Pour te voir cinq minutes encore.

« Pour te voir cinq minutes encore »

d’Aurélie Le Floch

Les éditions Ateliers Henry Dougier ont sorti une nouvelle collection « Une vie, une voix » (Des vies ordinaires, des voix singulières dessinent notre patrimoine sensible, notre mémoire commune. Ces récits sont réels. Ces histoires sont la nôtre.). Et j’ai eu le privilège de découvrir « Pour te voir cinq minutes encore » d’Aurélie Le Floch.

À quinze ans, Aurélie perd son papa du sida en 1994. Aurélie raconte son enfance, son adolescence avec son papa si solaire, ses vacances avec lui et ses amis, ses week-ends et l’apparition de la maladie.

« Avec les allers et retours qui se multiplient, je commence à comprendre que mon temps se partage entre deux univers qui ne se rencontrent jamais: d’un côté, il y a mon papa et ma mamie, ma tante et mes cousins aussi, un monde de chaleur où l’on m’aime trop; sur l’autre rive c’est le monde de ma mère, il y fait froid et je n’y trouve pas ma place, mais c’est là que je dois passer le plus de temps. »

« Pour te voir cinq minutes » est un roman autobiographique, un récit court mais intense où l’auteure, Aurélie Le Floch, parle de son père, cet être si lumineux qu’elle ne voyait pas assez souvent. Elle lui rend un bel hommage qui est décédé du sida, maladie taboue en 1994, bien qu’elle le soit toujours de nos jours. Aurélie nous décrit deux enfances distinctes: celles vécue avec sa mère et celle avec son père; et c’est troublant de constater autant de différences entre les deux et le manque d’amour d’un côté et le trop d’amour de l’autre. Aurélie vit une enfance et adolescence peu communes où elle doit tenter de trouver sa place entre une mère froide et un papa absent. Mais elle ne va retenir dans son livre que le bon, les moments partagés avec son père qui la laissera entrer dans son univers bien à lui avec tous ses amis tout aussi attentionnés envers elle.

« Pour te voir cinq minutes encore » est un roman sur l’amour que porte une fille à son papa, sur les forces que lui a donné ce papa, sur l’éducation reçue et sa volonté de bien faire les choses. Dans son livre, l’auteure parle de divorce, d’homosexualité, de maladie, de deuil, d’amour parental. Aurélie raconte aussi l’apparition du sida dans notre société, maladie qui était, et est encore, assimilée aux « pédés » mais une maladie dont sa famille paternelle ne lui parle pas alors qu’elle voit son papa faiblir. Le sida reste une maladie honteuse dont moins on en parle, mieux c’est mais est-ce que cela n’était pas pour la protéger également? Dans son livre, Aurélie livre tout l’amour qu’elle a pour son père, tout l’amour que celui-ci lui a donné et tout l’amour qui lui reste malgré la disparition de son père. C’est un roman d’amour, un roman qui lui permet de rendre hommage à ce père aimant, solaire, heureux, libre, un roman pour ne jamais oublier!!

« Pour te voir cinq minutes encore » d’Aurélie Le Floch chez les éditions Atelier Henry Dougier, le 07 février 2019.

Interview de Fanny Chesnel.

« Interview de Fanny Chesnel »

Tout d’abord, merci infiniment Fanny d’avoir accepté de répondre à mes questions !

 

-Mais qui est Fanny en fait ?

Une Boulonnaise d’origine normande, une fille de profs, qui a vécu une enfance heureuse dans une petite ville de bord de mer, et qui a néanmoins éprouvé très tôt l’envie d’élargir ses horizons, de « monter à Paris » (ou plutôt d’y descendre), de rencontrer des gens d’un autre milieu, de s’amarrer à la Seine, pour s’abreuver de découvertes cosmopolites. Également, une maman de deux petits garçons très sportifs, une scénariste, une femme curieuse, émotive, pleine de projets.

-Pourquoi écrivez-vous?

Pour sonder les profondeurs de l’âme humaine, rendre hommage à l’ambivalence extraordinaire des gens que je croise, vivre avec mes personnages des émotions intenses. Et pour le plaisir de l’agencement des mots, de la musicalité des phrases, du rythme et des images qui naissent, comme par magie, lorsque l’on écrit.

-« Le berceau » est votre deuxième roman. Il parle d’homosexualité, de GPA, de deuil, des thèmes actuels et difficiles. Qu’est-ce qui vous a mené à ces thèmes?

J’ai moi-même eu recours à la Procréation Médicalement Assistée pour tomber enceinte de mes deux enfants, ce qui m’a sensibilisée à ces problématiques. Je voulais évoquer la GPA à travers un point de vue décalé, romanesque, au-delà des polémiques. Je me suis réveillée un matin avec l’idée de ce grand-père, agriculteur, a priori peu concerné par les débats de bioéthique qui agitent notre époque. J’aimais que, face à la perte tragique de son fils, il soit mu par une force nouvelle, qui le pousse à envisager de partir à la recherche d’une jeune mère porteuse canadienne, si éloignée de lui, afin de tenter de restaurer le lien rompu avec sa petite-fille à naître.

-Concernant la GPA et le droit canadien, comment avez-vous fait vos recherches pour coller à la réalité ?

J’ai contacté un couple homosexuel New-Yorkais, qui a fait appel à une jeune mère porteuse au Canada. J’ai consulté un juriste et mené des recherches sur Internet.

-Parlons du Canada, c’est un pays que vous connaissez personnellement? Et les expressions, d’où vous viennent-elles?

Je ne suis malheureusement jamais allée au Canada, mais j’adorerais ! J’ai écouté de nombreux enregistrements et navigué sur le web. Cependant, je ne pouvais pas retranscrire tel quel le chiac (dialecte anglo-français acadien) car la lecture m’apparaissait trop fastidieuse pour un lecteur français. Abigail vit au Nouveau-Brünswick, mais a également des racines à Montréal et j’ai donc opéré un travail d’appropriation pour mêler le québécois, le chiac, le français, et réinventer une langue personnelle, qui sonne et soit vivante.

-Joseph, le grand-père, et Abigail, la mère porteuse, ont chacun un caractère bien trempé. Vous vous êtes inspirée de votre entourage?

Il existe un vrai Joseph, un oncle qui était agriculteur, qui m’a servi d’inspiration. Il a rarement quitté sa ferme Normande et on le surnommait Bichon quand il était petit, pour l’amour qu’il portait à son troupeau et avec qui il passait le plus clair de son temps. Son histoire n’a cependant rien à voir avec celle de mon Joseph. Les autres personnages sont le fruit de mon imagination et de ce que j’observe chez les gens, une source d’inspiration inépuisable.

-La couverture de votre roman est belle. Vous nous en dites plus sur elle et ce choix.

Merci ! Je l’adore aussi. Il s’agit du travail d’un ami peintre qui s’appelle Daniel Horowitz. New-yorkais, il vient de s’installer à Paris. Il a pas mal travaillé dans l’illustration là-bas, pour l’édition ou des magazines comme le New Yorker. Son travail de peinture est passionnant, il est exposé par plusieurs galeries et musées parisiens. L’équipe de Flammarion, très à l’écoute de mes propositions, a tout de suite adopté l’idée de travailler avec Daniel et nous avons élaboré cette couverture ensemble. J’aime ce qu’elle suggère, avec délicatesse il me semble, sans être un pléonasme du titre. Et je la trouve lumineuse.

-Il vous a fallu combien de temps pour écrire ce roman? Depuis l’idée qui a germé dans votre tête au point final?

Environ huit mois (dont 4 à temps plein) avant d’adresser mon manuscrit aux éditions Flammarion. Ensuite, il y a eu peu de corrections du texte, mais un travail éditorial sous la forme d’échanges réguliers, pendant quelques mois.

-Quand vous écrivez, avez-vous déjà un plan bien structuré ou est-ce que vous voyez au fur et à mesure de la rédaction?

Pour celui-ci, j’ai su comment le livre finissait vers la fin du deuxième chapitre. J’avais en tête la plupart de mes personnages et les différentes étapes de ce voyage, géographique et symbolique.

-Comment vous sentez-vous au moment de la sortie de votre roman ?

J’étais très anxieuse deux semaines avant la parution. Maintenant qu’il est sorti, ça va beaucoup mieux. Il y avait beaucoup de monde à mes premières dédicaces et j’ai senti une belle écoute, des lecteurs curieux, chaleureux. Donc je savoure… en croisant les doigts pour que cela continue ainsi !

-Comment voyez-vous vos lecteurs? Quels rapports entretenez-vous avec eux?

Ma réponse précédente a empiété sur cette question. Même si mon premier roman a reçu un bon accueil et a été adapté au cinéma, avec Fanny Ardant, je ne crois pas avoir encore vraiment constitué un socle de lecteurs fidèles. En effet, entre ces deux romans, il s’est passé huit ans, au cours desquels j’ai changé d’éditeur, eu deux enfants et écrit plusieurs scénarios pour le cinéma. Mais je vous rassure, cette fois, il ne se passera pas autant d’années entre ce roman et le suivant, dont je viens déjà d’achever la rédaction du premier jet ! J’adore les retours spontanés des lecteurs, ce qu’ils voient et que je n’ai pas forcément prémédité, ce qu’ils devinent avec subtilité, sentir aussi parfois que la lecture a déplacé quelque chose en eux, qui va résonner longtemps. J’aime qu’ils s’approprient mon texte, que, d’une certaine manière, je sois leur mère porteuse et qu’ils se débrouillent ensuite, comme ils le désirent, avec mon bébé !

-Comme lectrice, vous avez des préférences de genres littéraires ?

Je lis davantage de littérature française, contemporaine en particulier. Je prends moins le temps de revenir aux auteurs chéris du XIXème et XXème, qui m’ont nourrie (parmi eux, Hugo, Balzac, Zola, Maupassant, Baudelaire, Flaubert, Verlaine, Céline, Camus, Senghor, Colette, Duras, Gary, Koltès… cette liste est tellement lacunaire, il y en a tant d‘autres !)

-Un conseil lecture pour les vacances de février?

J’ai adoré, dans des genres très différents, les livres de mes deux amies, sortis début janvier :

À nous regarder ils s’habitueront, d’Elsa Flageul et Dans le faisceau des vivants, de Valérie Zenatti.

-Un dernier mot ?

Merci pour votre lecture et cet entretien ! Vive les lectrices passionnées !

 

Le berceau.

« Le berceau »

de Fanny Chesnel

J’ai pu découvrir le roman de Fanny Chesnel, « Le berceau », grâce à Louise Danou et les éditions Flammarion.

Joseph Lecerf, un sexagénaire veuf, fabrique un berceau pour la venue prochaine de sa petite-fille. Mais les parents, son fils et son gendre, disparaissent dramatiquement dans leur crash d’avion en provenance des États-Unis. Et la question que se pose Joseph: quel est l’avenir de cette petite qui doit naître et qui se trouve dans le ventre d’une mère porteuse canadienne? Joseph se décide à traverser l’Atlantique, alors qu’il a jamais quitté sa ferme normande, pour rencontrer Abigail, la femme qui porte sa petite-fille, tout ce qui lui reste de son fils.

« T’es-tu prêt pour les bib’s de 2 du mat et les gerbes en pleine poire? Parce que c’est ça qui t’attend, pas la layette et les areuh du goûter, c’t’ affaire de femmes, la part ingrate, où tu nettoies la marde et pis tu ressembles à de la marde, parce que tu dors plus, tu vis plus, t’as même plus le temps de chier Joseph. C’est la toute-puissance de l’enfant que tu vas recevoir dans ta face et toi tu t’en câlisses? Tu tricoles pour nous montrer tes ressources? Are you kidding me, ostie de Normand de crisse de gros cave! »

Que j’ai aimé ma lecture du Berceau!! Et je soupçonne le Canada et son phrasé canadien d’en être un petit peu la cause!! Mais il n’y a pas que ça car sous la légèreté que laisse supposer le livre, Fanny Chesnel aborde des sujets profonds: la perte d’un enfant, le deuil, la GPA, l’homosexualité. Des sujets d’actualité, des sujets qui amènent beaucoup de discussions, des sujets dont l’auteure parle mais sans jugement, sans donner d’avis, sans imposer un point de vue. Tout est finesse dans « Le berceau », comme la plume de Fanny qui a su m’emporter avec elle dans son roman. Je me suis attachée à tous les personnages: Joseph, le grand-père paysan normand qui est un peu rustre et qui se révèle si attendrissant; Abigail, la mère porteuse qui ne désire que vivre sa vie de jeune femme; Ava, la fille d’Abigail, qui est d’une telle maturité pour son jeune âge; Aude, la fille de Joseph, qui soutient son père dans ses démarches, et Emmanuel et Béranger, le couple qui disparait tragiquement. Avec ces personnages, j’ai été peinée par le deuil qui touche Joseph et Aude, j’ai accompagné Joseph dans sa quête de grand-père, j’ai compris Abigail. Fanny Chesnel a su allier plusieurs sentiments dans son roman car on y trouve de la tendresse, du drôle, du difficile, de l’amour, de la bienveillance, de la détermination. Joseph va vivre son deuil à sa manière en allant à la rencontre de sa petite-fille bien qu’il ait conscience de ce qu’il est, un homme d’un âge avancé qui a déjà vécu une vie de père mais qui cherche à se révéler comme grand-père.

Dans « Le berceau », il n’y a pas de jugement, pas de vérité. C’est l’histoire d’un père qui perd son fils alors que sa petite-fille doit naître. L’homosexualité est là tout comme la GPA mais c’est en arrière plan, en arrière-plan de la détermination d’un homme qui veut devenir un grand-père pour pouvoir avoir toujours avec lui la plus belle chose que son fils pouvait lui offrir. Je me suis laissée emporter par ma lecture qui a été une jolie lecture et surtout quel bonheur de lire du « canadien », c’est si rafraichissant et drôle! Pour passer un très bon moment, il faut lire « Le berceau »!

« Le berceau » de Fanny Chesnel chez Flammarion, le 06 février 2019.

Hello, Sunshine.

« Hello, Sunshine »

de Laura Dave

Faisant partie des lectrices VIP 2019 du Cercle Belfond, j’ai eu le plaisir de lire « Hello, Sunshine » de Laura Dave des éditions Belfond.

Sunshine Mackenzie est une célèbre YouTubeuse avec son émission culinaire « A Little Sunhine ». Sunshine est suivie par des milliers de followers sur Instagram et Twitter, elle s’apprête à publie un livre de cuisine. Elle a tout pour elle: un superbe loft, un merveilleux mari. Mais tout son beau monde va s’écrouler du jour au lendemain  quand un troll fait des révélations sur la vraie Sunshine. Sunshine perd absolument tout, doit quitter New-York et retourner dans sa ville natale, les Hamptons où elle doit tout reconstruire…

« Sauf que j’étais trop fatiguée pour mentir. Et je redoutais d’avoir perdu la main et d’être incapable de vendre une telle histoire. C’est le problème quand on ment. On prend le pli, on développe une seconde nature. La vérité se résume à un bruit de fond dont on fait abstraction. Mais lorsqu’on a perdu l’habitude de mentir, l’exercice devient périlleux. Mentir m’étais désormais presque aussi difficile que de dire la vérité. »

« Hello, Sunshine » raconte la descente plus que rapide d’une star des réseaux sociaux,  histoire qui pourrait être vraie et pourrait concerner une star de YouTube, d’Instagram et autres réseaux sociaux connus ici en France. Dans « Hello Sunshine », la narratrice, et personnage, a construit son image public sur un mensonge qu’elle pensait anodin au début mais qui a pris de l’ampleur en même temps que sa notoriété. Mais un jour, tout est dévoilé et c’est la chute vertigineuse. Laura Dave a mis l’accent sur le mensonge, les apparences, le côté négatif des réseaux sociaux de nos jours. En effet, sur Instagram par exemple, chacun cherche à faire la plus belle photo pour attirer le plus de like possible, à mettre en scène sa vie, son boulot, son amoureux, ses enfants aussi pour apparaître aux yeux de tous comme une personne qui a la plus belle vie possible. Mais la réalité est bien loin d’être représentée sur les réseaux sociaux car ça fait pas rêver. Sunshine a en fait les frais: sur le papier, elle a une vie de rêve mais à quel prix et surtout pour quoi au final? Et cette violence de ces mêmes réseaux qui un jour vous adorent et le lendemain vous lynchent sans hésitation. Et ça fait mal, très mal. C’est le côté très négatif de ces réseaux qui peuvent détruire une personne sans possibilité pour elle de se défendre. Mais ce qu’il faut retenir et que l’auteure évoque tout le long de son roman est le mensonge et c’est cela en fait qui détruit. Je dis toujours que la vérité se sait à un moment où un autre et cela résume bien « Hello, Sunshine ». Le mensonge fait mal, sa découverte fait mal, il n’y a rien de bon à mentir, à faire croire autre chose que ce que nous sommes réellement. Sunshine en a fait la triste découverte et elle va devoir se reconstruire en étant enfin elle.

« Hello, Sunshine » est un roman, bien que qualifié de feel-good, fait réfléchir à l’heure où tous, nous voulons montrer qu’une face de notre vie à tous, cette face soi-disant si merveilleuse à en faire des jaloux. Il faut que nous restions vrais, sincères envers nous et envers les autres. Nous y gagnerons tous!!

« Hello, Sunshine » de Laura Dave chez les éditions Belfond, traduit de l’américain par Ambre Samba, le 24 janvier 2019.