Interview de Fanny Chesnel.

« Interview de Fanny Chesnel »

Tout d’abord, merci infiniment Fanny d’avoir accepté de répondre à mes questions !

 

-Mais qui est Fanny en fait ?

Une Boulonnaise d’origine normande, une fille de profs, qui a vécu une enfance heureuse dans une petite ville de bord de mer, et qui a néanmoins éprouvé très tôt l’envie d’élargir ses horizons, de « monter à Paris » (ou plutôt d’y descendre), de rencontrer des gens d’un autre milieu, de s’amarrer à la Seine, pour s’abreuver de découvertes cosmopolites. Également, une maman de deux petits garçons très sportifs, une scénariste, une femme curieuse, émotive, pleine de projets.

-Pourquoi écrivez-vous?

Pour sonder les profondeurs de l’âme humaine, rendre hommage à l’ambivalence extraordinaire des gens que je croise, vivre avec mes personnages des émotions intenses. Et pour le plaisir de l’agencement des mots, de la musicalité des phrases, du rythme et des images qui naissent, comme par magie, lorsque l’on écrit.

-« Le berceau » est votre deuxième roman. Il parle d’homosexualité, de GPA, de deuil, des thèmes actuels et difficiles. Qu’est-ce qui vous a mené à ces thèmes?

J’ai moi-même eu recours à la Procréation Médicalement Assistée pour tomber enceinte de mes deux enfants, ce qui m’a sensibilisée à ces problématiques. Je voulais évoquer la GPA à travers un point de vue décalé, romanesque, au-delà des polémiques. Je me suis réveillée un matin avec l’idée de ce grand-père, agriculteur, a priori peu concerné par les débats de bioéthique qui agitent notre époque. J’aimais que, face à la perte tragique de son fils, il soit mu par une force nouvelle, qui le pousse à envisager de partir à la recherche d’une jeune mère porteuse canadienne, si éloignée de lui, afin de tenter de restaurer le lien rompu avec sa petite-fille à naître.

-Concernant la GPA et le droit canadien, comment avez-vous fait vos recherches pour coller à la réalité ?

J’ai contacté un couple homosexuel New-Yorkais, qui a fait appel à une jeune mère porteuse au Canada. J’ai consulté un juriste et mené des recherches sur Internet.

-Parlons du Canada, c’est un pays que vous connaissez personnellement? Et les expressions, d’où vous viennent-elles?

Je ne suis malheureusement jamais allée au Canada, mais j’adorerais ! J’ai écouté de nombreux enregistrements et navigué sur le web. Cependant, je ne pouvais pas retranscrire tel quel le chiac (dialecte anglo-français acadien) car la lecture m’apparaissait trop fastidieuse pour un lecteur français. Abigail vit au Nouveau-Brünswick, mais a également des racines à Montréal et j’ai donc opéré un travail d’appropriation pour mêler le québécois, le chiac, le français, et réinventer une langue personnelle, qui sonne et soit vivante.

-Joseph, le grand-père, et Abigail, la mère porteuse, ont chacun un caractère bien trempé. Vous vous êtes inspirée de votre entourage?

Il existe un vrai Joseph, un oncle qui était agriculteur, qui m’a servi d’inspiration. Il a rarement quitté sa ferme Normande et on le surnommait Bichon quand il était petit, pour l’amour qu’il portait à son troupeau et avec qui il passait le plus clair de son temps. Son histoire n’a cependant rien à voir avec celle de mon Joseph. Les autres personnages sont le fruit de mon imagination et de ce que j’observe chez les gens, une source d’inspiration inépuisable.

-La couverture de votre roman est belle. Vous nous en dites plus sur elle et ce choix.

Merci ! Je l’adore aussi. Il s’agit du travail d’un ami peintre qui s’appelle Daniel Horowitz. New-yorkais, il vient de s’installer à Paris. Il a pas mal travaillé dans l’illustration là-bas, pour l’édition ou des magazines comme le New Yorker. Son travail de peinture est passionnant, il est exposé par plusieurs galeries et musées parisiens. L’équipe de Flammarion, très à l’écoute de mes propositions, a tout de suite adopté l’idée de travailler avec Daniel et nous avons élaboré cette couverture ensemble. J’aime ce qu’elle suggère, avec délicatesse il me semble, sans être un pléonasme du titre. Et je la trouve lumineuse.

-Il vous a fallu combien de temps pour écrire ce roman? Depuis l’idée qui a germé dans votre tête au point final?

Environ huit mois (dont 4 à temps plein) avant d’adresser mon manuscrit aux éditions Flammarion. Ensuite, il y a eu peu de corrections du texte, mais un travail éditorial sous la forme d’échanges réguliers, pendant quelques mois.

-Quand vous écrivez, avez-vous déjà un plan bien structuré ou est-ce que vous voyez au fur et à mesure de la rédaction?

Pour celui-ci, j’ai su comment le livre finissait vers la fin du deuxième chapitre. J’avais en tête la plupart de mes personnages et les différentes étapes de ce voyage, géographique et symbolique.

-Comment vous sentez-vous au moment de la sortie de votre roman ?

J’étais très anxieuse deux semaines avant la parution. Maintenant qu’il est sorti, ça va beaucoup mieux. Il y avait beaucoup de monde à mes premières dédicaces et j’ai senti une belle écoute, des lecteurs curieux, chaleureux. Donc je savoure… en croisant les doigts pour que cela continue ainsi !

-Comment voyez-vous vos lecteurs? Quels rapports entretenez-vous avec eux?

Ma réponse précédente a empiété sur cette question. Même si mon premier roman a reçu un bon accueil et a été adapté au cinéma, avec Fanny Ardant, je ne crois pas avoir encore vraiment constitué un socle de lecteurs fidèles. En effet, entre ces deux romans, il s’est passé huit ans, au cours desquels j’ai changé d’éditeur, eu deux enfants et écrit plusieurs scénarios pour le cinéma. Mais je vous rassure, cette fois, il ne se passera pas autant d’années entre ce roman et le suivant, dont je viens déjà d’achever la rédaction du premier jet ! J’adore les retours spontanés des lecteurs, ce qu’ils voient et que je n’ai pas forcément prémédité, ce qu’ils devinent avec subtilité, sentir aussi parfois que la lecture a déplacé quelque chose en eux, qui va résonner longtemps. J’aime qu’ils s’approprient mon texte, que, d’une certaine manière, je sois leur mère porteuse et qu’ils se débrouillent ensuite, comme ils le désirent, avec mon bébé !

-Comme lectrice, vous avez des préférences de genres littéraires ?

Je lis davantage de littérature française, contemporaine en particulier. Je prends moins le temps de revenir aux auteurs chéris du XIXème et XXème, qui m’ont nourrie (parmi eux, Hugo, Balzac, Zola, Maupassant, Baudelaire, Flaubert, Verlaine, Céline, Camus, Senghor, Colette, Duras, Gary, Koltès… cette liste est tellement lacunaire, il y en a tant d‘autres !)

-Un conseil lecture pour les vacances de février?

J’ai adoré, dans des genres très différents, les livres de mes deux amies, sortis début janvier :

À nous regarder ils s’habitueront, d’Elsa Flageul et Dans le faisceau des vivants, de Valérie Zenatti.

-Un dernier mot ?

Merci pour votre lecture et cet entretien ! Vive les lectrices passionnées !

 

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