Le Chant des revenants.

« Le Chant des revenants »

de Jesmyn Ward

Une pépite ce roman: « Le chant des revenants » de Jesmyn Ward, chez les éditions Belfond.

Jojo, treize ans, vit avec ses grands-parents et sa petite soeur Kayla. Sa mère, Léonie, apparaît de temps en temps, entre deux shoots de crack. Son père, Michael, est en prison. Jojo doit se construire dans ce contexte et heureusement qu’il peut compter sur sa famille « noire », celle de sa mère.

« C’est ça que je veux raconter au garçon dans la voiture. Je veux lui raconter toutes les fois où son grand-père a essayé de me sauver mais sans y arriver. Jojo câline la petite fille dorée contre sa poitrine, ses murmures sont des vagues qui lèchent la coque d’un bateau dans une crique paisible, et je remarque une autre odeur dans son sang. C’est ça qui le différencie de River. Une odeur qui prend le pas sur celle de la boue noire et riche du fond; c’est le sel de la mer, piquant d’embruns. C’est porté par le courant dans ses veines. Ça explique en partie qu’il me voie et pas les autres, à part la petite fille. Je suis enchaîné à cette palpation, aussi impuissant qu’un pêcheur privé de moteur et de rames quand la marée le pousse vers le large. »

Ce roman est puissant. Ce roman raconte. Ce roman interpelle. Ce roman dérange. Ce roman s’écoute. Comme on se le disait avec la copine Noémie, il n’y a rien d’inédit dans l’histoire mais la plume et les mots de l’auteur, Jesmyn Ward, font toute la différence et ce roman nous prend par surprise, nous invite à entrer dans cette famille bancale, à écouter la voix de leurs morts, à lire les gestes d’amour disséminés comme ça. Tout y est sombre mais lumineux en même temps grâce à ce petit bout de gars, Jojo, qui voue un amour sans borne à sa petite soeur et à ses grands-parents. Sombre de part le racisme, la drogue, la prison. Lumineux par la maturité de Jojo, son amour pour les autres, sa sensibilité, son espoir. L’auteur raconte cela avec justesse, avec empathie et sans dramatiser. Il raconte simplement ce qu’est le racisme toujours de nos jours et dans le passé. Il raconte ce que les noirs ont subi et subissent. Ils racontent le climat pénitencier totalement arbitraire, raciste, meurtrier. Il raconte les ravages de la drogue sur la famille. Il raconte la maladie. Il raconte les esprits des morts toujours présents qui cherchent à partir. Il raconte aussi l’amour, l’espoir, la croyance d’un autre meilleur. Pour cela, Jesmyn Ward, à chaque chapitre, fait parler un de ses personnages: Jojo, Léonie et Richie, un revenant qui était en prison avec le grand-père de Jojo fin des années 40.

« Le Chant des revenants » est un roman puissant où je me suis laissée prendre. Où j’ai aimé la sensibilité de Jojo. Où j’ai beaucoup moins aimé sa mère Léonie qui n’a pas d’amour maternel à donner à ses enfants. Où la dignité des grands-parents est belle. Où j’ai pris conscience de la puissance d’un amour fraternel. Où les revenants sont touchants. Où j’ai eu un respect incroyable pour Jojo. C’est un roman qui, sans m’en rendre compte, m’a prise aux tripes et que j’ai aimé. En lisant, j’ai compris l’engouement que ce roman a suscité et suscitera encore longtemps je l’espère.

« Le Chant des revenants » de Jesmyn Ward chez Belfond, 07 février 2019.

 

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