Un garçon c’est presque rien.

« Un garçon c’est presque rien »

de Lisa Balavoine

« Un garçon c’est presque rien » est le premier roman jeunesse de Lisa Balavoine chez les éditions Rageot.

Roméo est un garçon d’aujourd’hui. Un garçon de 16 ans, solitaire et qui a du mal à trouver sa place dans ce monde. Il est dans le coma. Et nous allons faire connaissance avec Roméo, avec son histoire, et pourquoi il est dans cette chambre d’hôpital.

« Les hommes aussi ont le droit de parler d’amour. Avec des mots de tous les jours. Je crois que moi je suis comme ça. Je n’ai pas la peau dure. J’ai juste un coeur qui bat. »

Lisa Balavoine m’avait déjà séduite par son premier roman « Éparse », et par elle-même d’ailleurs.  Avec ce roman jeunesse, je suis conquise. Lisa a un je ne sais quoi qui m’envoute, qui m’emmène avec elle à travers son histoire et ses mots. Lisa est une magicienne des mots et dans « Un garçon c’est presque rien », Lisa a mis sa magie à la disposition d’un adolescent de 16 ans qui va se raconter. Se raconter en vers libres et créer une poésie, une poésie qui martèle les pages du livre pour mon plus grand plaisir! Écrire en vers libre est audacieux car cela peut être déstabilisant mais pas dans ce roman. D’ailleurs, cela donne une réelle saveur au récit, ça donne un rythme enchanteur à l’histoire et Lisa abordant des thèmes assez difficiles, cette narration permet de les délivrer avec sincérité, vérité, sensibilité.

Dans « Un garçon c’est presque rien », Lisa Balavoine nous parle de différence, de féminisme, de réseaux sociaux, d’image de l’homme, de scolarité, d’amitié, d’amour, de harcèlement, de « revenge porn ». Roméo est un garçon de 16 ans sensible qui ne veut pas entrer dans des cases, les cases de « l’homme », le dur, celui qui ne pleure pas, celui qui fait fit de ses sentiments. Non Roméo est tout sauf ça et c’est là tout le problème pour lui, pour se faire des amis/amies, pour être compris de ses parents et des autres. Oui Roméo est Roméo et ça, c’est beau. Beau car cet adolescent va rester lui et va se battre pour ses convictions. Lisa Balavoine a fait de son personnage un vrai héros avec ses forces et ses failles, avec son intégrité et sa sincérité, avec sa sensibilité et sa croyance. Lisa a écrit sur un jeune homme qui force le respect tant lui même respecte l’autre. Que cela fait du bien de rencontrer un Roméo. Que ça fait du bien de se dire que ce livre va pouvoir aider. Car oui, ce livre doit être lu par les adolescents mais aussi par les parents et les professeurs. Son métier de professeur documentaliste porte bien son nom à travers « Un garçon c’est presque rien ». Et le plus de ce livre (même s’il n’y a que des plus) est le suspens que l’auteure crée dès les premières pages: pourquoi Roméo est dans le coma? Lisez le, offrez le, faites que beaucoup d’adolescents puissent le découvrir!!

« Un garçon c’est presque rien » de Lisa Balavoine chez Rageot, 26 août 2020.

Les Lettres d’Esther.

« Les Lettres d’Esther »

de Cécile Pivot

Un gros coup de coeur pour « Les Lettres d’Esther » de Cécile Pivot chez les éditions Calmann-Lévy

Esther, une libraire du nord, décide de créer un atelier d’écriture épistolaire. Dans son atelier, il y a cinq personnes de toute la France: un homme d’affaires qui voyage beaucoup, un couple au bord de la séparation suite à une dépression post-partum, un adolescent qui se cherche et une vieille dame seule. Ils vont s’écrire et découvrir les autres et se découvrir aussi au final.

« C’est peut-être à cause de mon « passé épistolaire » que j’ai du mal avec les mails, les textos ou les réseaux sociaux. Sur Instagram, où l’on partage photos et vidéos, pas besoin de phrases ou si peu, pour exposer son ego. Décors de rêve, visages souriants, corps bronzés, chats pitres, plats appétissants… Au mieux, on ajoute une légende, histoire de faire rire. Cette surenchère dans le bonheur dégoulinant et factice, ce narcissisme assumé, revendiqué, me heurtent. WhatsAppne vaut pas mieux. On ne peut plus assister à un dîner, à une fête, partir en week-end ou en voyage sans créer un groupe, sans se tenir collectivement informés de nos moindres faits et gestes, avec photos et commentaires à l’appui, affligeants le plupart du temps. »

Mon amour pour les romans épistolaires a été renforcé avec « Les Lettres d’Esther ». Quel bonheur de lire un roman où l’humain est au centre. Où les mots ont un telle importance. Où les gens se livrent comme jamais à des inconnus. Où l’humanité, l’empathie existent sans arrière pensée. Ce roman a été ma bulle d’oxygène. Ce roman, je ne voulais pas le quitter. Ce roman m’a donnée une furieuse envie de prendre une feuille et d’écrire à quelqu’un, de me raconter, de me livrer. Dans son roman, Cécile Pivot a mis toute l’humanité dont nous avons énormément besoin. Elle a posé les mots que nous aurions eu tous envie de poser. Elle a créé des liens presque impossible entre des personnes qui ne devaient pas se connaître. Elle a mis en avant les envies, les aspirations de chacun tout ça par leur seul biais de l’écriture, de lettres adressées à quelqu’un. 

Cet atelier d’écriture a été créé par Esther à la suite de la mort de son père avec qui elle avait une correspondance épistolaire alors même qu’ils habitaient à côté l’un de l’autre. Esther était en manque de ces échanges et elle a voulu en faire profiter d’autres. Quand le groupe d’écriture se crée, chacun s’écrit en commençant par des banalités bien sur mais au fil du temps intensif, chacun se livre grâce au soutien de l’autre. Chacun aide l’autre. Chacun met le doigt sur ce qui ne va pas. Chacun cherche des solutions toujours avec le soutien de son correspondant. L’écoute, l’attention sont mis en avant. Et j’ai aimé retrouver l’excitation de l’attente d’un courrier, de l’ouverture de ce courrier et de sa lecture. Et comme Esther, je pense que les échanges que chacun a vécu durant cet atelier n’auraient pas eu cette même teneur si cela avait été des mails. Quand on écrit avec une feuille et un stylo, on se « jette » dans l’écriture sans filet. Nos mots sont bruts, spontanés et avec beaucoup plus de valeur. Cécile Pivot a su avec passion, envie nous transmettre la beauté de ces lettres, des lettres d’Esther. Ses personnages sont tous attachants et quel petit plaisir de les voir évoluer au fur et à mesure de leurs lettres. Cécile Pivot a écrit un très beau livre où les sentiments, où l’autre ont une très belle place, celle qu’ils devraient toujours avoir. Maintenant, je cherche désespérément un atelier d’écriture épistolaire!!!!

« Les Lettres d’Esther » de Cécile Pivot chez Calmann-Lévy, 19 août 2020.