Interview d’Aurélie Delahaye.

« Interview d’Aurélie Delahaye »

Tout d’abord, merci infiniment Aurélie d’avoir accepté de répondre à mes questions!

Avec grand plaisir Sybil ! Je suis touchée que mon livre te parle autant et je suis heureuse s’il peut t’apporter de l’espoir dans ce moment charnière.

 

Mais qui est Aurélie en fait?

Je crois que je suis comme dans ma première page : multiple ! Comme tout le monde j’imagine. Je suis passionnée, tenace, idéaliste, je suis quelqu’un qui doute.

Pourquoi écris-tu?

J’écris dans mes carnets parce que j’ai toujours écrit, parce que ça m’est nécessaire pour comprendre le monde et me comprendre.

J’écris des livres parce que c’est ma manière d’apporter ma petite pierre, dans ce monde que je trouve à la fois profondément beau et extrêmement dur.

Quand tu parles de ton roman « Embrasser l’inconnu », que dis-tu?

Ça dépend de la conversation. Embrasser l’inconnu c’est un bout de mon histoire. J’avais 33 ans, j’étais parisienne, je travaillais dans le monde de l’entreprise, et pour oublier que je ne trouvais pas le sens dans ce que je faisais au quotidien (malgré tous mes efforts), je m’adonnais à deux passions : l’escalade et l’improvisation. Un jour, j’ai décidé de tout lâcher et de faire de ma vie une improvisation. Comme j’avais besoin d’une prise à laquelle me raccrocher, et que je ne semblais pas être la seule à manquer de sens, j’ai décidé de faire un projet pour rendre les gens heureux. Ce plongeon dans l’inconnu m’a menée sur des sentiers que jamais je n’aurais empruntés si j’avais eu un plan.

Tu le classerais dans quelle thème: autobiographie, développement personnel…?

Moi je ne le classe pas. Les libraires le mettent tantôt en littérature, tantôt en récit de voyage ou encore en développement personnel.

C’est un récit parce que tout est vrai dans ce que j’ai écrit. C’était important pour moi que l’on se dise « c’est possible, pour de vrai ».

Mais j’ai tenu aussi à raconter une histoire, comme si c’était un roman, et à m’adresser à tous, parce que je crois que le sujet de la quête de sens touche beaucoup de gens aujourd’hui.

Si c’est du développement personnel, ça l’est sans apporter de solution (je crois que ce serait dangereux de le faire, car chacun a son propre chemin à suivre).

Pourquoi vouloir que les gens renouent avec le bonheur?

Quand j’ai commencé mon projet, le bonheur n’était pas à la mode, comme il l’est devenu par la suite. Et il n’existait pas cette injonction au bonheur, qui maintenant peut nous peser. Tout simplement, je voulais aider les gens à renouer avec le bonheur pour leur apporter un sourire, une éclaircie dans les moments où ils en manquent, et aussi, donner de l’élan pour ne pas se résigner à accepter un quotidien dans lequel on ne se sent pas bien. Je voulais montrer que quelque chose d’autre était possible.

J’imagine que tu as des peurs, des doutes. Comment as-tu réussi à les dépasser et partir à l’aventure?

Je suis pleine de doutes ! « Les gens qui doutent » est une de mes chansons préférées d’ailleurs, elle me rassure. Et j’ai aussi pas mal d’angoisses (c’est un héritage familial).

Je ne saurais pas dire comment je fais avec parce que parfois, je me pose la question ! C’est un peu comme si j’étais double. Il y a une partie de moi qui angoisse de tout, et une autre partie qui est profondément sereine. D’abord, je ne suis pas une tête brûlée, je ne fais rien qui pourrait mettre ma vie en danger. Ensuite, la partie de moi qui est sereine a acquis cette sérénité en suivant son instinct. Parce que lorsqu’on suit son coeur et la petite voix qui résonne au fond de nous, ça sonne juste. On se dit qu’on est sur le bon chemin, peu importe si c’est difficile, peu importe s’il y a des échecs. Et ce qui est drôle, c’est que cela sonne juste aussi dans l’univers, j’ai reçu tellement d’aide sur ma route ! Ça a l’air un peu mystique ce que je dis, mais c’est aussi Goethe qui le dit (lui, c’est quelqu’un de sérieux) :

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-Que retiens-tu d’essentiel de ta démarche?

Que l’essentiel réside dans des choses simples, et qu’il est bon de les retrouver.

D’un point de vue personnel, tu en es où aujourd’hui?

Je suis toujours en cheminement, mais chaque jour fait sens (même si dans ce « sens », il y a aussi des choses pénibles).

J’ai mené un projet de théâtre avec des adolescentes en collaboration avec un centre social. Nous avons adapté « Les Culottées » de Pénélope Bagieu (qui nous a fait l’honneur de dessiner l’affiche), et nous sommes allées le jouer dans des maisons de retraite, collèges, lycées, et centres sociaux pour créer le débat sur l’égalité entre les hommes et les femmes.

Et puis, je suis en train d’écrire mon premier roman, avec les éditions Anne Carrière toujours, qui est une maison vraiment formidable.

Penses-tu, comme moi, que ton livre doit être lu au bon moment? Et surtout, réalises-tu que ton livre fait un bien fou?

Je crois surtout qu’il parlera différemment à chacun en fonction du moment où il est lu (il y a aussi des gens à qui il ne va pas parler du tout, c’est comme ça). J’ai des retours très positifs de gens qui viennent de milieux vraiment variés, avec des parcours très différents. Je crois que chacun y trouve ce qu’il a besoin d’y trouver.

Je suis heureuse en tout cas de savoir qu’il t’a fait un bien fou. C’est mon rêve, que ce livre apporte de l’espoir, un sourire, de l’élan.

Il t’a fallu combien de temps pour écrire ce roman? Depuis l’idée qui a germé dans ta tête au point final?

J’ai eu des phases intenses d’écriture, et des moments de flottement. L’idée est apparue à l’été 2016. Le point final était mis un an après (mais j’y ai réellement travaillé 6 mois). Après, il y a eu le re-travail et les corrections, qui m’ont pris 6 mois, pour la version auto-éditée du livre.

Ensuite, j’ai de nouveau retravaillé le livre pendant trois mois, fin 2018, avec les éditions Anne Carrière (c’est David Meulemans et Stephen Carrière qui m’ont accompagnée et c’était passionnant).

Quand tu écris, as-tu déjà un plan bien définit ou est-ce que tu vois au fur et à mesure de la rédaction?

Pour Embrasser l’inconnu, j’avais l’histoire puisque c’était la mienne (même si je n’avais pas la fin, qui est arrivée après que je me sois lancée dans l’écriture). J’y suis allée sans plan, en structurant au fur et à mesure. Lors du retravail, j’ai compris grâce à David ce qui manquait à l’histoire : le tout début, d’où je venais, alors j’ai écrit cette partie là.

Pour le roman sur lequel je travaille en ce moment, j’ai commencé à avoir une idée et deux personnages. Puis, j’ai roulé (je voyage encore beaucoup en camion). Alors que j’étais au volant, j’ai laissé mes personnages et mon histoire prendre vie dans ma tête. Après 3 heures de route, j’avais une histoire plus fournie. Elle a continué à se développer avec les heures de voyage.

Ensuite, je suis allée explorer sur le terrain, là où se passe mon roman. J’ai passé un mois entier à Lisbonne, à visiter des lieux, rencontrer des gens, sans trop savoir ce que j’allais faire de tout ce que je découvrais. Sur le chemin du retour, toute l’histoire s’est mise en place, elle avait évolué après ce mois d’exploration. Maintenant, elle est dans ma tête, je n’ai pas de plan, mais je sais où je vais. Je découvre peu à peu mes personnages, j’en apprends plus sur eux, parfois ils me surprennent, je note des éléments, et je vis un peu avec eux je dois dire.

Comment vois-tu tes lecteurs? Quels rapports entretiens-tu avec eux?

Comme ils sont très différents, je reste simplement disponible à ce qu’ils sont lorsqu’on se rencontre. Quand je fais des lectures du livre, ça entraîne des discussions sur la vie des gens, leurs rêves, leurs difficultés, le monde du travail. J’écoute, on discute, chacun est libre de partager ses expériences. J’adore aussi recevoir des mails : d’après ce que les lecteurs m’écrivent, pour certains, mon livre est arrivé au bon moment (comme tu disais), il est le dernier petit déclic qui leur a fait faire un grand pas. Pour d’autres, il restera simplement une lueur d’espoir. Et dans un cas comme dans l’autre, c’est très gratifiant.

Comme lectrice, tu as des préférences de genres littéraires?

J’ai mis très longtemps à aimer les classiques (je crois que la manière dont on les étudiait au collège et au lycée m’a bloquée), je les ai donc découverts plus tard. Mais sinon, je n’ai pas de genre préféré.

Un conseil lecture pour le printemps?

L’éternité n’est pas de trop, de François Cheng, pour ceux qui sont d’humeur poétique. Martin Eden, de Jacques London, pour ceux qui ont envie d’aventure (une fois qu’on a lu la première page, on ne peut plus le lâcher, même si c’est un peu dur).

Un dernier mot? (Moi j’en ai pour toi: Merci pour ton livre)

Merci à toi, et merci à ceux qui me lisent. Ce qui fait un livre, c’est la personne qui l’écrit et ceux qui le lisent (et encore, je ne parle pas de tous ceux qui font en sorte que le livre arrive entre leurs mains : l’éditeur et toute son équipe, le diffuseur et les représentants qui défendent les livres, le distributeur qui les achemine, et le libraire au coin de la rue qui en parle avec passion.)

Embrasser l’inconnu.

« Embrasser l’inconnu »

d’Aurélie Delahaye

Merci aux éditions Anne Carrière pour la découverte du roman d’Aurélie Delahaye, « Embrasser l’inconnu ».

Aurélie quitte tout: son job, son appartement, Paris, amis et famille. Elle part à l’aventure, l’aventure de permettre aux gens de renouer avec le bonheur. Elle voyage à Berlin, à Lisbonne puis va traverser la France à bord de son camion rouge, Ramdam. Son parcours sera semé de quelques embûches, de beaucoup de rencontres, improvisations, de déterminations, de pleurs, de craintes, mais surtout de pleine conscience et de bonheur!

« Nous aurions pu nous résigner. Nous dire qu’il fallait apprendre à vivre raisonnablement, suivre la cadence. Mais nous ne l’avons pas fait. « Nous », c’est toutes celles qui vivent à l’intérieur de moi: la rêveuse, la douce, la sensible, la petite fille, la cartésienne, l’aventurière, la rebelle, l’impatiente, la poète, l’énervée, l’écrivaine, l’angoissée, l’artiste, la triste, la féminine, la masculine aussi. On nous a souvent dit, à nous toutes: « On ne vit pas dans un monde idéal, Aurélie, un jour il faudrait que tu le comprennes! ». »

Je dis souvent qu’il faut le bon moment pour lire un livre et pour « Embrasser l’inconnu », cela s’est révélé encore plus! Dès les deux premières pages, j’ai su que ce livre serait pour moi, qu’il allait m’apporter un peu d’espoir, cet espoir qui s’étiole de jour en jour…

Aurélie ne se retrouve plus dans sa vie parisienne, elle décide de tout plaquer et de partir, partir à la rencontre des autres, partir pour leur donner le sourire et pour enfin se sentir utile, se retrouver, être en accord avec elle-même. Là, je me suis dit: « Waouh! C’est beau! Mais faut avoir des c*** pour ça!! »! Car qui n’a jamais rêvé de tout plaquer pour aller vivre ailleurs, pour réaliser ses rêves?? Tous je pense mais très peu franchisse le pas. Aurélie, elle, l’a fait et j’en suis admirative surtout que son objectif est de rendre heureux les autres. Elle fait cette démarche d’un point de vue altruiste et cela est encore plus admirable car, comme Aurélie l’évoque dans son livre, dans notre société actuelle, nous courons après tout, nous ne faisons plus attention aux autres, à ce qui nous entoure… Et le travail, le monde du travail qui est sans cesse à la recherche du chiffre au détriment du bien être. Et notre société qui nous dit que nous existons qu’à travers un travail (la première question que les gens se posent est toujours: « tu fais quoi dans la vie? »). Aurélie en parle très bien à travers sa mère qui s’inquiète de ce qu’elle va dire à son entourage quand on lui demandera ce que fait sa fille dans le vie!!  Pour son changement de vie, Aurélie s’est délestée de beaucoup pour n’avoir que l’essentiel et du coup, elle change radicalement sa manière de consommer et ça aussi, c’est « contraire à la société de consommation de nos jours »!!

Mais ce que je retiens le plus dans ce livre est la volonté, la volonté d’y croire, la volonté d’affronter, la volonté d’avancer. « Quand on veut, on peut », ce proverbe prend toute son essence avec Aurélie!! Et que dire de toutes ces rencontres qui croisent son chemin, qu’il lui donne le coup de pouce au bon moment, qu’il lui donne l’espoir, l’envie, le besoin. Ces rencontres qui lui prouvent qu’elle a bien fait et qui redonnent foi en l’autre! Et tous ces signes auxquels Aurélie a fait attention, les signes qu’elle a écoutés, les signes qui l’ont aidée à tracer sa route, à lui prouver qu’elle a pris le bon chemin malgré les difficultés, les peurs car Aurélie a abandonné tout confort et tout ce qui va avec! Aurélie ne regrette rien et cela me permet d’espérer et je me dis que tout est peut-être possible, que moi aussi, je vais peut-être trouver ma voie qui va enfin m’épanouir!

Merci Aurélie pour ton livre qui va devenir une source d’inspiration pour moi et je vais essayer de me poser les bonnes questions afin de réussir à me réaliser en étant là pour les autres!

« Embrasser l’inconnu » d’Aurélie Delahaye chez Anne Carrière, 08 mars 2019.

Si je mens, tu vas en enfer.

« Si je mens, tu vas en enfer »

de Sarh Pinborough

Merci aux éditions Préludes pour la découverte du dernier roman de Sarah Pinborough, « Si je mens, tu vas en enfer ».

Lisa a une vie bien tranquille avec sa fille Ava. Marilyn, l’amie de Lisa, semble avoir tout pour être heureuse avec mari, maison, boulot. Mais lorsque Ava sauve un enfant de la noyade, leurs vies à toutes les trois vont être totalement bouleversées. Des secrets vont faire surface et tout va s’écrouler autour d’elles.

« J’ai laissé une vie se construire autour de moi. Les gens croient aux vies, comme si c’était la vérité d’une personne et pas de la poudre aux yeux. Il suffit d’aller sur Facebook. Tous ces minables qui tentent de s’éblouir les uns les autres avec leurs photos de vacances, leurs vantardises déguisées et #quellechance. À s’ajouter des amis qu’ils n’ont jamais rencontrés en s’imaginant qu’ils les connaissent simplement parce qu’ils partagent toutes ces merdes. Un ami aléatoire en commun. »

Sarah Pinborough nous emmène dans un jeu de piste assez glaçant dans « Si je mens, tu vas en enfer », un thriller qui porte bien son nom car je suis restée accrochée à ce roman pour en connaître tous les détails! Dans l’histoire, il y a trois femmes, trois femmes liés, trois femmes ayant des secrets, trois femmes dont la vie va être totalement chamboulée. Lisa est bien trop protectrice avec sa fille Ava ce qui la rend suspecte. Marilyn a une vie trop bien parfaite pour être vraie. Et Ava est trop scotchée à son téléphone pour être sincère. L’auteure, dans les premiers chapitres, décrit chacune afin de bien planter le décor, pour que le lecteur connaisse ce qu’elles veulent bien montrer. Puis, petit à petit, Sarah Pinborough commence à donner des petits détails qui m’ont mis la puce à l’oreille comme on dit et j’ai commencé à entrevoir des failles chez chacune. Et afin d’être vraiment dans l’histoire, l’auteure alterne les récits, le passé et le présent, et fait parler chacune de ses héroïnes à chaque chapitre. Cette construction permet à l’auteure d’impliquer au plus près son lecteur, de le maintenir en tension, tout l’art du thriller!! De plus, elle ne lui épargne rien car j’avoue que certaines scènes sont difficiles à lire, peuvent mettre mal à l’aise mais elles sont importantes pour la compréhension du dénouement.

Comme une bonne lectrice de thriller, j’ai compris que Lisa cachait quelque chose et que la vie de Marilyn n’était pas aussi parfaite. J’ai cru connaître le dénouement et je me suis fait avoir. J’ai supposé des pistes en y croyant dur comme fer. Tout cela fait que « Si je mens, tu vas finir en enfer » est pour moi un thriller comme il faut, où les codes sont respectés, un thriller addictif donc on veut absolument connaître le pourquoi du comment!!!

« Si je mens, tu vas en enfer » de Sarah Pinborough, traduit par Paul Benita, chez Préludes, 06 mars 2019.

Les Filles d’Ennismore.

« Les Filles d’Ennismore »

de Patricia Falvey

Grâce au Cercle Belfond, dont je suis une lectrice vip cette année, j’ai pu découvrir le premier roman édité en France de Patricia Falvey, « Les Filles d’Ennismore ».

Rosie est fille de métayer. Victoria est fille de lord. Un monde les sépare mais elles vont en faire fi et devenir amies. Le destin de chacune tout tracé de part leur naissance va dévier et elles vont vivre au plus près la révolte irlandaise du début des années 1900.

« Nous ne sommes plus des enfants et nous devons accepter nos vies telles qu’elles sont. Oui, tu as souffert, mais moi aussi, d’une manière que tu ne pourras jamais comprendre. Nous avons toutes les deux été prisonnières de notre classe sociale. Mais à quoi sert de ressasser le passé ? Nous avons le pouvoir de changer notre avenir. Si tu passes ton temps à ressasser ce qu’on t’a fait, tu ne réussiras qu’à détruire toute possibilité pour notre amitié de survivre. »

Ce roman avait tout pour me plaire car décrit comme « une saga inoubliable dans la droite ligne de Downton Abbey »et c’est exactement cela. Je rajouterais que « Les Filles d’Ennismore » m’ont aussi fait penser au roman de Laurence Peyrin, « L’aile des vierges ». Patricia Falvey nous emmène en Irlande, dans la campagne irlandaise et à Dublin, comme je peux me les représenter! Il y a le château avec ses étages destinés à la famille du lord et les sous-sols, la cuisine, où les domestiques s’y retrouvent. Il y a la petite fille riche et la pauvre qui deviennent amies. Il y a le papa, le lord, aimant, et la mère, lady Ennis, très austère. Il y a la tante, lady Marianne, féministe. Et Valentin, le frère de Victoria; et Brendan, le domestique; tous les deux liés à Rosie et à Victoria. Tout y est pour une fresque mêlant la lutte des classes et l’histoire de l’Irlande. Dans « Les Filles d’Ennismore », il est question d’une histoire d’amitié pas conventionnelle, des histoires d’amour jugées impossibles, d’émancipation de la femme et de la classe sociale, de l’indépendance de l’Irlande, de la première guerre mondiale. Oui, dans ce roman, beaucoup de thèmes sont abordés mais ils sont tous en lien et c’est une des forces de cette histoire, de l’auteure. À aucun moment, je ne me suis sentie perdu dans l’histoire. Je n’y ai pas trouvé de longueur. Patricia Falvey a su en faire une jolie fresque dans laquelle j’ai eu plaisir de voyager!

J’ai beaucoup appris sur l’histoire irlandaise que je ne connaissais pas en fait. J’y ai découvert les « rebelles », les anglais, la vie difficile des pauvres à Dublin, la famine, l’épidémie de grippe fatale. Tout cela mêlé à la première guerre mondiale. L’auteure a su habilement lier la saga familiale et historique et même si la saga familiale n’a pas été très surprenante, je me suis laissée prendre au jeu du récit et ma lecture a été agréable, enrichissante et instructive. De plus, Patricia Falvey n’a pas oublié de mettre en avant l’évolution, certes discrète, des femmes dans cette société couplée au féminisme. « Les Filles d’Ennismore » est un roman pour tous ceux qui aiment Downton Abbey et l’histoire de l’Irlande!

« Les Filles d’Ennismore » de Patricia Falvey chez les éditions Belfond, traduit par Julia Taylor, 04 avril 2019.

 

 

Interview de Laure Manel.

« Interview de Laure Manel »

Tout d’abord, merci infiniment Laure d’avoir accepté de répondre à mes questions!

Merci à toi !

 

-Mais qui est Laure en fait?

Laure est écrivain mais dans la vraie vie, ce n’est pas son (1er) prénom 😉.

J’ai 40 ans, j’ai été professeur des écoles (et directrice), jusqu’à l’été dernier. Je vis dans le Maine-et-Loire avec mon fils et mes animaux.

-Pourquoi écris-tu?

Depuis que je sais écrire, j’écris… C’est un besoin, mon moyen d’expression préféré, quelque chose qui m’est naturel et indispensable. J’aime les mots, la musique des phrases, (me) raconter des histoires… depuis que je suis petite. J’aime construire une intrigue, connaître mes personnages comme mes amis, et laisser courir mes doigts sur le clavier dictés par le film que je vois sous mes yeux.

-« L’ivresse des libellules » est ton troisième roman. Maintenant, ton métier est romancière?

En effet. Je n’en reviens toujours pas. Je mesure chaque jour la chance que j’ai de pouvoir me consacrer à ma passion.

-Quand tu parles de ce roman, que dis-tu?

Je dis en substance : « C’est l’histoire d’un groupe d’amis qui part en vacances en Ardèche pour 15 jours de détente, sans les enfants… mais le séjour ne va pas se passer comme prévu… »(suspens 😉).

-« L’ivresse des libellules » est un roman sur l’amour et l’amitié. Selon moi, on aime d’amitié et on aime d’amour. Qu’en penses-tu?

Tout à fait d’accord. Le lien qu’il y a entre mes trois meilleures amies et moi est très fort. Et il nous est arrivé de nous dire « je t’aime ». Et puis il arrive, parfois, dans la vie, que l’on vive un coup de foudre amical, une forme d’évidence dénuée d’ambiguïté. Il n’y a que le désir qui distingue l’amour de l’amitié, finalement, non ?

-Pour tes personnages, tous différents, tu as puisé dans ton entourage?

Pas spécialement. Ou bien juste des traits, une parole, un détail… Je m’y suis mise aussi 😉. Mais j’ai avant tout procédé comme d’habitude : une fiche détaillée et une photo pour chacun… Le but étant que je les connaisse jusqu’à ce qu’ils existent vraiment, que je les visualise et que je devine leurs réactions…

-Comment les as-tu imaginés? Lequel est venu en premier dans ta « tête »?

Pour le physique de mes neuf personnages (même si je les décris assez peu), j’ai trouvé des photos de chacun sur internet, que j’ai collées sur les fiches. A partir de ces photos, j’ai cherché à deviner le caractère de chacun, sa vie, son passé, son quotidien, leurs liens… tout (même ce qui ne me sert pas vraiment ensuite). C’est d’abord Emilie qui m’est venue dans la tête (la « rabat-joie » qui saoule tout le monde avec son régime…). Mais tout s’est tressé, imbriqué assez vite. Durant des mois, des scènes, des répliques me venaient dans la tête… et je les notais.

-Tu donnes de jolies descriptions de l’Ardèche. C’est une région que tu connais?

Oui, j’y suis allée lorsque j’étais adolescente (nous avions descendu les 32 km en kayak). Et j’y suis retournée en octobre dernier, pour mon roman. J’ai à cœur d’installer mes histoires dans des lieux que je connais et que j’aime.

-La villa de ton roman est superbe. D’ailleurs, elle me fait penser à celle du film « Barbecue ». Elle sort de ton imaginaire?

Elle est à la fois inspirée de ma propre expérience (nous partons avec des amis en vacances régulièrement), de certaines de nos locations, mais surtout de mes recherches effectuées sur internet sur des sites de location en Ardèche. Là encore, j’ai imprimé des photos (la terrasse de l’une, la piscine d’une autre, le salon d’une troisième, etc…). J’ai mixé le tout pour aboutir à celle-ci. C’est vrai qu’au final, on peut y voir des similitudes avec le décor du film que tu mentionnes (en Ardèche aussi ? Je ne me rappelle plus de cette info).

-Évidemment, je vais te parler de Sybil, une de tes personnages. Comment as-tu choisi l’écriture anglo-saxonne de ce beau prénom? Elle peut paraître énervante mais au fond, elle est attachante, enfin pour moi. C’est comme cela que tu voulais que tes lecteurs la perçoivent?

😊 Pour l’orthographe, cela m’est venu naturellement : pour moi, le prénom s’écrit comme ça (l’autre écriture me semble trop apparentée à la mythologie… d’ailleurs, pour tout te dire, j’ai eu une chatte qui s’appelait Sybille). Ce que tu me dis d’elle correspond à ce que les gens m’en disent et à ce que je voulais en faire, en effet : une fille à la fois prodigieusement agaçante (capricieuse, plutôt cash et autoritaire) mais aussi touchante et sympa (pleine de dynamisme, généreuse, et dont on comprend les failles).

-Il t’a fallu combien de temps pour écrire ce roman? Depuis l’idée qui a germé dans ta tête au point final?

Un peu plus d’ un an… comme pour mes autres romans. Il s’est imposé avant même la fin de l’écriture du précédent.

-Quand tu écris, as-tu déjà un plan bien défini ou est-ce que tu vois au fur et à mesure de la rédaction?

Oui, j’ai un plan assez précis. Je travaille beaucoup la structure en amont, les nœuds dramatiques, les rebondissements… jusqu’à un synopsis que je suis, pas toujours à la lettre. En effet, il y a beaucoup de place à l’imprévu à l’intérieur de mes scènes/chapitres… et j’écris en fonction de ce que je vois (mes personnages prennent vie comme dans un film, donc me surprennent parfois). Mais savoir où je vais m’est indispensable : ainsi, pas d’angoisse de la page blanche, et pas besoin de me poser 1000 questions sur la suite.

-Les premiers avis sont déjà tombés et ils sont très positifs. Heureuse ou cela te met une pression supplémentaire?

Heureuse ! Même si on ne peut évidemment pas plaire à tout le monde (certaines lectrices regrettent par exemple de ne pas avoir ressenti autant d’émotions que dans les deux précédents), c’est un soulagement intense de recevoir des compliments et de se dire : « Les lecteurs aiment ce roman (même s’il est différent… et c’est ce que je voulais 😉), ils sont partis en vacances avec mes personnages… ». Sentir que le roman a été compris dans ce qu’on a voulu faire (à la base, je ne cherche pas « à faire du bien », mais plus à faire réfléchir, en essayant d’être réaliste et au plus proche de la vie comme elle est/peut être), c’est une grande satisfaction. Que les lecteurs s’approprient l’histoire et s’attachent aux personnages au point de me réclamer une suite (demande qui revient régulièrement et idée qui chemine dans mon esprit…), c’est génial !

(La pression et la peur, c’est plutôt pendant l’écriture et avant les premiers retours)

-Comment vois-tu tes lecteurs? Quels rapports entretiens-tu avec eux?

Je les vois comme une communauté, une entité extrêmement variée (hommes, femmes, de 15 à 90 ans). J’ai la chance d’en rencontrer de plus en plus, lors des salons et des dédicaces. C’est très agréable d’échanger avec eux, très émouvant parfois aussi. Grâce aux réseaux sociaux, il se crée aussi un lien « parallèle ». La vraie vie nous amène à passer du virtuel au réel (ou l’inverse, ensuite). C’est enrichissant. Mes romans passent de mains en mains au sein des familles et entre amis, c’est incroyable.

C’est grâce à chacun de mes lecteurs que j’en suis là. Je leur en suis extrêmement reconnaissante.

-Comme lectrice, tu as des préférences de genres littéraires?

Pas vraiment. Ayant suivi un cursus littéraire, j’ai beaucoup lu les classiques. J’aime aussi le théâtre et la poésie. J’aime alterner les genres de lecture. En revanche, je ne lis jamais de thriller ni de fantasy, ni de SF…

-Un conseil lecture pour le printemps?

Si vous voulez rire : « Le discours », de Fabrice Caro.

-Un dernier mot?

Merci à toi pour toutes ces questions fort intéressantes !

L’ivresse des libellules.

« L’ivresse des libellules »

de Laure Manel

Il m’était impossible de ne pas lire « L’ivresse des libellules » de Laure Manel vu qu’un des personnages se prénomme Sybil!! Merci aux éditions Michel Lafon pour cette lecture.

Comme tous les ans, quatre couples, Alex et Sybil, Claire et Jérôme, Vincent et Émilie, Caroline et Sébastien, partent ensemble en vacances. Mais cette fois-ci, ce sera des vacances sans enfants dans un lieu de rêve. Il y a tout de même du changement car Sébastien, le compagnon de Caroline, est nouveau dans la bande, et Claire a invité Valentine qui était seule pour ses vacances. Est-ce du fait de l’arrivée des nouveaux, des caractères de chacun, des différences de vie mais l’ambiance vire à l’orage…

« Bien qu’elles soient différentes les unes des autres, et pourraient même par momants paraître incompatibles, Sybil, Claire, Émilie et Caroline sont devenues inséparables à force de partager leurs vies, leurs confidences et leurs souvenirs. Si leur amitié n’est pas si ancienne qu’on pourrait le croire en les voyant, elle n’a eu de cesse de renforcer au fil des années, au gré des moments passés ensemble, des hauts et des bas de la vie, à se réjouir des événements heureux, à se serrer les coudes et se soutenir en cas de coup dur… »

Vous voulez avoir un avant goût de vacances d’été, de villa magnifique? Lisez « L’ivresse les libellules » mais attention, tout n’est pas paradisiaque car Laure Manel nous livre des tranches de vie dans son dernier roman. Évidemment, j’étais très curieuse de découvrir le personnage de Sybil, de voir comment Laure l’a imaginée et je l’ai beaucoup aimée cette Sybil avec son caractère bien trempé mais si généreuse et attachante (« Énergique, indocile, capricieuse, mais tellement attachante! Une fille à part… qui gagne à être connue. » un peu tout moi en fait!!)!

« L’ivresse des libellules » est un roman sur l’amitié, sur les couples, sur l’amour en général. Partir en vacances à plusieurs est toujours source de petits conflits sur les horaires, les repas, les activités, et cela est normal, c’est la vie en groupe qui veut cela. Laure Manel nous livre des personnages tous attachants et dans lesquels nous pouvons tous se retrouver. L’auteure exploite comme il faut la psychologie des personnages et cela pour chacun des personnages. Dans « L’ivresse des libellules », il n’y a pas de personnage principal car ce sont les personnages ensemble qui créent l’histoire. C’est avec eux que chaque couple va en révéler un peu plus. C’est avec eux que la crise de la quarantaine est évoquée. C’est avec eux que la place de la femme en tant que mère et en tant que femme est abordée. C’est avec eux que leur amitié est très importante et leur permet de faire face aux difficultés de la vie, de l’amour, de l’âge.

Laure Manel fait entrer son lecteur avec finesse, avec douceur dans son roman. J’ai eu le sentiment, pendant ma lecture, d’être la confidente de tous ces amis, de les écouter, de les accompagner. J’avais envie de dire à Caroline de faire attention, à Vincent d’être plus attentif à Émilie, à Émilie de dire vraiment les choses, à Sybil d’être moins dans la planification. Et la villa, l’Ardèche décrites par Laure donnent trop envie de s’y retrouver, de lire un livre au bord de la piscine, de découvrir les superbes paysages de cette région. J’ai senti le soleil sur ma peau. J’ai senti la bonne odeur du barbecue. Je me suis vue allongée sur un transat. Et j’ai ressenti tout l’amour que Laure a mis dans ses libellules! Un roman d’amitié et d’amour à déguster en toute saison!

« L’ivresse des libellules » de Laure Manel chez Michel Lafon, 04 avril 2019.