Interview de Laurence Peyrin.

« Interview de Laurence Peyrin »

Tout d’abord, merci infiniment Laurence d’avoir accepté de répondre à mes questions!

 

-Mais qui est Laurence en fait?

Une quinqua moderne, un peu grande gueule, tatouée, atrocement romantique, mère de famille nombreuse, ancienne journaliste, dingue de cinéma. Tout et son contraire.

-Pourquoi écrivez-vous?

Parce que je sais faire.

-« Ma Chérie » est votre sixième roman. Comment trouvez-vous l’inspiration?

C’est l’inspiration qui me trouve. L’idée de départ vient souvent de quelque chose que j’ai lu, d’un film que j’ai vu, d’un reportage, et s’installe dans ma tête. Ensuite, elle se développe toute seule.

-« Ma Chérie » se passe aux États-Unis. Une vraie passion ce pays. Pourquoi vous fascine t-il tant?

Je ne suis pas fascinée, je m’y sens chez moi, à l’aise. Mais attention, je n’aime pas tout des États-Unis! Les blaireaux qui votent Trump, les États qui pratiquent la peine de mort et pénalisent l’avortement me révulsent. J’aime New York par-dessus tout, et New York n’est pas l’Amérique. Pas celle-là, en tout cas. J’aime la mentalité des gens là-bas, la bienveillance, l’élan, l’intérêt qu’on porte aux autres. C’est une ville facile à connaître, facile à aimer. Sans New York, je n’écrirais pas, j’en suis sûre.

-Les femmes sont toujours à l’honneur dans vos romans. Vous en faites des personnages forts. C’est important pour vous?

Non. Je ne suis pas féministe, en tout cas pas une féministe vindicative. Revendicatrice, oui, pour des droits égaux. Mais je n’ai pas envie de castrer les hommes comme certaines en donnent l’impression.

Si j’écris sur les femmes, c’est parce que j’écris sur ce que je connais le mieux. Mais les hommes ont toujours une belle place d’homme dans mes romans. Ils sont virils mais pleins de sagesse. Les femmes y sont fortes, parce que c’est toujours plus jouissif de raconter une ascension plutôt qu’une dépression, pour moi.

Mais je ne défends rien, sauf les sentiments. Je veux sauvegarder ça, dans mes histoires: la passion amoureuse, l’amitié profonde.

-Dans « Ma Chérie », vous parlez de ségrégation, de stress post-traumatique, de l’arrivée de Kennedy, de Martin Luther King. Comment vous faites vos recherches pour coller à la réalité?

Je les fais au fur et à mesure que j’écris, parce que je n’ai aucun plan. Un thème en entraîne un autre. Je suis sur mon ordinateur, l’histoire m’emmène quelque part et je cherche sur internet. Il faut que tout soit documenté, c’est une obsession d’ancienne journaliste. Je suis prête à faire des recherches botaniques pendant une heure juste pour écrire une phrase , et vérifier quelle fleur pousse ici et si c’est une période de floraison. J’apprends beaucoup de choses en écrivant!

-Dans chacun de vos romans, vous faites cohabiter des faits historiques avec l’histoire de vos personnages. Pourquoi?

Parce que je suis passionnée d’histoire et d’actualités vintage. Le fond de l’intrigue, la période, les faits, sont l’explication de l’histoire elle-même. C’est un pari à chaque fois, de retranscrire une époque et une société différentes. Je m’y plonge avec gourmandise.

-Il vous a fallu combien de temps pour écrire ce roman? Depuis l’idée qui a germé dans votre tête au point final?

C’est compliqué à quantifier, parce que je crois que l’idée était déjà dans ma tête à la fin de l’écriture de « L’Aile des Vierges », parce que simplement je voulais écrire le contraire de ce que je venais de faire – au lieu de l’ascension sociale de Maggie, la dégringolade de Gloria, qui, en perdant tout, va elle aussi se découvrir. Ensuite, les périodes d’écriture sont morcelées par les déplacements dans les salons du livre. J’écris un livre par an, dans les faits je pense que l’écriture (intensive) me prend entre quatre et six mois.

-Quand vous écrivez, avez-vous déjà un plan bien structuré ou est-ce que vous voyez au fur et à mesure de la rédaction?

Aucun plan. Je ne sais absolument pas où je vais. Des personnages apparaissent au fur et à mesure, ça influe sur l’histoire. Parfois je change complètement de projet en cours de route. Pour « Ma Chérie », j’ai changé d’idée au cours du dernier mois d’écriture.

-Un seul conseil à donner pour se lancer dans la rédaction d’un roman?

Oser et s’y tenir.

-Comment voyez-vous vos lecteurs? Quels rapports entretenez-vous avec eux?

Oh mon Dieu, la chance que j’ai d’avoir une telle communauté autour de mes livres! Je reçois beaucoup d’affection sur les réseaux sociaux, je n’ai qu’une peur c’est qu’on m’en veuille le jour où je ne pourrai plus répondre à tout le monde… Je commence à avoir du mal et je culpabilise. Et quand des fans viennent me voir dans les salons, je prends du temps, je suis touchée – et un peu surprise aussi.

-Comme lectrice, vous avez des préférences de genres littéraires?

Je ne lis presque que des thrillers anglo-saxons. Tout le contraire de ce que j’écris.

-Un conseil lecture pour l’été?

« Une femme entre nous » de Greer Hendricks et Sarah Pekkanen. (Pocket) Une banale histoire de mariage raté et de tromperie… une construction implacable, un suspense intenable. J’en ai abandonné Netflix pendant quelques soirs, ce qui est un exploit!

-Un dernier mot?

Lisez, pour que les auteurs puissent écrire!

Ma Chérie.

« Ma Chérie »

de Laurence Peyrin

Merci aux éditions Calmman-Lévy pour cette lecture tant attendue du dernier roman de Laurence Peyrin, « Ma Chérie ».

Gloria Mercy Hope Merriman est une jeune femme noire du sud des États-Unis qui rêve de paillettes et strass. Elle devient Miss Floride 1952 et à partir de là, elle sera connue sous le nom de Ma Chérie. Elle est la maîtresse officielle de Coral Gables, un agent immobilier et elle mène la belle vie jusqu’à l’arrestation de son amant… Ma Chérie est obligée de retourner chez ses parents vu qu’elle ne possédait rien en son nom. À partir de là, Gloria va prendre sa vie en main et prendre ses propres décisions.

« Ma Chérie avait une hygiène de vie olympique, entretenant son capital comme un cheval de course. Un verre de jus de citron dans de l’eau tiède au réveil, une heure de natation chaque jour, un régime sans trop de gras ni trop de sucre, des tonnes de carottes pour le teint. Presque pas d’alcool, des cigarettes seulement entre copines – à cet égard, elle faisait figure de martyre auprès des Sharon et Janice qui mangeaient liquide lors de leurs déjeuners et écrasaient leurs mégots dans des assiettes à peine chipotées. »

Comme pour ses précédents romans, Laurence Peyrin a su nous raconter une histoire, une histoire forte, une histoire sensible et pleine de messages! Lire un roman de Laurence, c’est se plonger dans l’histoire américaine avec des faits d’une réelle justesse, avec de belles héroïnes qui veulent ne pas, ne plus subir. Lire un roman de Laurence, c’est apprendre car Laurence nous livre des vérités, des pans d’histoire avérés. Lire un roman de Laurence, c’est découvrir encore plus les États-Unis. Lire un roman de Laurence, c’est rencontrer des femmes plus fortes les unes que les autres. Lire un roman de Laurence, c’est partager des combats et gagner des batailles. Lire un roman de Laurence, ça fait un bien fou!!!!

Dans « Ma Chérie », l’auteure nous emmène dans les États-Unis des années 60 avec les problèmes de ségrégation, le retour difficile des soldats de la guerre du Vietnam, l’arrivée de Kennedy en politique et la lutte de Martin Luther King. Laurence nous montre également le côté superficiel du monde des paillettes, du monde des stars où alcool et drogue faisaient partie du paysage. D’ailleurs dans ce monde de strass, Ma Chérie apparaissait effacée, soumise même au bon vouloir de son amant et même de ses « amies ». Elle se laissait faire et cela ne semblait pas la déranger. Dans un sens, heureusement qu’il y a eu l’arrestation de son amant car cela lui a permis de revenir à la réalité et se s’affranchir, de s’affirmer. Gloria décide de prendre sa vie en main et de faire ce dont elle a envie. On assiste à l’émancipation de la femme dans les années 60. Cette femme qui va aller contre la ségrégation, qui ne veut pas devenir la béquille d’un homme atteint de stress post-traumatique. C’est devenu une femme qui pense à elle avant tout et prend ses propres décisions, que cela plaise ou pas! Laurence Peyrin livre des info toujours vérifiées. Laurence sait captiver son lecteur avec sa plume douce, sincère, sensible, comme à son image!! Bref, j’ai encore une fois aimé le roman de Laurence Peyrin!!

« Ma Chérie » de Laurence Peyrin chez Calmann-Lévy, 13 mars 2019.

 

Interview de Pierre Théobald.

« Interview de Pierre Théobald »

Tout d’abord, merci infiniment Pierre d’avoir accepté de répondre à mes questions.

 

-Mais qui est Pierre en fait ?

42 ans que je tourne autour de la question. Sans obtenir de réponse convaincante. J’ai travaillé dans différents journaux. Je vis dans un coin de France qu’on appelle le Nord-Est, non loin de la frontière allemande, du Luxembourg et de la Belgique, à Metz, une ancienne ville de garnison que je me plais à redécouvrir à chaque fois que j’y reviens. Car je ne fais que ça. Je pars, je reviens, je pars, je reviens… A force d’instabilité, j’ai pris goût à l’intermittence, aux pointillés. Ou j’en ai pris mon parti.

-Pourquoi écris-tu ?

Pour faire le malin. Je plaisante à peine, tu sais. Avant 2015, je n’avais jamais écrit une ligne. Mais en 2015, j’ai une histoire avec une fille, et cette histoire (qui n’en était pas vraiment une) me retourne le cerveau et les tripes. Un jour, la fille me lance : « Toi, tu devrais écrire. » Elle touchait pas mal sa bille en littérature, alors je l’ai crue. J’ai ouvert un compte Tumblr (on allait encore sur Tumblr en 2015), j’ai commencé à bricoler des textes rapides autour des mes thèmes fétiches : l’amour, le couple, l’intime, nos histoires de cul, les lendemains moroses, les défaites qui s’accumulent… Bref, rien de prémédité. Le coup est parti comme ça.

-Dis moi, en une phrase, ce qui qualifie ton premier roman « Boys ».

Des histoires d’hommes pris dans des temps de vie pareils à une bascule. Des mecs pas très mecs, en fait. En tout cas loin des stéréotypes qu’on nous fourre dans le crâne. Souvent ça tient en une scène, et je regarde comment les personnages se débrouillent. Quand ils réussissent à se débrouiller. (OK, ça fait plus d’une phrase là.)

-Pourquoi avoir choisi le format nouvelles pour ton premier livre ?

Parce que mon premier geste d’écriture l’a été sur des formes courtes. Aussi j’ai insisté. Quand est née la possibilité d’un livre, j’ai repris certains de mes textes existants, j’en ai travaillé d’autres, et j’ai transporté toute cette matière dans un environnement que je souhaitais masculin. Même si en fin de compte, les femmes ne sont pas loin de tenir le premier rôle – comme dans mon existence en fait.

-« Boys » est un recueil de nouvelles mais avec un personnage, Samuel, qui revient à plusieurs reprises ? Pourquoi ?

Quand le manuscrit a été accepté par JC Lattès, Samuel n’était présent qu’à une seule reprise, au détour d’un texte. Sa récurrence, c’est une incitation très forte de Charlotte von Essen, l’éditrice qui a travaillé sur « Boys ». Sans Charlotte, je doute que le livre aurait l’équilibre qui est le sien aujourd’hui. On côtoie Samuel à différentes époques de sa vie sentimentale, le plus souvent à des moments où il court derrière son désir de paternité. J’aime ces rendez-vous réguliers, cela installe une petite musique – mélancolique, parfois – tout au long du livre. Et cela crée des liens, du liant. Ces mêmes liens que l’on retrouve d’ailleurs entre différents personnages – qu’ils soient principaux ou secondaires – au fil des nouvelles. En somme, on est à mi-chemin entre le recueil et le roman choral. En tout cas c’est qui ressort beaucoup des retours de lecture. Et c’est ce qui semble plaire. Preuve que l’intuition de Charlotte était la bonne.

-« Boys » parle évidemment des hommes et d’une façon peu abordée puisque tu racontes leurs failles, blessures, espoir. Comment as-tu eu ce besoin de dévoiler une autre facette des hommes ?

Aucune stratégie là-dedans. Avec la claque MeToo, on me dit que « Boys » tombe au bon moment, qu’il jette une lumière différente sur les mecs d’aujourd’hui. Sauf qu’il n’y a aucune stratégie de ma part derrière ça ; quand j’ai commencé à écrire, MeToo n’existait pas. Non, je suis simplement allé vers des thèmes, des failles comme tu dis, des interrogations qui me sont proches. Il ne s’agissait pas de dévoiler une autre facette des mecs ; plutôt d’aller les chercher sur des terrains où ils n’ont pas l’habitude de se montrer – alors que des mecs qui en bavent à cause d’un grand amour ou d’autres que ça pétrifie de se retrouver sans gamin à 40 ou 50 piges, ces mecs-là, je les connais, ils existent…

-Il y a toujours de soi dans ses écrits. Donc toi, tu ressembles auquel de tes personnages ?

A tous et à aucun. C’est pas une formule hein. J’imagine qu’il y a toujours de soi quand on écrit… C’est le geste (physique) et la démarche (solitaire) qui veulent ça. J’aurais écrit un polar moyenâgeux ou un feel good dans les vignes provençales, il y aurait eu autant de moi. Donc s’il y a de moi dans « Boys », c’est un « moi » fragmenté, fantasmé, éparpillé. Un « moi » épars, pour reprendre le joli titre du livre de mon amie Lisa Balavoine.

-Comment t’es-tu senti quand tu as lâché « Boys » ?

Charlotte, l’éditrice du livre, ne m’a pas beaucoup lâché justement ! Sa bienveillance n’a eu d’égale que son intransigeance ; autant dire qu’elle m’a fait bosser. Quand on a dit stop, j’avais la conviction que le texte, au fil des versions, avait pris la bonne direction. Et le sentiment que j’avais fait du mieux possible.

-Il t’a fallu combien de temps pour écrire ce roman ? Depuis l’idée qui a germé dans ta tête au point final ?

Les premiers textes, je les ai écrits sur deux ans, de manière très irrégulière. Début 2018, je m’y suis mis véritablement. J’ai démissionné du boulot que j’occupais alors au Mans, je suis rentré à Metz, j’ai tapé dedans. Quant aux six derniers mois précédant la sortie de « Boys », je les ai consacrés à la réécriture, à ce travail de couture que je découvrais.

-« Boys » fait partie de la sélection des 68 Premières Fois. Tu éprouves quoi ?

Vachement de fierté. Avant d’être publié je suivais les 68 Premières Fois sur les réseaux, comme beaucoup. Je me fiais à leurs préconisations, j’étais attentif à leurs coups de cœur. Que « Boys » intègre la sélection, c’est une chance inouïe. C’est comme si la petite bande des 68 avait décidé de prendre sous son aile une autre petite bande, celle que forment mes personnages. Ils étaient faits pour se rencontrer si ça se trouve…

-Quand tu écris, as-tu déjà un plan bien défini ou est-ce que tu vois au fur et à mesure de la rédaction ?

Pas de plan. Souvent j’ignore la chute du texte que je démarre. Je pars d’une situation et je déroule la pelote. Pour « Boys », je me suis donné une feuille de route pour une seule histoire, la plus longue. Parce que je savais d’emblée comment je souhaitais la clore. Or, pour aller du point A au point B, il me fallait un cheminement clair.

-Comment vois-tu tes lecteurs ? Quels rapports entretiens-tu avec eux ?

Les réseaux sociaux ont réduit les distances, c’est un truc de malade quand on y pense. Je suis d’une génération née sans Internet, ce truc-là continue de me fasciner. Les retours de lecture s’effectuent quasiment en simultané, l’échange est immédiat. Pour « Boys », je note que les lecteurs sont surtout des lectrices – on ne découvre rien – et que la bienveillance qui entoure un premier livre n’est pas un vain mot. Je n’ai à me plaindre de rien, je ne suis que reconnaissance et gratitude.

-Comme lecteur, tu as des préférences de genres littéraires ?

J’aimerais te dire que j’ai apprécié tous les classiques, avec une prédilection pour le XIXe, et qu’à côté de ça rien de ce qui se fait au rayon étranger n’échappe pas à mes appétits… Mais que dalle. Je lis majoritairement du français, contemporain, avec un gros faible pour l’intimiste, les petits interstices. J’aime ce qui se passe au coin de ma rue, devant une cafetière ou sur un bout de canapé, c’est comme ça.

-Un conseil lecture pour l’été qui approche doucement ?

Une lecture récente. « Laisser des traces », d’Arnaud Dudek. De ces livres dont on a envie avant de les tenir en main, dont on sait qu’ils ne vont pas vous décevoir. Ce qui a été le cas. L’écriture d’Arnaud a ceci de précieux qu’elle vous invite très vite en territoire familier.

-Un dernier mot ?

Tu reprends une bière ?

Boys.

« Boys »

de Pierre Théobald

Merci aux Éditions JC Lattès pour la découverte du premier roman de Pierre Théobald, « Boys », premier roman qui fait également partie de la sélection des 68 Premières Fois.

Antoine, Hatem, Samuel, Steve, Cédric, Sacha, Gilles, Bastien, Greg, Théo, Fred, Marc, Abel, Alex, Léon, Nicolas, Karim. Que des prénoms d’hommes… Ils ont tous les âges, sont des maris, amants, pères, amis et c’est un bout de leur histoire.

« J’avais acquiescé. Pour la première fois depuis le départ de Caroline je me laissais prendre par un regard, pour la première fois une conversation faisait sens, pour la première fois les mots tombaient juste, et pas à côté, pour la première fois s’esquissait une complicité, pour la première fois remuait une flammèche capable de réchauffer. »

« Boys » est un recueil de nouvelles mais pas que au final. Pierre Théobald nous parle de ses personnages masculins en 2 pages ou en plusieurs pages, chacun a droit à son chapitre sauf un, Samuel. Samuel revient plusieurs fois, le lecteur le suit en fait dans différents moments de sa vie, Samuel devient le fil conducteur de « Boys ». C’est le seul personnage pour lequel nous en savons plus. Mais quand je lis les différentes histoires, j’y ai retrouvé des personnages communs et surtout des points communs. Donc c’est plus qu’un roman de nouvelles selon moi!

« Boys », c’est vivre un moment instantané, fugace avec ces hommes, avec les hommes de Pierre Théobald. « Boys », c’est découvrir des hommes fragiles, blessés, aimants. « Boys », c’est les voir tel qu’ils sont, des êtres qui vivent, respirent, aiment, détestent, espèrent, pleurent, croient, s’impatientent. « Boys », c’est donner une autre image de l’homme, une image réelle, sensible. « Boys », c’est parler d’amour, d’amitié, de parents, d’enfants, de désir, d’envie, de tristesse, de remord. « Boys », c’est un ami, un père, un fiancé, un homme croisé dans le bus. « Boys », c’est eux, les hommes qui partagent nos vies, les hommes que nous avons croisés, les hommes que nous allons rencontrer.

J’ai lu « Boys » avec envie car j’ai aimé tous ces hommes avec leurs failles, blessures, envies, amour. Cela fait du bien de lire autant d’amour masculin dans un seul livre. J’ai ressenti leurs émotions, leur espoir, leur tristesse. Tous dégagent une sensibilité à fleur de peau. Tous sont en quête de quelque chose. Tous ont besoin d’amour. Je me suis attachée à eux et j’ai ressenti un peu de frustration de ne pas en savoir plus sur chacun, savoir ce qu’ils devenaient, savoir s’ils avaient trouvé ce qu’ils cherchaient. Mais c’est le jeu des nouvelles!! Il y a tout de même Samuel qui apparaît à plusieurs moments de sa vie, Samuel qui nous en livre plus. Et surtout la dernière nouvelle, la dernière de Samuel qui est juste belle avec des mots si beaux et touchants. C’est finir en beauté ma lecture de « Boys »!

« Boys » de Pierre Théobald chez JC Lattès, 03 avril 2019.

Suiza.

« Suiza »

de Bénédicte Belpois

Grâce aux « 68 Premières Fois », j’ai pu découvrir le premier roman de Bénédicte Belpois, « Suiza », chez les éditions Gallimard.

Tomás est un agriculteur de quarante ans, veuf, vivant en Espagne. Suiza est une très belle jeune femme qui s’est enfui de son foyer pour voir la mer. Suiza ne parle pas espagnol, elle est un peu bête mais travaille bien dans le bar du village. Tomás, dès qu’il l’a vue, n’a eu qu’une obsession, la posséder au sens propre et figuré.

« Ta seule crainte devrait être qu’un jour, un homme plus jeune et plus fort que toi ne te l’enlève comme tu l’as enlevée à Álvaro. Il ne tient qu’à toi que le corps de cette femme ne soit plus une conquête, la récompense d’une victoire. Libère-la de cette fausse liberté qui l’enchaîne au bon vouloir d’un puissant, possède-la plus encore aux yeux du monde, je te le dis. Tu sais comme ici les symboles ont valeur de lois. Tu mettras ton nom sur elle et paradoxalement tu lui enlèveras une partie de ses chaînes. »

Quel premier roman!! Quelle histoire!! Quelle écriture!! « Suiza » est un roman violent: violent dans les actes, violent dans les sentiments, violent dans les relations. « Suiza » n’est pas un conte de fées. « Suiza » est un roman difficile, où les choses écrites ne sont pas toutes évidentes à lire, où rien n’est épargné au lecteur. « Suiza » est d’une réalité totalement déconcertante au final, réalité choquante mais qui existe. Dans « Suiza », il y est question de terres agricoles, de foyer de jeunes filles, de village espagnol où tout le monde se connaît, de possession, de maladie, de famille, d’amour. L’auteur, Bénédicte Belpois, nous raconte sa « Suiza » à la première personne et c’est Tomás le narrateur ce qui rend le récit très masculin, rustre comme l’est Tomás avec sa vulgarité, sa brutalité.

« Suiza » est un roman violent, violent aussi dans l’amour, l’amour que porte Tomás à Suiza. Cet amour, il lui exprime de sa propre manière: rustre, brutale mais sincère. Bénédicte Belpois nous livre une autre façon d’aimer qui peut choquer, interpeller mais quand le lecteur approfondit sa lecture, cet amour est sans chichis, sans fioriture, un amour que nous n’avons pas l’habitude. Les deux personnages, Tomás et Suiza se sont bien trouvés car chacun à sa manière va sauver l’autre et va l’amener à se réaliser, à s’accomplir. Les deux se trouvent bien dans cette relation. Au fur et à mesure de ma lecture, je n’ai plus ressenti cette violence du début mais j’ai éprouvé de l’affection pour aussi bien Suiza et Tomás car ils se sont apprivoisés, ils se sont donnés mutuellement leur confiance, ils ont su créer leur propre histoire avec leurs propres codes à eux. Cet amour est ce qui leur reste et c’est ce qui leur permet d’avancer en oubliant le passé. J’ai aimé « Suiza » de part son originalité du point de vue de l’histoire, du lieu, des personnages atypiques, de la terre agricole, des sentiments, de la dureté et de l’amour. Bénédicte Belpois a écrit un premier roman sensible. Sa plume a su me captiver et malgré certaines scènes, j’ai été conquise, et admirative du récit de l’auteure, de son audace qui a fait mouche pour moi!!

« Suiza » de Bénédicte Belpois chez Gallimard, 07 février 2019.

Au bord de la Sandá.

« Au bord de la Sandá »

de Gyrdir Elíasson

Merci à l’agence Trames pour la découverte de « Au bord de la Sandá » de Gyrdir Elíasson chez les éditions La Peuplade.

Un homme vit près de la rivière Sandá en Islande. Il y peint dans sa caravane-atelier et vit dans sa deuxième caravane. Il reçoit pratiquement pas de visites. Le peintre se promène dans l’immense forêt, forêt qui est sa source d’inspiration pour ses peintures.

« Je retourne à la caravane-atelier, m’assieds dans le fauteuil vert et reprends ma lecture. Je ne vais pas peindre aujourd’hui. Il y a en moi une tristesse qui m’empêche de soulever un pinceau. Mais je suis content de rester à lire. Bien qu’étant reparti vers le sud jusqu’à Arles, je dois laisser le poêle à mazout allumé et me recouvrir en plus de la couverture de laine à carreaux pour pouvoir lire confortablement. »

Ce roman donne la part belle à la nature islandaise, à la rivière glacière la Sandá, à la peinture, à la littérature et à la solitude. Le narrateur, un homme d’un certain âge, s’est exilé dans cette forêt afin de pouvoir peindre, de retrouver le plaisir de peindre. Il s’est installé sur un terrain de camping avec deux caravanes: une pour vivre et une pour peindre. Il reçoit presque pas de visite: son fils mais c’est rare et un potentiel acheteur de ses toiles. Le narrateur fuit les autres, fuit le contact. Il contemple les arbres à l’infini et les peint. Il lit beaucoup. Même l’apparition d’une mystérieuse femme ne le fait pas dévier de sa « quête ».

« Au bord de la Sandá » est un roman lent mais dans le bon sens, dans le sens prendre son temps, être en harmonie avec les éléments qui nous entourent. J’ai été immergée dans cette grande forêt, j’ai découvert encore un peu plus de l’Islande, j’ai pris mon temps pour lire ce roman. En fait, le narrateur n’est pas si seul car il embarque avec lui des lecteurs, ses lecteurs. Ce roman se lit avec plaisir, délectation, doucement. Il n’y a pas de rebondissement, ni d’intrigue. C’est un livre qui se laisse vivre tout comme son narrateur dans une luxuriante végétation. Lire « Au bord de la Sandá », c’est passer un moment poétique, c’est plonger dans les pensées d’un homme qui se contente désormais de peu!

« Au bord de la Sandá » de Gyrdir Elíason chez La Peuplade, traduit par Catherine Eyjólfsson, 7 mars 2019.