Interview de Julien Jouanneau.

« Interview de Julien Jouanneau »

Tout d’abord, merci infiniment Julien d’avoir accepté de répondre à mes questions!

Merci à vous!

 

-Mais qui est Julien en fait?

Un humble auteur, qui a toujours été possédé par la littérature, qui a lu toute son enfance à s’en donner des migraines, qui s’évadait dans des contrées livresques grâce à des auteurs merveilleux. Et qui aujourd’hui tente de faire de même en proposant une histoire captivante. Mais rassurez-vous, quelqu’un qui n’a pas l’habitude de parler de lui à la troisième personne bien sûr!

-Pourquoi écrivez-vous?

Pour je l’espère faire passer un moment agréable, déroutant, magique, émouvant (au choix ou tout à la fois!) à des lectrices et des lecteurs. Les débrancher de leur environnement, de leurs soucis, de leur quotidien. Les piéger dans un récit! Vous savez, cette capture que seuls les livres maîtrisent, qui fait que trois heures semblent avoir duré cinq minutes. Cette hypnose qui nous colle aux pages, lorsqu’on est sous la couette et que gronde l’orage, qui fait oublier la fourmi escaladant nos jambes quand on est couché dans l’herbe un après-midi d’été, qui nous fait rater un arrêt de bus ou de métro, qui fait refroidir la tasse de thé posée tout près, qui fait oublier le portable. Quelques pages pour procurer de l’aventure, bouleverser les cœurs et rester, idéalement, dans les pensées des gens.

-Tout d’abord, Ludwig existe?

Pourquoi pas? Le livre n’a aucune vocation historique mais, lorsque j’étais à l’université aux Etats-Unis au début des années 2000, je suis tombé, dans une médiathèque, sur un court film en noir et blanc. Il montre un quai pendant l’Occupation aux Pays-Bas, le moment terrible où des Juifs doivent embarquer dans un train pour les camps. On croise des visages fermés, on voit des officiers allemands également. Un chien vagabonde aussi sur le quai. A qui appartient-il? Aux bourreaux nazis? A leurs pauvres victimes en partance vers l’enfer? Son histoire peut alors être captivante à raconter. Imaginer qu’un chien court sans relâche pour ne pas abandonner son âme sœur, sa princesse… Ludwig incarne surtout la fidélité et le désir de voir plus grand et plus bon, qui ne sont pas que l’apanage des animaux…

-Pourquoi votre narrateur est un chien? (Pour moi, cela est une fabuleuse idée!)
Qu’est-ce que cela apporte de plus pour vous à votre histoire?

Il fallait un narrateur capable du meilleur, vierge de toute animosité, aux émotions sincères. Le plonger dans la période la plus horrible de l’Histoire pour créer une dynamique de roman. C’est une aventure initiatique, ce personnage est fascinant à voir évoluer, se transformer, se durcir. Un animal narrateur fonctionne toujours, il faut lire tous ces ouvrages qui se servent de ce procédé, comme « Ce chien ton serviteur » de Kipling, voir des films comme « Baxter » où l’animal partage ses pensées en voix-off.

-Quand vous écriviez votre livre, vous vous êtes mis à la place de Ludwig? Comment cela s’est passé dans votre tête?

J’ai souvent eu l’occasion dans mes articles de me mettre dans la peau de personnalités pour raconter leur vie, etc. Et dans celle d’un chien déjà en 2004 pour un article, dont il était l’envoyé spécial, il signait à la fin! J’ai toujours adoré écrire mes romans à la première personne, l’immersion est facilitée.

-Avez-vous fait des recherches sur les chiens justement? Sur leurs diverses capacités, sur leur odorat, vision…

Des recherches de base, pour rester dans la réalité et s’assurer que certaines actions de Ludwig sont, au final, plausibles… Mais à chaque fois, il me fallait trouver leur traduction littéraire. Chaque capacité, pensée devait devenir figure de style, personnage, retournement de situation. Cela reste une fiction, il faut des passages qui scotchent!

-Dans vos notes, à la fin du livre, vous donnez « vos sources » si je peux dire. Comment avez-vous fait vos recherches sur ces faits historiques?

Mon travail de journaliste: plongée dans les archives, confirmation de détails par plusieurs personnes, etc. Il s’agit là juste de retranscrire l’environnement général. Le livre n’a absolument aucune vocation historique.

-Comment vous est venue l’idée de ce chien qui part à la recherche de sa maîtresse pendant la deuxième guerre mondiale? Et pourquoi?

En plus de ce film en noir et blanc montrant un quai d’où partent des personnes vers les camps et où on aperçoit un chien, je pensais aussi à Hachiko, ce chien japonais qui, après la mort de son maître en 1925, l’attendait chaque soir à la gare de Shibuya, pendant dix ans jusqu’à sa propre mort. Et si Ludwig, lui, partait carrément sur les rails, à la poursuite impitoyable du train, la fidélité comme carburant et pour seul horizon? L’occasion d’une aventure entre « Stand by me », « L’Appel de la forêt », « Au Cœur des ténèbres », « La Voie royale », « Le Lion », « L’Odyssée » d’Homère…

-Il vous a fallu combien de temps pour écrire ce roman? Depuis l’idée qui a germé dans votre tête au point final?

Entre l’écriture, le repos du texte, les corrections, les doutes, les relectures, les réécritures, le rejet même, tous ces allers et retours, difficile de jauger le temps. Mais encore plus de le trouver! Il faut se faire violence, se discipliner, et s’y mettre. J’écris petit bout par petit bout, chaque jour, comme le personnage de Tim Robbins creuse son tunnel dans « Les Évadés ».

-Quand vous écrivez, avez-vous déjà un plan bien structuré ou est-ce que vous voyez au fur et à mesure de la rédaction?

J’écris comme un sculpteur! Un tas de scènes totalement incompréhensibles, des chapitres isolés, puis je replace dans l’ordre, je coupe, j’agence, corrige chaque phrase dans le détail. Et comme pour un montage de films, je rajoute les couches de dialogues, les descriptions. Je crois que c’est Hemingway qui disait « The first draft of anything is shit ».

-Comment voyez-vous vos lecteurs? Quels rapports entretenez-vous avec eux?

Je souhaite déjà en avoir, ce serait pour moi une réussite incroyable. Alors je les verrais comme Ludwig considère sa maîtresse: leur rester fidèle, leur faire plaisir constamment, apprivoiser leur désir. Écouter leurs critiques, leur demander même quel livre ils voudraient que j’écrive!

-Comme lecteur, vous avez des préférences de genres littéraires?

Je dévore tout. La grande littérature classique d’aventure, d’anticipation, française, britannique et américaine, celle dont les personnages sont animés de doutes et de grands désirs, qui affrontent l’ordre établi et progressent dans une nature palpable et vivante, pour le meilleur ou le pire. Vive l’audace de Mary Shelley, le génie d’Agatha Christie, les évasions de Jack London ou Joseph Kessel, les descriptions de Marcel Pagnol et Henry James, la folie de Joseph Conrad, la précision de Virginia Woolf, le souffle d’Herman Melville et Jules Verne!

-Un conseil lecture pour le printemps?

Hormis « Le Voyage de Ludwig » ;-), replongez-vous dans « La Planète des singes » de Pierre Boulle. Une œuvre (française!) d’une puissance et d’une audace stratosphériques, avec un environnement riche, de l’aventure, avec des questionnements fondamentaux toujours d’actualité et dotée de deux « twists » finaux, une prouesse en littérature.

-Un dernier mot?

Oui le seul: lire. 😉

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