La vie en confettis.

« La vie en confettis »

de Hélène Vergé

« La vie en confettis » chez les éditions Robert Laffont est le premier roman de Hélène Vergé.

Valentine est une adolescente de 13 ans qui vit avec ses parents, une vie heureuse et pleine d’amour. Mais cette vie là va être bouleverser avec l’annonce de la venue d’un petit frère. Ses parents ne sont plus les mêmes et Valentine ne va plus être leur priorité.

« C’est marrant comme les gens qui vous consolent le plus, c’est jamais ceux auxquels on penserait en prem’s. Je me suis couchée très tôt ce soir-là, pour quitter le jour. Même si Roberto m’avait grave réconfortée, seule dans mon lit je me sentais comme si les pierres précieuses de ma vie s’étaient ternies, comme si ma mère n’avait jamais voulu de moi, ou pour de faux. Avant, à l’heure d’aller au lit, le rouge-gorge glissait son cou dans l’embrasure de la porte juste pour voir si tout allait bien par ici, l’était comme ça ma mère. Je me muais en statue de sel, et tu parles je la piégeais à donf, elle n ‘y voyait que du roupillon. Depuis Pierrot, souvent j’avais le sommeil très mouillé, mais fallait jamais que ma mère le sache, sinon c’était radical: au lieu de vivre leur vie toute seule, mes larmes filaient le relais aux siennes au quart de tour. Et c’était le désastre. »

J’ai été surprise lors de la découverte de ce roman car je pensais lire une histoire légère, drôle mais non… Non, « La vie en confettis » parle de sujets difficiles. J’avoue que j’ai mis du temps à entrer dans l’histoire, à apprécier ma lecture et cela du fait du langage de Valentine, la narratrice. L’auteure a pris le pari, ou a eu l’audace, c’est selon chacun, de faire parler beaucoup l’imaginaire et à des moments, cela freinait ma lecture. De plus, Valentine a un langage surprenant, un langage avec des mots inventés, des mots franglais, un langage pour lequel je ne suis pas habituée mais qui se découvre.

Cependant, « La vie en confettis » parle de la famille, des rapports entre les membres de la famille, l’arrivée d’un bébé, les tourments des adolescents, la solitude, le sentiment d’abandon. Hélène Vergé évoque le bouleversement qu’est l’arrivée d’un bébé dans une famille. Le fait que l’équilibre créé par les membres de cette famille va être totalement chamboulé. Le fait que l’attention n’est plus la même pour le premier enfant. Le fait que ce premier enfant ne sent plus aimé et qu’il veuille attirer l’attention par tous les moyens. C’est tout un équilibre familial à reconstruire. Hélène Vergé aborde aussi le sujet très difficile du deuil d’un enfant et de toutes ses conséquences douloureuses pour tous les membres de la famille. Ce deuil qui bouscule une nouvelle fois l’équilibre familial. Et au milieu de cela, il reste une adolescente qui a toujours des soucis d’adolescente au collège, et qui a beaucoup de difficultés à comprendre l’attitude de ses parents. Dans son premier roman, Hélène Vergé met bien en avant les conséquences néfastes du silence, des non-dits dans une famille quand un drame survient. Elle met en avant la puissance de l’imagination d’une ado quand plus rien ne va autour d’elle. Elle met en avant que l’amour reste une valeur sûre dans laquelle chacun peut s’y réfugier.

« La vie en confettis » est un roman vraiment particulier dans tous les sens, un roman que j’ai du apprivoiser avec un peu de temps, un roman qui aborde des sujets difficiles mais réels. Hélène Vergé a écrit un premier roman audacieux!

« La vie en confettis » de Hélène Vergé chez Robert Laffont, 19 septembre 2019.

Le Prince de ce monde.

« Le Prince de ce monde »

de Emmanuelle Pol

Un roman particulier, un roman vraiment intéressant: « Le Prince de ce monde » de Emmanuelle Pol chez les éditions Finitude.

Elle a une vie tranquille avec un mari avocat, une fille adolescente et un travail dans un musée. Et un soir, elle fait sa connaissance. Il l’intrigue et va devenir son amant. Depuis, le monde va mal et selon, c’est lui la cause…

« Tant de choses incompréhensibles s’expliquent si facilement, dès qu’on se met dans la logique de la haine. L’amour peut être hypocrite, la haine est toujours vraie. L’amour peut être intéressé, la haine est toujours pure. Elle est directe, honnête, sans compromis. Tonique comme une douche glacée. Vivifiante et lucide. Elle va droit au but sans s’encombrer de scrupules. L’amour lie quelques êtres, la haine rassemble des armées. L’amour passe; la haine dure. »

Une fable contemporaine. Une fable qui fait peur. Une fable qui peut devenir réelle. Une fable qui traduit les maux de notre époque et de notre société. Une fable qui décrit le pouvoir de la manipulation. Dans « Le Prince de ce monde », Emmanuelle Pol raconte un monde en perdition avec la montée extrémiste en politique, les crises climatiques, les crises sociales, les problèmes migratoires, la crise économique… L’auteure dépeint un monde proche de l’apocalypse et je n’ai pu qu’y voir un peu de ce que nous avons vécu, de ce que nous vivons et cette question; est-ce une fable prémonitoire?? Et puis il y a la narratrice qui va tomber dans les griffes d’un pervers narcissique. Un homme qui va la manipuler, qui va lui faire perdre toute cohérence. Pour la narratrice, cet homme, il, est le diable. Il est à l’origine de tous les maux, aussi bien les siens et ceux de ses porches, que les maux de la terre. Elle en perd toute lucidité. Elle sait qu’elle doit arrêter de le voir, mais c’est plus fort qu’elle. Il a une telle emprise sur elle que cela en devient pathologique. D’ailleurs, une autre question se soulève: a-t-elle réellement rencontré cet homme?

« Le Prince de ce monde » n’est par pour tous les lecteurs. Ce livre est sombre, noir. Un livre où l’espoir n’y a pas trop sa place. Mais ce livre interroge, interpelle. Il met en avant les maux que notre société vit. Il raconte ce que devient ce monde si nous n’en faisons pas plus attention. Et aussi, ce livre raconte parfaitement le pouvoir de manipulation qu’ont les pervers narcissiques et cette difficulté à s’en défaire même quand on en a conscience. Emmanuelle Pol a écrit un livre que j’ai aimé et qui m’a interrogée. Elle a su écrire une histoire qui ne peut laisser indifférent son lecteur!

« Le Prince de ce monde » de Emmanuelle Pol chez Finitude, 05 mars 2020.

 

Valse-hésitation.

« Valse-hésitation »

de Angela Huth

Avant de sortir chez les éditions Folio« Valse-hésitation » de Angela Huth était sorti chez les éditions La Table Ronde.

Clare est séparée de son deuxième mari, une pose de six mois dans leur mariage, quand elle fait la rencontre de Joshua avec qui elle va vivre une liaison totalement différente de ce qu’elle a vécu jusque là.

« Je ne crois pas en loyauté entre proches s’il n’y a pas d’affection. Pour moi, c’est une des pires formes d’hypocrisie familiale. Un terrain atrocement propice au sacrifice. Je pense que tout le schéma du sentiment tribal, ces familles qui restent ensemble simplement en raison de leur lien de parenté, est une erreur d’interprétation. Bien sûr, si ces gens s’aiment en plus d’être parents, c’est une autre affaire. Mais ça concerne combien de gens? Toi? »

J’ai retrouvé avec plaisir la plume de Angela Huth, cette écriture qui prend son temps, qui glisse sur le papier. Une nouvelle fois, l’auteure met en avant une femme mais une femme qui n’apparait pas comme une héroïne. En effet, Clare, son personnage, semble être en marge de sa vie dans le sens où ses choix ne sont pas adaptés réellement à elle. Clare fait partie de ses femmes qui ne savent pas choisir leurs hommes. Qui ne prennent pas vraiment de décision. Qui ne font pas de vague pour ne jamais déplaîre. Clare est une femmes des années 70, une femme qui ne s’est pas encore émancipée de son mari. Étant une femme de nos jours, j’ai trouvé Clare un brin pathétique. Elle subit sa vie plus qu’elle ne la vit. Elle ne travaille pas donc dépend entièrement de son mari. Elle n’a pas vraiment de vie sociale. Bref, je ne voudrais pas avoir sa vie. Cependant, Clare va trouver en Joshua une bouffée d’air et elle va enfin vivre un peu comme elle le souhaite. Bien que ce soit encore par l’intermédiaire d’un homme.

Dans « Valse-hésitation », l’auteure fait des allers-retours dans la vie de Clare. Elle nous raconte « ses » vies afin de mieux la comprendre. Angela Huth fait ses retours en arrière avec maîtrise dans son histoire et cela donne un rythme bien particulier auquel j’ai bien accroché. Un rythme lent, qui prend son temps de vivre et cela est agréable. Avec l’auteure, on vit au temps anglais aussi bien grâce aux personnages secondaires que grâce aux paysages. Lire « Valse-hésitation », c’est entrer dans les réflexions d’un personnage féminin qui se rend compte d’être passée à côté de sa vie. C’est faire la rencontre de Mrs Fox en total opposé à Clare et qui donne une jolie dynamique à l’histoire. C’est avoir envie de bousculer Clare mais c’est aussi la laisser faire des choix. C’est prendre son temps dans sa lecture!

« Valse-hésitaion » de Angela Huth, traduit par Anouk Neuhoff, chez Folio, 13 juin 2019.