Nobelle.

« Nobelle »

de Sophie Fontanel

« Nobelle », chez les éditions Robert Laffont, est mon premier roman de Sophie Fontanel.

Annette reçoit le prix Nobel de littérature. Et pour le discours de réception, Annette revient à ses dix ans, à cet été 1972 à Saint-Paul de Vence, à sa rencontre avec Magnus et Kléber, à ses premières fois d' »écrivaste ».

« Est-ce que nous allions vraiment partir? Les murets ne seraient plus escaladés, visités, dévalés? Et la piscine, qu’allait-elle devenir sans nous pour retirer les aiguilles de pin? Et la chambre de Magnus, tous ces livres à lire… même pas ouverts. Les « Que sais-je? » écrits pour rien. Et lui, Magnus, où irait-il? Je me figurais Paris, où j’habitais. Un pays gigantesque. Le métro, on y entrait sans se méfier, on ressortait ailleurs. Dans cette immensité, Magnus, où vivait-il? Comment le reverrais-je? »

« Nobelle » est le récit d’une vocation, la vocation d’écrire. Une vocation très jeune pour le personnage de ce livre, 10 ans. Et cette vocation a mené Annette jusqu’au prix Nobel de littérature. J’ai trouvé ce roman doux, à l’image de ces enfants de 10 ans ayant toujours cette insouciance qui fait défaut aux adultes. Je l’ai trouvé profond aussi car sous ses airs de candide, Annette va poser un regard sur les adultes, un regard qui commence à comprendre beaucoup. Sophie Fontanel est une virtuose pour tout ce qu’elle touche et évidemment, cela est le cas pour ce roman. Elle a su transcrire les mots, les sentiments, les attentes, les rêves, les espoirs et désespoirs d’une enfant de 10 ans et c’est réussi pour moi. J’ai aimé Annette. J’ai aimé sa rencontre avec Magnus. J’ai aimé redécouvrir cette si jolie Provence à travers ses yeux et ses mots. J’ai aimé cette complicité naissante avec un grand écrivain Kléber. J’ai aimé son empathie pour les autres même les plus indifférents. J’ai aimé son amour pour les mots, la poésie, sa façon d’écrire. J’ai aimé sa discrétion, sa pudeur vis-à-vis de ses écrits. J’ai aimé découvrir la naissance d’un écrivain.

Dans « Nobelle », Sophie Fontanel a usé de sa plus belle plume pour nous livrer des sentiments doux, intimes, à fleur de peau. Elle nous a aussi livré la découverte du sentiment amoureux, du désarroi d’un enfant face à son père, des sentiments ambigus d’adultes. Elle nous a emmené dans un joli tourbillon de mots au son des cigales provençales. Elle nous a montré la voix d’une vocation, une vocation qui prend naissance tôt. Une vocation qui a pu être accompagnée. Une vocation belle, culturelle, nobelle!!

« Nobelle » est un roman sensible qui se lit avec envie. Il est sentimental dans le très bon sens du terme. Il est frais, enfantin et ancré dans la réalité. « Nobelle » est un roman à découvrir surtout pour les écrivains à en devenir!

« Nobelle » de Sophie Fontanel chez Robert Laffont, 22 août 2019.

Nos rendez-vous.

« Nos rendez-vous »

de Éliette Abécassis

Un roman sensible: « Nos rendez-vous » de Éliette Abécassis chez les éditions Grasset.

Fin des années 80, Amélie et Vincent se rencontrent à la Sorbonne. Ils savent qu’ils sont faits pour être ensemble. Ils se donnent rendez-vous mais Amélie sera très en retard, n’aura pas répondu à l’appel de Vincent sur son fixe. C’est un rendez-vous manqué qui donnera la teneur de leur propre vie…

« Mais qui était-elle pour lui? Elle n’était pas son amie, elle n’était pas sa maîtresse, elle n’était pas sa femme. Elle était différente, et ne lui était pas indifférente. Elle était comme une constante, au sein des variables de son existence. Qui était-elle vraiment? Il n’aurait pu le définir. Il ne se serait pas permis de mettre des mots sur ce qu’il ressentait. Il le vivait, il en vibrait, sans en prendre conscience. Il n’analysait pas cette évidence, n’en tirait pas les conséquences. Cette conversation qui s’éternisait, ou bien qui n’en finissait pas de mourir; de mourir de ne pas dire, ne vois-tu pas que je meurs d’envie de t’aimer? »

Chacun peut retrouver un peu de soi dans ce roman de Éliette Abécassis, « Nos rendez-vous ». C’est une histoire d’amour contrarié par un rendez-vous manqué qui va marquer les deux personnages dans leur vie respective. Dès leur première rencontre, dès la nuit passée ensemble à parler, Amélie et Vincent ont su, sans en prendre conscience à ce moment là, qu’ils étaient destinés. Mais voilà, la peur a eu raison de leur rendez-vous. La peur d’Amélie de revoir Vincent, cette peur qui l’a fait arriver trop tard. Cette peur, nous l’avons tous connue. Cette peur qui nous a empêché de répondre, de revoir, de croire, de vouloir. Cette peur qui fait que nous avons pris un autre chemin pour notre vie, avec d’autres personnes. C’est cela qui est arrivé à Vincent et Amélie: ils n’ont pu se revoir (et oui à cette époque, les téléphones portables et les réseaux sociaux n’existaient pas!). Chacun a mené sa vie mais en sachant au fond d’eux-mêmes que ce n’était la vie qu’ils voulaient réellement car dans leur vie manquait l’autre. Oui ils se sont revus pendant toutes ces années mais malheureusement, ce n’était jamais le bon moment. Cela m’a fait penser à la jolie histoire d’amour de Macha Méril et Michel Legrand qui n’ont jamais cessé de s’aimer jusqu’à ce qu’ils retrouvent pour enfin s’aimer comme ils le méritaient!

Dans son roman, Éliette Abécassis raconte au final une belle histoire d’amour car Amélie et Vincent n’ont cessé de s’aimer et je trouve cela beau. Éliette a su me faire vivre cette histoire éternelle, impossible, réelle, voulue par le biais de sa plume, une plume fine qui reflète tout un amour sincère et fidèle. J’ai aimé suivre Amélie et Vincent dans leur vie, dans leur espoir et désespoir, dans leur amour. C’est une histoire romantique qui pointe le doigt sur nos actes manqués, sur nos décisions qui ont forcément une incidence sur notre vie, sur un petit acte qui fait que tout prend une autre direction. Mais aussi, Éliette nous parle de l’amour, celui qui est toujours là!! Un beau roman que j’ai sincèrement aimé.

« Nos rendez-vous » de Éliette Abécassis chez Grasset, 02 janvier 2020.

Le Chant des revenants.

« Le Chant des revenants »

de Jesmyn Ward

Une pépite ce roman: « Le chant des revenants » de Jesmyn Ward, chez les éditions Belfond.

Jojo, treize ans, vit avec ses grands-parents et sa petite soeur Kayla. Sa mère, Léonie, apparaît de temps en temps, entre deux shoots de crack. Son père, Michael, est en prison. Jojo doit se construire dans ce contexte et heureusement qu’il peut compter sur sa famille « noire », celle de sa mère.

« C’est ça que je veux raconter au garçon dans la voiture. Je veux lui raconter toutes les fois où son grand-père a essayé de me sauver mais sans y arriver. Jojo câline la petite fille dorée contre sa poitrine, ses murmures sont des vagues qui lèchent la coque d’un bateau dans une crique paisible, et je remarque une autre odeur dans son sang. C’est ça qui le différencie de River. Une odeur qui prend le pas sur celle de la boue noire et riche du fond; c’est le sel de la mer, piquant d’embruns. C’est porté par le courant dans ses veines. Ça explique en partie qu’il me voie et pas les autres, à part la petite fille. Je suis enchaîné à cette palpation, aussi impuissant qu’un pêcheur privé de moteur et de rames quand la marée le pousse vers le large. »

Ce roman est puissant. Ce roman raconte. Ce roman interpelle. Ce roman dérange. Ce roman s’écoute. Comme on se le disait avec la copine Noémie, il n’y a rien d’inédit dans l’histoire mais la plume et les mots de l’auteur, Jesmyn Ward, font toute la différence et ce roman nous prend par surprise, nous invite à entrer dans cette famille bancale, à écouter la voix de leurs morts, à lire les gestes d’amour disséminés comme ça. Tout y est sombre mais lumineux en même temps grâce à ce petit bout de gars, Jojo, qui voue un amour sans borne à sa petite soeur et à ses grands-parents. Sombre de part le racisme, la drogue, la prison. Lumineux par la maturité de Jojo, son amour pour les autres, sa sensibilité, son espoir. L’auteur raconte cela avec justesse, avec empathie et sans dramatiser. Il raconte simplement ce qu’est le racisme toujours de nos jours et dans le passé. Il raconte ce que les noirs ont subi et subissent. Ils racontent le climat pénitencier totalement arbitraire, raciste, meurtrier. Il raconte les ravages de la drogue sur la famille. Il raconte la maladie. Il raconte les esprits des morts toujours présents qui cherchent à partir. Il raconte aussi l’amour, l’espoir, la croyance d’un autre meilleur. Pour cela, Jesmyn Ward, à chaque chapitre, fait parler un de ses personnages: Jojo, Léonie et Richie, un revenant qui était en prison avec le grand-père de Jojo fin des années 40.

« Le Chant des revenants » est un roman puissant où je me suis laissée prendre. Où j’ai aimé la sensibilité de Jojo. Où j’ai beaucoup moins aimé sa mère Léonie qui n’a pas d’amour maternel à donner à ses enfants. Où la dignité des grands-parents est belle. Où j’ai pris conscience de la puissance d’un amour fraternel. Où les revenants sont touchants. Où j’ai eu un respect incroyable pour Jojo. C’est un roman qui, sans m’en rendre compte, m’a prise aux tripes et que j’ai aimé. En lisant, j’ai compris l’engouement que ce roman a suscité et suscitera encore longtemps je l’espère.

« Le Chant des revenants » de Jesmyn Ward chez Belfond, 07 février 2019.