maximum. Il s’exprime uniquement quand il n’a pas le choix, avec une économie de mots et de gestes, préférant les interjections. Le reste du temps, il ne la ramène pas. Je sais tout de même une chose: à douze ans, mon grand-père ne parle et ne comprend que l’italien, et même plus précisément le frioulan. »

Mon grand-père maternel était italien, italien du nord. Mon grand-père est arrivée en France sans parler français. Mon grand-père a francisé son prénom. Mon grand-père ne parlait plus italien. Mon grand-père était un homme dur, me faisant peur quand j’étais petite (d’ailleurs je ne lui ai dit « papy » qu’à l’âge de 10 ans). Mon grand-père était le patriarche. Mon grand-père ne parlait jamais de sa vie passée en Italie. Mon grand-père ne retournait pas en Italie. Mon grand-père a vécu à Dijon. Mon grand-père était un bel italien, puissant avec des fortes mains, des mains de travailleur. Mon grand -père m’a toujours, en fait, fascinée. Et ma mère a des origines italiennes de part son père. Tout cela est mon histoire familiale et c’est également l’histoire familiale d’Anne Plantagenet dans « D’origine italienne ».

J’ai bien évidemment aimé ma lecture et c’est assez fascinant de retrouver autant de sa propre histoire dans l’histoire d’une autre personne, lire tout ce que j’ai également vécu et se dire que nos grands-pères avaient beaucoup de similitudes. Beaucoup de personnes vont se retrouver dans le récit de l’auteure, dans son histoire familiale. Ce livre est en fait une discussion, une grande discussion entre l’auteure et sa mère à qui elle demande de lui dire tout ce qu’elle peut se souvenir de son père et du reste de sa famille. Anne Plantagenet parle de la vie de son grand-père Placide en Italie, de son arrivée en France, de son intégration pas des plus faciles, des divers métiers exercés, de sa naturalisation, de son mariage, de son départ pour la guerre, de son retour, de sa vie, de sa retraite. Elle décrit au mieux cet homme, cet italien. Elle en apprend beaucoup grâce à sa mère, sa tante, les photos, elle reconstitue le puzzle de la vie de Placide. « D’origine italienne » est un récit riche, sensible, sincère; la mère de l’auteure est si touchante, et l’auteure si attentionnée envers elle. J’ai aimé lire sincèrement cette quête des origines qui me touchent et me donnent presque envie de faire de même.

« Danièle, comme un discret tribut à la terre natale, la trace timide d’un ailleurs qui a existé, disparu, un ailleurs dont on ne se réclame pas à voix haute, dont on a abandonné le mode de vie et la langue. Pourtant, quand Placide Morselli, naturalisé depuis 1927, va déclarer son enfant, sa première-née, à la mairie d’Auxerre à la fin du mois de mai 1944, il lui donne un prénom typique de la région d’Italie où il est né et a vécu jusqu’à l’âge de douze ans. Il ne le sait peut-être pas, ne le fait pas consciemment. Ou au contraire c’est délibéré: Danièle avec un seul l, comme en italien. »

Je dédie cette modeste chronique à ma maman et à mon grand-père, Jean Pogliani.

« D’origine italienne » d’Anne Plantagenet chez les éditions Stock, le 27 février 2019.

La chance de leur vie.

« La chance de leur vie »

d’Agnès Desarthe

« La chance de leur vie » d’Agnès Desarthe chez les éditions de l’Olivier est le deuxième roman que je lis dans le cadre du prix Roman France Télévisions 2019.

Hector Vickery, professeur d’université, Sylvie, sa femme et Lester , leur fils, partent vivre au moins un an aux États-Unis. En effet, Hector est nommé professeur de philosophie dans une université de Caroline du nord. C’est une belle expérience pour lui, qui va bien jouer de son charme français. Sylvie, elle comme à son habitude, va observer tout ce qui l’entoure. Et Lester va devenir le guide d’une bande d’adolescents perdus. En France, les attentats du 13 novembre viennent de se passer et les États-Unis vont élire leur prochain président.

« À cet instant, le regard de Sylvie est presque vide, si terne que Jhersy renonce à préciser sa pensée. Il faut qu’il avance, qu’il dévoile. Il ne s’était pas attendu à cela. À cette indifférence. Il se croyait capable de piquer la curiosité de cette femme en trois mots. Les femmes sont toutes des fouineuses, non? Toujours à vous espionner, à surveiller le courrier, les résidus de parfum sur le col d’une chemise, de rouge à lèvres dans le cou. Combien de couples se sont dissous à la suite d’une simple enquête menée nuitamment sur le téléphone ou l’ordinateur? Les femmes fouillent et trouvent. Mais celle-ci semble indifférente. »

« La chance de leur vie » est mon premier roman de l’auteure et je n’ai pas été déçue d’entrer dans son univers. Agnès Desarthe fait découvrir à son lecteur les universités américaines avec leurs codes, les maisons, les rues américaines; tout est si différent de la France. Le lecteur entre également dans l’intimité du couple que forment Hector et Sylvie avec ses forces et ses failles. Il observe le changement de Lesther, changement qui s’opère dans l’avion. L’auteure nous livre la psychologie de chacun, leur questionnement, leur changement, leur espérance, tous y est. Tout d’abord Sylvie, une adepte du « non-agir » mais c’est pas pour autant qu’elle n’a pas d’avis, bien au contraire. Sylvie est une grande observatrice de tout ce qui l’entoure: son mari, son fils, les femmes proches de son époux, les expatriés de l’Alliance Française. Sans en être totalement consciente, Sylvie sait tout, devine tout, mais garde tout pour elle. Sylvie est un être à part qui fascine, Sylvie m’a intriguée puis je l’ai admirée car elle a une telle force en elle qui la rend indispensable. Sylvie est la pièce maîtresse de la famille Vickery; sans elle, cette famille s’écroulerait. D’ailleurs, Hector ne peut rien faire sans avoir le consentement de Sylvie, il ne jure que par sa femme et cela peut paraître contradictoire au vu de son comportement. Ce qui prouve bien toute la force de cette femme. Et Lesther qui ne veut qu’une chose, que sa mère, sa famille soient protégées du mal. Agnès Desarthe a fait de Sylvie un beau personnage.

À côté de tous ces personnages tout aussi passionnants les uns que les autres, l’auteure évoque des thèmes multiples: l’expatriation, l’amour, la famille, l’infidélité, les attentats, le terrorisme… Agnès Desarthe fait vivre les attentats du Bataclan à la famille à des milliers de km mais l’angoisse, la peine, la douleur, l’inquiétude sont les mêmes. « La chance de leur vie » est un roman actuel où l’auteure parle de tout, de tout ce qui fait une société jusqu’aux difficultés que vivent les adolescents qu’ils soient américains ou français. En fait, ce roman est si diversifié dans tous ces thèmes, dans tout ce qu’il en ressort, dans tout ce que le lecteur peut ressentir, que je pourrais en parler encore et encore!!!! « La chance de leur vie » est une bien belle découverte pour moi!!

« la chance de leur vie » d’Agnès Desarthe chez les éditions de l’Oliver, le 16 août 2018.

Le ciel sous nos pas.

« Le ciel sous nos pas »

de Leïla Bahasaïn

La maison d’édition Albin Michel m’a donnée l’occasion de découvrir le premier roman de Leïla Bahsaïn, « Le ciel sous nos pas », et cela tombe très bien car ce roman est sélectionné pour le prix Roman France Télévisions, prix pour lequel je suis jurée!

Une jeune femme marocaine vit avec sa mère officielle et Tifa, la fille de mère officielle, dans une petite ville du Maroc. De son perchoir/chambre, elle rêve ,rebelle sa vie. Elle ne désire pas suivre les règles, les us et coutumes mais cela est difficile. À la mort de mère officielle, elle part en France Tifa qui y est installée depuis quelques années. Mais elle va déchanter vite, elle qui rêvait de la France comme une terre de grande liberté…

« La prison, j’en fais carrément l’expérience les premiers jours. Je suis une recluse qui purge sa peine derrière la vitre d’une fenêtre anonyme du septième étage d’une tour HLM de vingt-six niveaux. Ma liberté se heurte à un mur entêté de béton armé et gris. Je regarde dehors et j’ai des ecchymoses à l’âme. Je suis atterrée devant la laideur qui m’entoure, à cause de mon imagination flamboyante et des manuels qui font la promotion des Lumières et de la Renaissance. »

Dans « Le ciel sous nos pas », la narratrice, qui est cette jeune femme marocaine, est un tourbillon, un tourbillon de vie qui veut vivre sa vie et non la subir comme cela peut être le cas de beaucoup de femmes marocaines. Cette femme est un souffle de liberté, de vie, d’envie, d’aspirations, de volonté, voire de transgressions des traditions pesantes. L’auteure nous décrit une femme rêveuse qui se réfugie le plus possible dans ses rêves justement où la vie est plus douce, où elle peut aimer qui elle souhaite, où elle choisit tout simplement. Cette jeune femme est ouverte au monde en général et elle va se confronter aux autres, qui n’ont pas le même ouverture d’esprit qu’elle.

Leïla Bahsaïn m’a emportée avec elle, dans une valse où celle qui mène est son héroïne. Elle raconte avec subtilité, passion, amour, la vie d’une jeune femme marocaine dans son pays natal où les traditions sont plus fortes que le reste, et en France où la liberté est relative. L’auteure nous sensibilise au racisme, à l’intégration des immigrés, à la religion, au terrorisme, à la mort, au manque d’amour, à la non communication. Ce sont des sujets lourds mais l’auteure a su les rendre léger sans en travestir les difficultés, les préjugés, les attentes. Et surtout, cette jeune, l’auteure l’a voulue forte, déterminée, intelligente, sensible; elle va prendre son destin en main malgré les obstacles, elle va se construire grâce à son caractère volontaire et grâce aussi à ses rêves qui lui permettent de s’évader et d’aspirer toujours à mieux. Le proverbe, « quand on veut, on peut », va très bien à ce roman « Le ciel sous nos pas » où son héroïne réussit à se créer sa vie, sa propre vie!

« Le ciel sous nos pas » de Leïla Bahsaïn chez Albin Michel, 02 janvier 2019.

Les oscillations du cœur.

« Les oscillations du cœur »

d’Anne Idoux-Thivet

Avec la complicité des éditions Michel Lafon, j’ai lu « Les oscillations du cœur », un roman doudou!

Aïko Ishikawa, une japonaise designer textile, Jean-Marc Poulain, un écrivain, et Angélique Meunier, mathématicienne autiste ont rien en commun, si ce n’est une collection de culbutos, des jouets vintage. Et grâce à ces culbutos et plus particulièrement grâce à des messages trouvés dans certains de leurs culbutos, ces trois personnes vont s’associer pour découvrir l’énigme de ces messages.

« Muriel sourit. La perspective de faire la lecture à un convalescent, assise au coin du feu dans un vieux cottage, lui donnait l’impression d’être une de ces héroïnes d’autrefois qui peuplaient ses romans préférés. Elle ouvrit le volume et le tint entre ses mains tremblantes. Un immense cœur transpercé par une flèche était dessiné sur la deuxième de couverture. À l’intérieur du cœur,  deux prénoms étaient unis à jamais: « Mathilde + Firmin. » Quel âge avaient-ils en 1971? Vingt et vingt-six ans, calcula-t-elle. Ils étaient jeunes. Ils étaient beaux. Ils pensaient avoir une vie d’amour devant eux. »

« Les oscillations du cœur » est une jolie histoire où l’amitié, l’amour, le passé, le présent prennent une place importante. L’auteure, Anne Idoux-Thivet, a choisi trois personnages totalement à l’opposé qui ne se seraient certainement pas parler, voire pas apprécier dans d’autres conditions et comme quoi la vie réserve toujours de belles surprises! Et tout cela grâce à une passion, c’est d’ailleurs souvent le cas: se retrouver autour d’une passion, rencontrer d’autres passionnés, parler de sa passion, nous le vivons tous les jours avec les livres! Dans « Les oscillations du cœur », l’auteure a joué de poésie, voire de tendresse dans le choix de ses mots, dans l’histoire de chaque personnage. Car oui, je me suis attachée à tous ces personnages avec pour l’un son côté un peu brusque, l’autre sa droiture, et l’autre son « sans filtre ». Chacun a son petit quelque chose qui en fait une belle personne! Et leur quête qu’ils mènent à trois, à jouer les détectives pour trouver qui a écrit les mots trouvés dans les culbutos, à qui étaient-ils adressés, pourquoi la personne concernée ne les a jamais lus? Tant de questions qui vont trouver réponses grâce à ce trio improbable! Trio qui va traverser la France pour se rencontrer déjà, puis pour leurs recherches: Arles, Grenoble, Dijon, le Jura, la Bretagne… Et quel plaisir non dissimulé pour moi de pouvoir « lire » ma ville, Dijon, dans un roman!!

Dans « Les oscillations du cœur », le lecteur pourra trouver son bonheur entre personnages atypiques, enquête, secrets de famille, retrouvailles, passions! Tout y est pour passer un très bon moment de lecture en compagnie de Aïko, fan d’une chanteuse populaire Claudine Casserole, Jean-Marc, un écrivain à la page blanche qui va se découvrir une petite attirance pour des romans à l’eau de rose (mais chut!!), et Angélique, autiste mais qui désire être entourée d’amis et vivre des tas d’expériences. L’auteure a su prendre le moins bien de chacun pour en faire une force à trois!! Et après la lecture, je suis sûre que chacun se rappellera son culbuto de son enfance!!

« Les oscillations du cœur » d’Anne Idoux-Thivet chez Michel Lafon, 17 janvier 2019.

 

L’empathie.

« L’empathie »

d’Antoine Renand

Faisant partie de la « meute » de la collection La Bête Noire des éditions Robert Laffont, j’ai pu découvrir le très bon premier roman d’Antoine Renand, « L’empathie ».

Marion Mesny et Anthony Rauch sont capitaines dans la « brigade du viol » à Paris. Ils enquêtent sur les viols, les violeurs et surtout ils accompagnent les victimes. Les deux coéquipiers enquêtent sur une série de viol commis toujours de la même manière. Et en parallèle, ils vont devoir traquer Alpha, un violeur, un bourreau, qui s’introduit chez ses victimes d’une manière inédite pour les deux enquêteurs. Va s’opérer une chasse entre les trois, chasse qui va dévoiler bien des noirceurs…

« Il était assis sur une chaise, face qu lit de la Poire. Cette fois, le policier put l’observer en détail: il était entièrement vêtu de noir, baskets comprises. Grand, élancé, et relativement mince, comme ses victimes l’avaient décrit. Il regardait la Poire, sans défense, toujours souriant. Il avait un beau visage et des yeux très noirs, dans lesquels toute sa folie transparaissait. Il dégageait un indéniable charisme. L’image du Mal. »

Pour un premier roman, c’est un premier roman « waouh »!! Antoine Renand a un réel don pour hypnotiser son lecteur, pour le rendre absolument accroc à son roman, pour le faire trembler, pour le faire cogiter, pour le surprendre, pour l’intriguer. Bref, avec « L’empathie », Antoine Renand est devenu un maître du thriller!! L’auteur est scénariste et cela se ressent dans son roman car l’auteur a su décrire avec précisions ses personnages, les scènes afin que le lecteur puisse visualiser au plus juste tout le livre. Les scènes défilent sous les mots avec précision et justesse! La justesse est également bien présente dans les intrigues qui sont délivrées au fur et à mesure. Car oui, il y a Alpha, le monstre, mais il y a aussi les deux flics, Marion et Anthony, qui sont eux-mêmes des intrigues: ils ont chacun un passé lourd, passé qui les a amenés à travailler dans cette « brigade su viol ». Alors oui, il y a le côté thriller avec Alpha, mais il y a surtout le thriller psychologique qui rend le lecteur accroc. Et tout y est: la peur, l’angoisse, l’étonnement, la sensibilité, la compréhension, l’empathie bien évidemment. Antoine Renand n’épargne rien à son lecteur: tout est décrit, dit sans tabou, âme très sensible s’abstenir car l’horreur y est très bien décrit!

À côté de tout cela, Antoine Renand n’en a pas oublié les victimes, ces victimes qui pourraient être une personne que nous connaissons, une personne proche de nous. Elles ont une place importante dans « L’empathie » car l’auteur les fait parler, les fait ressentir, les fait éprouver. Et surtout, le travail des enquêteurs auprès d’elles fait partie intégrante de l’histoire et l’empathie, la compassion, l’accompagnement des deux policiers sont essentiels dans le roman. Antoine Renand n’a oublié personne dans « L’empathie », tous les personnages sont décryptés, suivis, les victimes comme les bourreaux, et il en ressort que les actions de chacun sont étroitement liées à leur passé. Le lecteur ne peut rester indifférent à tout ce qui se joue dans « L’empathie » oh que non!!!!

Antoine Renand est un écrivain qui a prouvé sa place dans le thriller avec « L’empathie », et quelle place!!!

« L’empathie » d’Antoine Renand chez La Bête Noire, le 17 janvier 2019.

 

 

Un cadenas sur le cœur.

« Un cadenas sur le cœur »

de Laurence Teper

J’ai été attirée par la couverture et le titre de« Un cadenas sur le cœur »publié chez Quidam éditeur et découvert grâce à Anne & Arnaud.

Claire Meunier est née dans les années soixante dix et avec sa famille, elle passe tous les étés sur la plage de Saint-André de Gironde avec la famille Coquillaud. Des comportements, attitudes sont assez particuliers mais Claire vit sa vie d’enfant. À l’âge adulte, beaucoup interrogations surgissent et Claire veut les résoudre et part à la quête de la vérité sur sa famille, sur elle.

« Sans cesse Claire pensait à ce mensonge; la nuit quand elle se réveillait, le jour quand elle rêvassait; quand elle voyait son père et son frère, et quand elle ne les voyait pas. Elle y pensait quand on lui parlait de son père, elle y pensait quand on lui parlait de sa mère, elle y pensait quoi qu’on lui dise. Ce mensonge était un cadenas. Sur sa tête. Sur son cœur. Sur son ventre. »

Je ne pourrais qualifier « Un cadenas sur le cœur » car je ne m’attendais pas du tout à ça… Le début du roman a un ton léger, avec quelques pointes d’humour mais au cours de la lecture, le ton change pour devenir plus sérieux, avec des pointes un peu dramatiques. Je peux dire que j’ai été déstabilisée pendant ma lecture mais cela a été en fait une belle surprise, j’ai été happée par ma lecture, par l’histoire et la vie de Claire.

Le roman se divise en trois actes et la citation d’Arthur Schopenhauer au début du premier acte résume à la perfection l’objet de ces trois actes: « Toute vérité franchit trois étapes. D’abord elle est ridiculisée. Ensuite elle subit une forte opposition. Puis, elle est considérée comme une évidence. ». Claire va chercher la vérité, cette vérité que tout le monde semble connaître sauf elle, cette vérité qui saute aux yeux des autres sauf aux siens, cette vérité qui a, sans le vouloir, guider sa vie. Claire va mener une véritable enquête sur sa famille et de ce fait sur elle-même, sur ce qui lui a été caché et qui a construit sa vie. Elle va se rendre compte que toutes ces choses dissimulées, non dites, ont eu des conséquences sur elle, ses choix, sa vie.

« Un cadenas sur le cœur » est un roman fort sur la transmission, sur la vérité, sur les conséquences des non-dits. Au fur et à mesure de la lecture, le ton se modifie et cela en même temps que les découvertes se dévoilent. C’est assez surprenant ce ton léger puis plus sérieux et l’auteure, Laurence Teper, a su effectuer ce changement de ton avec habilité sans perdre son lecteur, bien au contraire car c’est tout l’inverse qui se passe. En effet, plus j’avançais dans ma lecture, plus j’étais accrochée. L’auteure a su me rendre accroc de son histoire, de son personnage Claire dont j’avais qu’une envie: qu’elle vive enfin pour elle! « Un cadenas sur le cœur » est un roman qui a su me surprendre et j’aime ça!!!

« Un cadenas sur le cœur » de Laurence Teper chez Quidam éditeur, le 03 février 2019.