Dernière visite à ma mère.

« Dernière visite à ma mère »

de Marie-Sabine Roger

Un très beau roman sur l’amour d’une fille à sa mère: « Dernière visite à ma mère » de Marie-Sabine Roger aux éditions L’Iconoclaste

La maman de l’auteure, 92 ans, ne peut plus rester seule chez elle. Elle entre donc en Ehpad. Sa fille raconte les derniers mois de sa mère dans cet établissement. Et tout son amour pour elle. 

« Tu ne décides plus rien de ce qui fait ta vie. Tu ne choisis pas les habits que tu portes. On les choisit à ta place, dans ta garde-robe habituelle. Puis, très rapidement, on me demande de les remplacer pour des raisons pratiques d’habillage. Jusqu’à la fin de ta vie, tu seras affublée de vêtements trop amples d’au moins deux ou trois tailles, mais « faciles à enfiler ». Mon pauvre petit clown, perdu dans ce grand cirque. »

Comment rester de marbre en lisant « Dernière visite à ma mère »? Comment ne pas se mettre à la place de l’auteure, Marie-Sabine Roger, quand elle rend visite à sa mère? Comment ne pas y lire le désespoir d’une société qui ne rend pas justice à ses aînés? Ce roman est criant de vérité. La vérité de l’amour d’une fille à sa mère. La vérité sur la vieillesse de nos parents. La vérité sur les Ehpad. La vérité sur le dysfonctionnement de ces derniers. 

Avec des mots justes, avec une envie de croire à la vie, Marie-Sabine Roger nous livre des phrases, des sentiments intimes. Ce que l’auteure nous dit est difficile à lire. C’est la vieillesse, la solitude, l’esprit et le corps qui font de plus en plus défaut. C’est les soignants qui n’ont pas le temps. C’est le manque de contact chaleureux. C’est la distance kilométrique et affective. C’est nos parents qui vieillissent. Marie-Sabine nous partage ses relations avec sa mère, tout l’amour qu’elle lui porte. Elle lui dit « je t’aime » à travers « Dernière visite à sa mère ». C’est beau, bouleversant. Et puis, Marie-Sabine nous parle de « nos vieux », de ceux que nous faisons entrer dans des Ehpad, ceux qui s’y entassent dans le hall d’accueil, ceux qui ne bougent presque plus. Ceux qu’il nous semble avoir lâchement abandonnés entre quatre murs. Des murs sans âme, sans amour, sans chaleur, avec très peu de présence sereine et sécurisante. L’auteure met le point sur le manque cruel de moyens dans des établissements payés à prix d’or, sur la déshumanisation que vont ressentir nos personnes âgées. C’est triste, effroyable comme constat. 

Marie-Sabine Roger a écrit un livre nécessaire. Un livre bouleversant de part son cri d’amour à sa mère, son envie de la tenir par la main jusqu’au bout, son impuissance devant la vieillesse et ses maux. Un livre bouleversant de part sa vérité sur la vraie vie dans les Ehpad. Dans « Dernière visite à sa mère », l’auteure reste positive car elle croit à la vie et cela se ressent dans son écriture, dans sa façon de nous conter son histoire, sa maman. Cela rend son livre encore plus nécessaire et aimant!

« Dernière visite à ma mère » de Marie-Sabine Roger chez L’Iconoclaste, 04 février 2021.

Beignets de tomates vertes.

« Beignets de tomates vertes »

de Fannie Flagg

Un vrai régal ce roman de Fannie Flagg, « Beignets de tomates vertes » chez les éditions Cherche-Midi.

Alabama dans les années 30 et son célèbre Whistle Stop Café. Grâce à Evelyn qui se rend tous les dimanches dans une maison de retraite, Ninny Threadgoode raconte sa vie et la vie de tous ceux qui ont fait la réputation du Whistle Stop Café. Evelyn va connaître toute la vie de Ninny et des autres et cela va lui donner une envie de se réaliser grâce à sa nouvelle amie de 80 ans.

« Des tas de gens auraient été désolés d’avoir un enfant comme lui, mais je me suis dit que le Seigneur l’avait fait ainsi pour qu’il ne souffre pas. Albert n’a jamais su qu’il y avait tant de salopards sur terre. Il aimait tout le monde et tout le monde l’aimait. Je crois sincèrement que c’était un ange que le bon Dieu m’avait envoyé, et des fois il me tarde de monter au paradis pour le retrouver. Il était mon… fils et mon ami, et il me manque… surtout à Pâques. »

Oui je connaissais le roman et le film « Beignets de tomates vertes ». Mais non, je n’ai pas vu le film et je n’avais pas lu le roman… Aujourd’hui, je peux dire que je connais le roman de Fannie Flagg « Beignets de tomates vertes »!! Et quel roman! J’ai découvert une ville de l’Alabama, Whistle Stop, des années 20 jusqu’aux années 80. J’ai appris beaucoup de la ségrégation et de la grande dépression au sein de cette ville, du racisme et du ku klux klan, de l’entraide et de la solidarité, de l’homosexualité et de la monoparentalité.  Ce roman est riche: riche de l’histoire des États-Unis, riche de ses personnages, riche de sa bienveillance, riche de ses enseignements, riche de ses familles, riche de ses saveurs, riche de son amour. Alors oui, il y a une multitude de personnages et j’avoue avoir été assez perturbée pour me souvenir qui est qui, qui fait quoi, qui est blanc ou noir. Je me suis accrochée, je n’ai pas laissé cela perturber ma lecture et j’ai bien fait. J’ai mis un peu de temps mais une fois, bien ancrée dans l’histoire, les histoires, j’ai aimé ma lecture. J’ai aimé suivre tout ce petit monde à travers les années et à travers Ninny, 80 ans qui raconte l’histoire du café, du Whistle Stop Café, le café où tout le monde était le bienvenu, où tout le monde mangeait à sa faim, où tout le monde pouvait y trouver l’aide nécessaire, l’endroit stratégique. Et comment ne pas tomber sous le charme de Ninny justement, ce petit bout de femme qui rend Evelyn accroc à elle. Evelyn cette femme qui s’est depuis bien longtemps effacée et qui, grâce à Ninny et aux habitués de café par procuration, va se révéler et va vivre pour elle. Elle va écouter les conseils de Ninny qu’elle dissémine dans le récit qu’elle lui donne de toute sa vie au sein de la famille Threadgoode à Whistle Stop!!

« Beignets de tomates vertes » est un roman qui prend son temps, qui alterne le passé et le présent, qui oublie personne dans son récit. Tous y sont importants. Ce roman est puissant dans son histoire, dans son humanité, dans sa bienveillance, dans cette famille soudée. L’auteure, Fannie Flagg, aime son Alabama et elle l’a mis en avant dans ce roman, elle lui a donné une place de choix sans l’embellir mais en étant le plus juste possible. Fannie Flagg sait raconter les histoires. L’histoire et les personnages sont impressionnants par leur bonté. Maintenant il me tarde de retrouver au Whistle Stop Café!!

« Beignets de tomates vertes » de Fannie Flagg chez Cherche Midi, traduit par Philippe Rouard, 04 mars 2021.