La Vérité sur le mensonge.

« La Vérité sur le mensonge »

de Benedict Wells

Un recueil de nouvelles signé Benedict Wells, « La Vérité sur le mensonge » chez les éditions Slatkine & Cie.

Dix nouvelles. Dix récits. Dix histoires dont le point commun est le mensonge, le mensonge dans son ensemble.

« Margo était bouleversée. Elle avait passé toute la journée assise à son roman, sans rien manger, buvant à peine, à écrire et écrire. C’était comme si une vanne s’était ouverte dans sa tête et qu’un flot d’idées la submergeait. Pourquoi pouvait-elle tout à coup se souvenir de choses de son enfance qui semblaient depuis longtemps oubliées, et exprimer des sentiments qu’elle n’avait jamais éprouvés? En écrivant elle avait parfois les larmes aux yeux parce qu’elle savait que c’était le texte le plus génial qu’elle ait jamais produit. Et ça ne s’arrêtait pas. Une idée lumineuse en faisait naître une autre, elle avait chaque fois le sentiment que c’était lui le responsable. Pas un instant elle n’avait cessé d’avoir son visage devant les yeux, ses mèches bleues et sa peau blême. »

Dans « La Vérité sur le mensonge », Benedict Wells nous livre dix nouvelles dont deux ayant un lien direct avec son roman « La Fin de la solitude », roman que je n’ai malheureusement pas lu mais j’ai tout de même compris le sens de ces deux nouvelles. J’aime le principe des nouvelles car ça me permet de lire plus facilement dans les transports, une nouvelle durant le trajet, format idéal. Pour chaque nouvelle, l’auteur met en évidence le mensonge: celui qu’on donne aux autres, celui qu’on se donne à soi-même. Mais surtout il montre les conséquences de ces mensonges sur soi et sur les autres, sur sa vie et sur la vie des autres. Le mensonge n’est pas anodin et peut bouleverser les choses établies. Ces nouvelles ont un côté fantastique, irréel mais au final, réel. Le style est simple et cela captive à merveille le lecteur. J’ai beaucoup aimé deux nouvelles en rapport avec les livres et l’écriture: « La Nuit des livres » où comment passer la nuit de Noël avec des grands écrivains dans une bibliothèque, et « La Muse » où comment née l’inspiration des écrivains. La nouvelle « La Franchise » surprendra les amoureux de Star Wars!!!

« La Vérité sur le mensonge » est un recueil de nouvelles à découvrir!

« La Vérité sur le mensonge » de Benedict Wells, traduit par Dominique Autrand, chez Slatkine & Cie, 12 septembre 2019.

L’Année du gel.

« L’Année du gel »

de Agathe Portail

Dans sa collection Territoires, les éditions Calmann-Lévy ont publié le premier roman de Agathe Portail, « L’Année du gel ».

Six amis viennent passer quelques jours dans les chambres d’hôte du château de Bernard Mazet dans le Haut Méac. L’année est difficile pour cette propriété car le gel a dévasté les vignes. Durant le séjour de ces amis, les histoires personnelles font surface mais le pire est le quatrième jour quand un corps est découvert dans la chambre froide du château…

« Colette Mazet posa devant elle une part généreuse et se retourna vers la maison avec un soupir lorsque la sonnerie du téléphone fixe retentit. C’était un bruit qu’Élise avait pris en affection. Il lui semblait qu’une bonne vieille sonnerie, celle qui vrillait les tympans comme il se devait, portait en elle la joie d’imaginer un interlocuteur assis dans son  salon, tenue au bout du fil et forcé à l’immobilité pendant toute la durée de la conversation. C’était la signature d’un échange concentré pour lequel les deux parties devaient se rendre pleinement disponibles et n’étaient pas en mesure d’arpenter les rues en discutant, un sandwich à la main et l’écouteur soudé dans l’oreille. »

Et en voilà un de premier roman réussi! Agathe Portail a réussi à écrire un livre qui est comparé par beaucoup à Agatha Christie (tiens nous sommes sur le même prénom!!). Pour moi, « L’Année du gel » est une enquête policière menée d’une main de maître par son auteure et qui m’a plongée littéralement dans les vignobles bordelais (et étant bourguignonne il m’est difficile de quitter les vignes de chez moi!). Dans ce roman, l’auteure alterne habilement le présent et le passé et cela pour chacun des personnages. En effet, tous les personnages dans le roman sont importants. Tous jouent un rôle dans l’histoire. Tous ont en fait un lien même lointain. Agathe Portail a fait en sorte que chaque personnage ait son importance et cela est malin.Du coup, elle brouille les pistes pour la résolution de ce meurtre. Et oui, un coup je suis persuadée que c’est lui, et pis non, c’est elle, et après pourquoi lui, il a agit comme ça… Toutes ces questions, vous vous les poserez forcément à la lecture de « L’Année du gel »!! Ils sont tous coupable à un moment. À cela se rajoute des petits intrigues: des lettres qui disparaissent, tout comme des horloges. Ces intrigues sont-elles liées au meurtre? Et oui, toujours encore plus d’interrogations… Concernant les personnages, il y a de tout: le beau gosse, la plus que désagréable, la discrète, le couple uni, la tante qui se mêle de tout, la belle-mère sympathique, la séductrice, le gendarme; toute une belle panoplie de caractères qui donne encore plus de mordant à l’histoire!

Et il ne faut pas oublier le territoire: l’auteure connait bien le bordelais et sa région. Cela se ressent lors de la lecture de son roman. L’auteure nous donne de jolies descriptions du château, des vignes, du village. Elle évoque également toutes les difficultés liées aux intempéries sur les vignes, les conséquences financières, les magouilles liées à la récolte, les assurances contractées au pas. Elle met bien en évidence les problèmes que les travailleurs de la terre subissent et cela est vraiment intéressant. Une belle immersion dans un milieu mal connu!

Agathe Portail a écrit un roman qu’il est difficile de croire que cela est son premier!!

« L’Année du gel » de Agathe Portail chez Calmann-Lévy, 08 janvier 2020.

Que les ombres passent aux aveux.

« Que les ombres passent aux aveux »

de Cédric Lalaury

Voici le deuxième roman de Cédric Lalaury: « Que les ombres passent aux aveux » chez les éditions Préludes.

Jessie se rend à Keowe, là où elle est née mais qu’elle a quitté étant petite. Elle y retourne suite au décès de son grand-père qui l’a élevée et chez qui elle était retournée vivre. Pourquoi retourner dans cette ville qu’elle ne connaît pas? Car son grand-père lui a laissé des coupures de journaux relatif au massacre familial qui a eu lieu il y a bien longtemps. Jessie veut connaître la vérité sur ce drame qui la trouble tant…

« Il est parti dans la nuit, sans bruit. Je ne sais pas s’il s’est jamais rendu compte que j’étais à ses côtés, que je lui ai tenu la main pendant son sommeil qui est devenu de plus en plus profond, et que j’ai senti la chaleur quitter ses doigts dont la peau diaphane s’est figée doucement. »

J’avais beaucoup aimé le premier roman de Cédric Lalaury, « Il est toujours minuit quelque part », et j’en attendais autant pour celui-ci. Cependant, mon avis est partagé pour « Que les ombres passent aux aveux ». J’ai aimé le côté thriller, angoissant mais à certains moments, j’ai trouvé des longueurs, des passages où ma concentration n’était plus du tout dans ma lecture. Je me demande si cela n’est pas conséquence de la construction du roman en lui-même car il n’y a pas de chapitres, c’est un bloc de plus de 400 pages… Personnellement, j’aime avoir des chapitres, cela me permet de faire une petite pause, de souffler un peu, de savoir où arrêter ma lecture… Sans chapitres, « Que les ombres passent aux aveux » m’a paru long, trop long alors que j’ai aimé l’histoire, j’ai aimé l’intrigue, j’ai aimé les rebondissements, j’ai aimé l’ambiance d’une petite ville où les habitants cachent tous quelque chose. L’auteur, Cédric Lalaury a, une nouvelle fois, su créer une ambiance propice au thriller, avec des personnages atypiques, avec une ville ancré dans le passé. Une, non des histoires de famille qui s’entremêlent. Des secrets découverts. Des relations mises à jour. Des crimes révélés. On ne peut qu’avoir de l’empathie pour le personnage de Jessie. On ne peut que trembler mine de rien devant le manoir abandonné. On ne peut que frissonner en allant s’enfoncer dans la forêt. On ne peut qu’avoir envie de caresser Miss Muriel.

« Que les ombres passent aux aveux » est un bon thriller angoissant alternant le passé et le présent pour mieux comprendre ce qui se déroule dans cette petite ville de Caroline du Sud. Ce roman est à la limite du huis clos vu que tout se passe dans cette ville avec ses habitants. Un huis clos à l’atmosphère pesante où tout le monde paraît suspect! À découvrir!

« Que les ombres passent aux aveux » de Cédric Lalaury chez Préludes, 06 novembre 2019.

Le petit garçon qui voulait être Mary Poppins.

« Le petit garçon qui voulait être Mary Poppins »

de Alejandro Palomas

Un joli roman de cette rentrée littéraire: « Le petit garçon qui voulait être Mary Poppins » de Alejandro Palomas chez les éditions Cherche-Midi.

Guille est un petit garçon de neuf ans qui vit avec son père. Guille est un garçon rêveur, sensible, qui aime par dessus tout Mary Poppins. Il a intégré une nouvelle école à la rentrée. Sa maîtresse, trouvant que Guille est beaucoup trop rêveur, l’envoie chez la psychologue de l’école. Celle-ci va rencontrer un petit garçon certes rêveur mais très intelligent.

« Finalement, Nazia ne va pas pouvoir chanter dans le spectacle parce que ses parents l’ont punie. Je vais devoir faire notre numéro seul et jouer Mary Poppins au lieu de Bert, le ramoneur, parce que évidemment tous les deux je ne peux pas et puisqu’il faut que je chante le mot magique plusieurs fois, au moins quatre, parce que sinon ça ne marchera pas, alors je serai Mary, mais je ne l’ai pas dit à papa, non, ça non alors, il vaut mieux qu’il ne sache pas, comme ça ce sera une surprise magique avec tous les parents dans la salle, et peut-être qu’il se mettra moins en colère, vu que l’autre matin, quand on a rencontré la maman de Carlos Ulloa devant l’école et qu’ils se sont mis à discuter un peu de trucs de grands quand elle a dit: « Oh et le spectacle de Noël c’est pour bientôt, maintenant! Le temps passe à une vitesse, non? » Papa, lui, il n’a rien dit, il a juste remonté mon cartable sur mes épaules. »

« Le petit garçon qui voulait être Mary Poppins » est le roman qu’il faut pour commencer cette nouvelle décennie. Parce que c’est un roman tendre, émouvant, sincère et sous ses airs de roman « gentillet », il y a beaucoup de profondeur et de sagesse grâce au petit garçon Guille. Un garçon sensible, intelligent, respectueux et rêveur avec une obsession qui est Mary Poppins, cette héroïne qui lui permet de croire, d’espérer, de vouloir. Mary Poppins est son échappatoire. Guille peut paraître naïf avec cette manie mais il n’en est rien. Guille est un petit garçon qui doit faire face à une réalité difficile, avec un papa si triste qu’il en oublie son petit garçon. Mais Guille est un garçon intelligent, aimant, protecteur et il va continuer de sourire, d’être un bon petit garçon. Dans cette quête, il va rencontrer une psychologue qui va l’encadrer, l’accompagner, le soutenir.

Ce roman est une belle déclaration d’amour d’un petit garçon pour son papa, un petit garçon qui va tout faire pour réaliser son voeu sans se préoccuper du regard des autres. C’est un petit garçon qui comprend tout malgré son jeune âge et qui ne veut pas faire de peine surtout à son papa. C’est un petit garçon qui veut venir en aide à son amie qui doit retourner dans son pays pour un mariage arrangé et forcé. C’est un petit garçon qui croit à la magie des mots, de l’amour. C’est un petit garçon qui nous donne à nous, adultes, une jolie leçon d’amour, de persévérance, de croyance, de gentillesse, de sensibilité. Quel plaisir d’avoir pu faire la connaissance de Guille. Quel plaisir d’avoir été jusqu’au spectacle de Noël avec lui. Quel plaisir d’avoir essuyé une larme avec lui.

L’auteur, Alejandro Palomas, nous emmène plus que facilement dans son univers poétique, simple, sincère. Pour cela, à chaque chapitre, c’est un des protagonistes qui parle, ce qui nous permet d’avoir la vision de chacun et d’avancer dans l’histoire avec aisance. De plus, il y a aucun chichis dans son écriture. L’auteur écrit simplement, avec douceur. Et quel plaisir une nouvelle fois de lire les lettres de Guille avec ses mots d’un enfant de neuf ans: j’ai tellement eu envie de le prendre dans mes bras et de lui dire que ça va aller!!

« Le petit garçon qui voulait être Mary Poppins » est le roman pour les adultes qui gardent toujours une jolie âme d’enfant.

« Le petit garçon qui voulait être Mary Poppins » de Alejandro Palomas, traduit par Vanessa Capieu, chez Cherche-Midi, 02 janvier 2020.

À la vie!

« À la vie »

de L’Homme étoilé

Un beau roman graphique: « À la vie! » de L’Homme étoilé chez les éditions Calmann-Lévy.

L’Homme étoilé est un infirmier rockeur et tatoué qui travaille dans un service de soins palliatifs. Dans ce roman graphique, il raconte ses rencontres dans ce service avec passion, humanité et sincérité.

« Un marshmallow coincé dans une armoire de glace », c’est comme ça que L’Homme étoilé est décrit et en lisant ce roman, en découvrant son compte Instagram, je n’ai pu qu’adhérer à cette jolie description. L’Homme étoilé partage avec nous des moments de sa vie d’infirmier dans un service difficile, les soins palliatifs. Il dessine ses rencontres avec ses patients, ses échanges avec eux et avec leur famille, leurs attentes, son soutien, son écoute, sa bienveillance.

Découvrir « À la vie! », c’est faire une très jolie rencontre avec un infirmier et ses patients: Roger qui partage sa passion du rock avec L’Homme étoilé; Mathilde qui lui donne des cours de suédois; Marie avec qui les débuts furent compliqués pour L’Homme étoilé; Nanie qui a décidé de l’adopter pour qu’il devienne son petit-fils; Edmond et son penchant pour la vodka; Christine qu’il découvre la nuit pendant ses insomnies; Blanche qui se laissa doucement apprivoiser; et Franky. L’Homme étoilé croque ses personnes avec une très belle empathie. L’Homme étoilé parle aussi de ses sentiments, de ses inquiétudes en tant que soignant. Être infirmier est un métier salutaire, essentiel, important. Dans ce roman graphique, la lumière est mise sur leurs actions, leurs petits et grands gestes pour l’autre, pour la personne étendu dans un lit. « À la vie! » est un roman graphique qui donne toutes ses lettres de noblesse à un si précieux métier. Je vous laisse découvrir ses beaux dessins, ses belles personnes et ses infirmiers essentiels. Il s’y dégage une dose d’amour saupoudré d’empathie, d’humour, de joie, de musique d’écoute, de sincérité, d’attention, de sensibilité!

« À la vie! » de L’Homme étoilé chez Calmann-Lévy, 08 janvier 2020.

Monologues de l’attente.

« Monologues de l’attente »

de Hélène Bonnaud

Un recueil de nouvelles intéressant: « Monologues de l’attente » de Hélène Bonnaud chez les éditions JC Lattès.

Février 2018, sept personnes sont dans la salle d’attente de leur psychanalyste en attendant leur tour. Pendant ce laps de temps, leurs pensées et réflexions abondent et des questions se posent.

« La place de la République, c’est bien le symbole de la liberté de dire. La psychanalyse en est le témoin et aussi le symptôme. Un symptôme vivant qui agace plus d’un. Quand j’ai commencé mon analyse, je l’ai fait essentiellement parce que, de ma liberté, je ne pouvais pas en jouir. Jouir de ma liberté de parler, de me déplacer, d’aimer, de travailler, d’écrire et de savoir. Et je ne trouvais pas comment faire pour m’extirper de mes empêchements et tortures du moindre choix, de l’aliénation qui enferme, du désir qui prend le chemin opposé. Alors, l’analyste était là pour m’accueillir et me permettre de démêler les embrouilles vitales qui me submergeaient ou me paralysaient. »

Dans ce livre, j’ai suivi sept personnes. Sept personnes en psychanalyse. Sept personnes en salle d’attente de leur psychanalyse. Sept personnes plongées dans leurs pensées en attendant leur rendez-vous. Sept personnes dont un fil rouge les lie en quelque sorte: un homme aurait tué sa femme dans son sommeil et ne s’en est rendu compte chez son psychanalyse. Sept nouvelles, sept histoires, sept personnes, sept pensées.

Les salles d’attente, je les connais par coeur, aussi bien d’un point de vue professionnel que personnel. Ces attentes sont propices aux pensées parce que nous sommes rarement accompagnées et que nous discutons très peu avec les autres. Du coup, on pense à beaucoup de choses et dans une salle d’attente d’un psychanalyse, ces pensées sont souvent en relation avec le rendez-vous: la psychanalyse commence en fait dès la salle d’attente et le lecteur le constate dans « Monologues de l’attente ». Attention, ce livre n’est absolument pas un livre sur la psychanalyse loin de là même s’il y a quelques références à Freud et Lacan. L’auteure retranscrit les pensées de ces personnes avec leur propre langage. Elles pensent à ce qui les a amenées dans cette salle d’attente, à leurs attentes également, à leurs émotions, à leurs actions et devoirs. Comme je disais, cette salle d’attente est le début de la consultation car beaucoup se pose cette question: je vais lui dire quoi en premier? Ces nouvelles nous plongent dans les pensées de ces personnes, à un moment de leur vie.

« Monologues de l’attente » est un recueil de nouvelles où la sincérité, l’émotion et l’attente cohabitent dans un même lieu!

« Monologues de l’attente » de Hélène Bonnaud chez JC Lattès, 06 novembre 2019.