Interview d’Erwan Larher.

« Interview d’Erwan Larher »

 

Tout d’abord, merci infiniment Erwan d’avoir accepté de répondre à mes
questions!
Je n’ai pas eu le choix, mon éditeur m’a obligé.

-Mais qui est Erwan en fait?

Un mec normal, basique (j’aime bien l’expression anglo-saxonne « average guy »), qui connaît ses (trop nombreuses) limites et se prend quand même pour un romancier.

-Pourquoi écris-tu?

Parce que je ne sais pas jouer de la guitare ni chanter.

-« Pourquoi les hommes fuient ? » est, enfin, ton dernier roman ! As-tu trouvé la
réponse à cette question ? »

« Enfin mon dernier roman ? » Vous aviez hâte que ça se termine, hâte que j’arrête
d’écrire ? Désolé de vous décevoir, mais il y en aura d’autres ! 😉 D’autres dans lesquels je continuerai j’espère à poser des questions auxquelles je n’ai aucune réponse à apporter. Mais à titre personnel, je sais pourquoi il m’est arrivé parfois de (me) fuir…

-Est-ce que je peux te dire que tu envoies du lourd avec ce roman ?

Réponse de l’Écrivain: Il fait aux alentours de 500 grammes je dirais. Autogenèse, mon second roman, était plus lourd. Et peut-être qu’Entre toutes les femmes aussi.
Réponse de Jane : Wesh !

-J’ai lu ton roman d’une traite. J’ai eu du mal à écrire ma chronique car les mots
me manquaient tellement j’ai aimé. Cela te fait quoi quand tes lecteurs te disent ça
de tes romans ?

Des choses dans le bas-ventre que la décence m’interdit de décrire. Et à mon âge, c’est précieux – merci, donc…

-La musique, l’abandon, la recherche, la drogue, la violence, tout cela est évoqué
dans ton roman. Où as-tu puisé ces thèmes, tes réflexions ?

Je n’écris pas à partir de thèmes ou de réflexions, mais à partir de bribes de voix et de fragments d’intrigues. Qui évoluent, se brisent, se solidifient, mutent. Engendrent une dynamique. Un rythme. Tissent des couches narratives. Alors bien sûr je réfléchis à ce que je fais, je questionne ma pratique, mais c’est le faire qui est originel, le geste, pas la pensée.

-Quelle est la part de toi, de ta vie dans ce roman ?

Je suis chacun de mes romans ; je suis dans chacun de mes romans. Entièrement. Sans doute ce que voulait dire Flaubert en affirmant : « Madame Bovary, c’est moi. »

-Comment as-tu imaginé Jane et sa vie ?

J’ai essayé d’être juste, comme on le dit d’un musicien.

-Comment te sens-tu, là maintenant alors que ton roman sort ?

Franchement ? Un peu blasé. Une dizaine de romans français (sept stars, le biopic-
tellement-puissant, le premier-roman-à-ne-pas-manquer et l’auteur-qui-a-une-trop-
belle (incroyable/triste)-histoire) vont faire l’objet de toutes les attentions médiatiques – parfois, leurs qualités littéraires le justifient. Pour les trois cents autres, dont le mien, il va falloir essayer de surnager pour n’être point trop vite oublié. Même si je sais la vanité de l’agitation qui entoure chaque rentrée littéraire, et que je n’ai nulle envie de participer à la course aux médailles, je suis humain. Un petit pincement d’amertume, un léger sentiment d’injustice peuvent me saisir en découvrant la liste des élus. Heureusement, je ne suis pas d’un naturel jaloux ou envieux, et je me console en me répétant que j’écris pour la postérité. Et puis ce sentiment un peu mélancolique s’estompera assez vite au fil des rencontres en librairies et en salons.

-Quand tu écris, as-tu déjà un plan bien défini ou est-ce que tu vois au fur et à
mesure de la rédaction?

Les deux. J’ai un plan, que l’écriture chamboule, alors j’en fais un autre, et ainsi de suite. Du coup, je n’arrive jamais là où je croyais arriver.

-Comment vois-tu tes lecteurs? Quels rapports entretiens-tu avec eux?

Je les vois trop peu nombreux, il m’en faudrait au moins dix fois plus pour terminer les travaux au Logis du Musicien ! Je crois qu’il y a un rapport de confiance et de respect entre nous. Ils savent que jamais je ne bâclerai le travail, qu’ils peuvent compter sur mon exigence. Peut-être qu’ils n’aimeront pas ce roman, ou le prochain, mais ils ne pourront pas dire que je me suis moqué d’eux. De mon côté, je sais que je peux compter sur de la fidélité et de la franchise. Je crois que nos rapports sont sains.

-Comme lecteur, tu as des préférences de genres littéraires?

Non. Je veux être surpris par une langue, une écriture, une structure narrative, et cela peut advenir dans tous les genres. Je recherche de la littérature. Écrire une histoire ne suffit pas à faire littérature ; pousser la recherche formelle dans ses retranchements ne suffit pas à faire littérature. C’est un subtil équilibre. Je peux quand même dire que mes goûts me portent moins vers l’autofiction et les romans intimistes.

-Un conseil lecture pour la rentrée?

Ah oui alors ! Il faut lire Je l’aime, de Loulou Robert. C’est fort, violent, âpre, puissant et tellement juste ! Je suis en train de terminer, dans un tout autre registre, Un homme qui brûle, d’Alban Lefranc, que je vous conseille vivement – très drôle, dérangeant et virtuose. Et puis quelques amis qui ont du talent, dont je n’ai pas encore lu le dernier mais ça ne saurait tarder : Sylvain Pattieu, Vincent Message, Sylvain Prudhomme.

-Un dernier mot? (En tout cas, moi j’en ai un : on se voit comme d’habitude au Clos
Vougeot !!)

Lisez !

 

Crédit photo: Dorothy-Shoes.

2 réflexions sur “Interview d’Erwan Larher.

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