Frères soleil.

« Frères soleil »

de Cécilia Castelli

Un roman de la rentrée littéraire: « Frères soleil » de Cécilia Castelli chez les éditions Le Passage.

Tous les étés, Rémi retrouvent ses cousins, Baptiste et Christophe en Corse, la terre de leur famille. Ils sont jeunes, insouciants, casse-cous. Ils grandissent, évoluent dans la maison au figuier. Cette maison qui a tant de secrets.

« Main dans la main, ils traversent la route, ivres et terribles, à toute vitesse, leurs rires en fond sonore effrayant la mobylette qui les laisse passer. Juste le bitume, la dureté avant les grains de sable, la mer pour seul horizon. Ils courent. Bifurquent. Au loin sur la droite, la maison de Tino Rossi. En face, la belle plage de la route des Sanguinaires. Ils s’y abritent, les rochers les protègent. Personne ne les voit. De toute façon, ils s’en fichent, leurs bouches sont déjà emmêlées. L’impatience les presse à se débarrasser de l’inutile. Ils sont nus. Bientôt il fera jour. »

Je ne connais pas la Corse mais je n’ai entendu que des louanges sur la beauté de cette île. Bien sûr, il y a aussi le côté très protectionnisme de ses habitants envers les pinzuti. Dans ‘Frères soleil », Cécilia Castelli fait de la Corse, son île, un des personnages principaux. J’y ai découvert ses villages, ses plages, ses montagnes, son maquis. J’ai ressenti sa chaleur et sa luminosité. À cela s’ajoute les expressions corses, ses insulaires, ses « vieux », ses revendications, ses secrets, ses us et coutumes, ses sorcières. La Corse, c’est tout cela dans le roman de Cécilia Castelli. Tout y est. Il y a du soleil mais aussi du noir dans un mélange sagement maîtrisé par l’auteure. Le lecteur découvre cela à travers trois personnages, deux frères et un cousin pinzutu. Il va suivre les gosses et les voir grandir. Grandir en Corse au sein de la famille. Ou grandir sur le continent avec toujours l’île pas bien loin. Enfant, ils sont insouciants profitant de l’été en famille. En grandissant, l’insouciance a laissé place à plus de gravité, à des choix dictés par la famille et la Corse.

« Frères soleil » est à juste titre le livre de son auteure car Cécilia est Corse et dans ses mots, son amour pour son île y est partout. Mais elle n’oublie pas d’évoquer le côté sombre de cette île avec sa violence, ses croyances, son appartenance. Et c’est cela que j’ai apprécié: la réalité non édulcorée de la Corse. Les phrases d’ailleurs de Cécilia martèlent un rythme alternant soleil et ombre. L’auteure a su imposer une cadence d’écriture et donc de lecture bien particulier, qui se marie à la profondeur de ces histoires de famille, une famille ancrée dans son île. Ce roman apporte un vent de vacances à l’aube de l’hiver qui approche. Amoureux de le Corse, amoureux des histoires de famille, amoureux des croyances, « Frères soleil » est pour vous.

« Frères soleil » de Cécilia Castelli chez Le Passage, 20 août 2020.

Le syndrome de l’hippocampe.

« Le syndrome de l’hippocampe »

de Zoe Brisby

« Le syndrome de l’hippocampe » de Zoe Brisby chez les éditions Mazarine.

Brune, 35 ans, décide de faire un bébé toute seule n’ayant pas trouvé le père. Avec sa voisine et meilleure amie, elles partent au Danemark dans une clinique de fertilité afin de choisir le géniteur sur catalogue. Une aventure danoise les attende.

« Personne n’est parfait . Même pas moi! expliqua Maxine avec un clin d’oeil. Il faut changer les choses. Vous voyez des critères au lieu de voir des personnes. Les humains sont beaucoup plus qu’une liste de cases à cocher. Nous sommes plus complexes que cela, heureusement. Mais les Danois, avec leur rêve de mannequin Hugo Boss, ne sont pas parfaits. Ils ont des doutes, des angoisses, des défauts, ils évoluent, font des erreurs et essaient de les réparer. En cherchant la perfection, on passe à côté de sa vie. »

Dans « Le syndrome de l’hippocampe, Zoe Brisby aborde un sujet d’actualité, un sujet qui a, en fait, toujours été d’actualité: la maternité. Une femme peut-elle être heureuse sans enfant? Une femme peut-elle faire un enfant seule? Et en France, comment faire un bébé toute seule? On peut dire que nous sommes en plein dans l’actualité avec la loi adoptée de l’enfant pour toutes les femmes. Dans « Le syndrome de l’hippocampe », Zoe nous fait rencontrer Brune, une trentenaire célibataire dont la question de la maternité devient importante. N’ayant pas trouvé de compagnon et ayant l’horloge biologique qui s’agite, et aussi la société qui met la pression sur les femmes, Brune veut se rendre en Danemark dans une clinique pour une insémination. En Danemark car en France, cela n’est pas encore possible. Avec Justine, elles partent donc dans ce pays avec la promesse de trouver le bon donneur avec toutes les caractéristiques importantes aux yeux de Brune. 

Nous nous envolons au Danemark, voyage organisé par Justine, sans oublier une phobie de l’avion, celle de Justine. Elle la dépasse, plus ou moins, par amitié pour Brune, pour être près d’elle dans sa démarche. Un appartement Airbnb, un propriétaire plus que sympathique et qui parle français, ou plutôt belge d’où les expressions!! Puis il y les rencontres que font les deux filles, des rencontres fortuites, des rencontres qui leur donneront des conseils. Il y a leurs aventures plus drôles les unes que les autres. Leur discussion entre copines. Le véganisme de Justine. Et aussi le blog, le blog que tient Justine sur l’aventure de Brune, le blog qui grossit de jour en jour. Et du coup, il y est question aussi de la popularité sur les réseaux sociaux, au fait que Brune devient en quelque sorte « la mascotte » des femmes qui veulent un enfant. Mais avec toute cette agitation, Brune va se poser une question; veut-elle réellement un enfant seule? Pour quelles raisons y est-elle si attaché? Zoe fait que ses deux héroïnes vont se confier sur elles, sur leur passé et on ne peut que s’attacher à elles deux, même si Justine était un peu agaçante au début du roman! Et il y a encore beaucoup d’autres thèmes abordés dans « Le syndrome de l’hippocampe ». Ma lecture fut vraiment plaisante et j’ai forcément pensé à une amie avec qui j’ai déjà eu cette conversation: faire une bébé seule!!!

« Le syndrome de l’hippocampe » de Zoe Brisby chez Mazarine, 03 juin 2020.

Elle a menti pour les ailes.

« Elle a menti pour les ailes »

Francesca Serra

« Elle a menti pour les ailes » est le premier roman de Francesca Serra chez les éditions Anne Carrière.

Sud-est de la France, des lycéens. Un concours de mannequin. Les réseaux sociaux. Les bandes. Les exclus de la bande. La vie des lycéens de nos jours. Et une disparition, celle de Garance, lycéenne, fille d’une prof de danse. Garance qui a su intégrer le cercle fermé des lycéens populaires. Elle va découvrir leur monde jusqu’à disparaître.

« Il y a deux semaines que Vincent est reparti. Les premiers jours, quand elle s’attendait encore à recevoir un message de sa part, la moindre sonnerie la faisait bondir. Cet écart entre l’espoir et la déception, à la découverte du nom affiché l’écran, c’était comme si son coeur sautait à l’élastique. Elle était en permanence sur le qui-vive; elle pouvait entendre son téléphone même quand il ne sonnait pas. Ou bien elle faisait glisser son doigt sur l’écran en veille, pour le stimuler. Gentiment… »

Pour un premier roman, Francesca Serra a fait fort. Elle a su me faire entrer, moi la quarantenaire, dans le monde des millenials. Ce monde de jeunes qui ont grandi avec internet, les réseaux sociaux. Où le paraitre est une question de survie. Où tout peut basculer à cause des réseaux sociaux justement. L’auteure a su retranscrire ce monde parfaitement. Elle a compris leurs codes. Elle a su raconté à merveille leurs vies, celles qu’ils exposent sur les réseaux sociaux, celles qui doit être la plus parfaite aux yeux des followers. En lisant « Elle a menti pour les ailes », on se dit que l’auteure est soit elle même une millenial, soit elle a fait une immersion dans un lycée en compagnie de tous ces jeunes. Elle raconte la vie d’ado de nos jours. Elle raconte la complexité au final de leurs relations basées sur des codes arbitraires. Elle nous plonge dans un lycée, nous entraîne sur les profils Instagram, Facebook de ces jeunes, nous montre la face cachée de leurs photos. Francesca Serra nous livre l’envers du décor, les tentatives pour paraître, les dérives de ces réseaux sociaux. Elle nous parle aussi des relations entre ado et parents. Dans ce roman, il y a aussi une enquête, celle de la disparition de Garance. Une enquête qui va passer par les réseaux sociaux. 

« Elle a menti pour les ailes » est un roman incisif, percutant, sensible. Le lire, c’est entrer dans un monde bien réel, un monde qui nous paraît superficiel mais dont Francesca nous donne les clés. Les clés pour appréhender, comprendre leur monde qui se résume au téléphone. Il n’y a aucun jugement mais un plaidoyer pour les jeunes. Chaque portrait des personnages est juste, attentionné, vrai. Au final, on s’attache à ces « gamins » qui veulent sortir du lot, se démarquer. Avec la disparition et l’enquête, l’auteure nous livre l’autre côté et cela permet de contre balancer la vision que nous pouvons avoir de ces jeunes et de leur téléphone. « Elle a menti pour les ailes » est puissant dans tout ce que nous pouvons découvrir. Dans tout ce que nous relate l’auteure. Il est impossible de finir sa lecture sans en être chamboulé et sans se poser des questions!

« Elle a menti pour les ailes » de Francesca Serra chez Anne Carrière, 21 août 2020.

Le Temps des Mitaines.

« Le Temps des Mitaines »

de Loïc Clément et Anne Montel

« Le Temps des Mitaines », tome 1 « La peau de l’ours » et tome 2 « Coeur de renard » de Loïc Clément et Anne Montel chez les éditions Dargaud.

Dans le village des Mitaines, une bande d’amis font leur vie d’enfants animaux. Ils vont à l’école où malheureusement un enfant disparaît. Ils font des stages en entreprise et sont confrontés au capitalisme. Des amis qui se soutiennent et aident les autres.

J’ai lu les deux tomes de « Le Temps des Mitaines » en une fois et j’ai passé un super moment de lecture en compagnie d’Arthur, Kitsu, Pélagie, Willo et Gonzague et les autres. Il faut absolument découvrir la vallée des Mitaines et ses habitants, des animaux héros dotés de pouvoirs. Il faut découvrir ce décor minutieux, réaliste aux multiples détails. Il faut partir à la rencontre de ces enfants qui mènent la même vie que les enfants humains, avec les mêmes rêves, les mêmes galères et la même complicité. Dans le tome 1, c’est une enquête que vont mener ces amis: retrouver leur amis disparus. Ils vont fouiller, trouver des indices, émettre des plans et surtout ils vont s’allier pour mener à bien cette enquête. Dans le tome 2, les amis vont faire face au capitalisme qui détruit les petites entreprises familiales et tout ça en négligeant le côté écologiste. Les amis vont se battre, vont affronter le puissant pour sauver la production locale.

En plus d’être des albums trop beaux, « Le Temps des Mitaines »  raconte de vraies histoires avec des messages pour les plus petits lecteurs comme les plus grands. L’auteur, Loïc Clément, a une imagination extraordinaire pour avoir imaginer cette vallée et les personnages. Et que dire du travail de Anne Montel au niveau des illustrations. Elles sont de toute beauté avec des couleurs superbes. Le trait est fin, subtil empli de détails. Dans ces albums, tout se lit, se regarde, se découvre, se détaille, des dessins à l’histoire!

« Le Temps des Mitaines » sont des albums que je ne peux que vous dire de découvrir au plus vite!

« Le Temps des Mitaines, La peau de l’ours » et « Le Temps des Mitaines, Le coeur du renard » de Loïc Clément et Anne Montel chez Dargaud, 24 janvier 2020 et 10 juillet 2020.

La folie douce.

« La folie douce »

de Christine Jusanx

 « La folie douce » de Christine Jusanx chez les éditions Michel Lafon.

Juliette prend le train pour Marseille seule vu que son amant, Lucas n’est pas venu. N’ayant aucune nouvelle, Juliette imagine le pire. Cependant, elle décide de profiter de ce week-end pour elle, pour faire un bilan.

« Il n’en restait pas moins qu’elle n’aimait pas l’entendre parler de sa vie de famille. Elle l’avait détesté pour lui avoir raconté cette histoire dans les moindres détails. Ce manque de pudeur et de délicatesse l’avait profondément heurtée. Combien de fois avait-elle essayé de détourner la conversation quand il lui parlait de sa vie privée? »

« La folie douce » est un roman qui se lit avec facilité, avec en fond des paysages ensoleillés du sud de la France. C’est l’histoire d’une femme qui va chercher à se retrouver enfin, à comprendre ses désirs et à décider de sa propre vie. Et pour cela, Juliette, le personnage de « La folie douce », va puiser son énergie dans le soleil du sud, celui de Marseille et de Montpellier. En lisant toutes les descriptions des paysages que va traverser Juliette, je me suis plongée avec dans cette chaleur, ce décor qui amène à la réflexion. À cela s’ajoute les rencontres qu’elle fait, des rencontres qui tombent tellement bien. Ces rencontres vont la porter dans sa réflexion, dans sa quête d’elle-même. Elles lui permettent d’enfin comprendre qui elle est. Christine Jusanx a mis en avant les rencontres que nous faisons dans la vie, des rencontres furtives ou des rencontres dans la temps. Mais l’essentiel de ces rencontres, c’est ce qu’elles nous apportent dans le négatif comme dans le positif. Chaque rencontre nous livre quelque chose. Toutes les rencontres sont importantes. De même, Juliette est une femme amoureuse qui a beaucoup pensé à l’autre et cet autre va justement lui donner la possibilité de se redécouvrir seul, dans des lieux qui lui font du bien. Là encore c’est grâce à l’action, ou l’inaction dans le cas de Juliette, qui lui a permis de vivre ces aventures dans le sud de la France et aussi parce qu’elle s’est retrouvée seule. Quel petit bonheur d’être seule, de déambuler dans les rues de villes que nous ne connaissons. Quel petit bonheur de ne faire que ce que nous avons envie, de flâner sans horaires, sans destination ficelée. Tout cela Juliette le découvre enfin et cela lui apporte une sérénité qu’elle ne pensait pas découvrir.

Dans « La folie douce », l’auteure nous rappelle l’importance de s’écouter, de prendre le destin comme il vient, de se construire comme nous le voulons. Elle nous montre que cela ne se fait pas une journée et qu’il y a aussi bien des hauts mais aussi des bas. J’ai aimé ma lecture car elle est arrivée au bon moment. Car la légèreté des mots et du style de l’auteure était ce qu’il me fallait. Car mine de rien, il y de jolis messages dont le premier est de s’écouter et de prendre soin de soi!!

« La folie douce » de Christine Jusanx chez Michel Lafon, 11 juin 2020.