Prends bien soin de toi.

« Prends soin de toi »

de Rudo

Voici un très bel album, « Prends soin de toi » de Rudo chez les éditions Bamboo.

Geoffroy est illustrateur mais son métier, sa passion ne lui paient plus les factures. Il doit se trouver un « vrai travail » mais quel travail? Geoffroy va travailler dans un EHPAD, un vrai changement pour lui.

« Prends bien soin de toi » est une immersion dans l’univers d’un EHPAD mais pas que car c’est aussi l’injonction de la société à trouver un « vrai travail », à faire comme tout le monde, à laisser nos vieux à la charge d’autres payés pour. Dans « Prends soin de toi », Rudo élude rien du tout: rien de ses galères financières, de sa séparation, de la galère des week-ends sur deux avec enfants, de sa découverte de la résidence Alphonse Gratinier, du décès de son père, de la maladie de sa mère.

J’ai beaucoup aimé découvrir cet album car pour une fois, rien n’est enjolivé dans le monde d’un EHPAD. Rudo nous raconte la venue de Geoffroy dans ce nouveau métier pour lui, agent de soin. Geoffroy va d’abord travailler dans l’unité Alzheimer où les soignants peuvent prendre un peu plus de temps avec les résidents. Et il y a les étages, là où il y n’a pas assez de soignants pour s’occuper au mieux des résidents, des soignants qui n’ont rien à faire d’avoir en face des personnes fragiles et qui veulent au plus vite finir les soins voire ne pas les faire du tout. Mais il y a surtout des soignants plein d’humanité pour qui c’est un crève coeur de ne pas s’occuper au mieux des personnes âgées. Rudo a tout dit, le bien et le mal. Car oui dans les EHPAD où la chambre coûte un bras, où la direction regarde que les chiffres, que le rendement et surtout pas le bien être. C’est une triste réalité mais tellement réelle…

Dans « Prends soin de toi », Rudo se raconte et il le fait avec sincérité et humour, avec empathie et bienveillance. On découvre l’auteur et ses déconvenues, sa remise en question et sa reconversion nécessaire, sa solitude. Il n’y a aucun jugement dans cet album mais des faits, rien que des faits, des faits qui font froid dans le dos et des faits qui réchauffent un peu le coeur. Pour tout nous raconter, son présent, son passé et ses pensées, Rudo a utilisé du sépia, du gris et du violet. Cela rend la lecture vraiment agréable. Ses dessins sont beaux, les personnages touchants grâce à son trait de crayon. J’ai aimé lire « Prends soin de toi »!

« Prends soin de toi » de Rudo chez Bamboo, 05 mai 2021.

Malgré tout.

« Malgré tout »

de Jordi Lafebre

Un petit bijou d’album graphique, « Malgré tout » de Jordi Lafebre chez les éditions Dargaud.

Ana et Zeno se retrouvent 37 ans après leur première rencontre, après être tombés amoureux. Ils ont vécu une histoire platonique et cette histoire d’amour nous est racontée par la fin. Nous remontons leur histoire avec eux.

Cet album est merveilleux et raconte une belle histoire à rebours. Tout d’abord, quelle idée extra de commencer cette belle histoire par le chapitre 20 et la finir par le chapitre 1. J’ai trouvé que cela donnait de la magie à l’amour de Ana et Zeno. Ana et Zeno, deux personnages attachantes, vraies, touchantes. J’ai fait la connaissance de Ana avec les cheveux gris et après avoir quitté son poste de maire et en remontant le fil, Ana a toujours été la même: ambitieuse, franche, mère, maire, épouse, dynamique, présente et amoureuse de Zeno. Zeno, lui, apparaît aussi avec les cheveux gris et avec l’intention d’enfin se poser. Car Zeno bouge. Il reste un temps dans sa librairie, un temps sur un bateau, un vrai globe trotter qui écrit une thèse depuis tout ce temps. Entre ces deux là, cela a toujours été l’amour mais sans le vivre ensemble. Ils s’écrivent, se téléphonent, se racontent leurs vies, se voient de temps en temps mais en 37 ans, ils n’ont jamais pu vivre leur propre histoire d’amour. 

Dans « Malgré tout », tout est beau: l’histoire, les personnages, le graphisme, les couleurs. Se dégagent de l’amour, de la sincérité, de la volonté, de la résignation, de l’attention. C’est beau, c’est touchant, c’est authentique, c’est vivant. Je trouve très impressionnant ces deux personnes qui s’aiment mais attendent avant de vivre leur amour, qui ne font de mal à personne, qui ont vécu leur vie l’un sans l’autre pour mieux vivre la leur ensemble. On sait à peu près tout de leur vie, de la fin jusqu’au début. Et parlons des dessins, des couleurs. Jordi Lafebre a fait un travail d’orfèvre avec ses crayons. Les lignes, les détails, les sensations, les sentiments, tout est merveilleusement retranscris dans le graphisme. « Malgré tout », dans son entièreté, est de la poésie, de l’amour, de la tendresse. C’est joyeux, enthousiasmant, frais, sincère. En fait, il faut arrêter d’en parler, il faut le découvrir absolument!!

« Malgré tout » de Jordi Lafebre chez Dargaud, 25 septembre 2020.

Simone Veil ou la force d’une femme.

« Simone Veil ou la force d’une femme »

de Annick Cojean, Xavier Bétaucourt et Étienne Oburie

Une grande dame mise en avant dans « Simone Veil ou la force d’une femme » de Annick Cojean, Xavier Bétaucourt et Étienne Oublie chez les éditions Steinkis/Plon.

Annick Cojean, grand reporter au Monde, dresse un beau portrait de Simone Veil qu’elle a eu la chance de rencontrer plusieurs fois et d’échanger beaucoup sur elle, sur la politique, sur les femmes, sur les droits, sur son passé.

Évidemment, comme tous, je connais Simone Veil et son combat pour la légalisation de l’IVG. Je connais son passé de femme juive déportée pendant la seconde guerre mondiale. J’ai suivi son entrée à l’Académie française. J’admire cette dame. Et je ne peux que l’admirer encore plus avec ma découverte de cet album sur Simone Veil car j’ai appris encore plus d’elle et Simone Veil a tant fait pour les autres, les démunis, les femmes.

Le 30 juin 2017, Annick Cojean apprend la mort de Simone Veil et son journal, Le Monde, lui demande pour le lendemain un papier sur elle. Annick va y passer la journée et la nuit à la rédaction de cet hommage. Elle se souvient de tout: quand elle était stagiaire à Europe 1 et qu’elle a fait la sortie du conseil des ministres, sa première rencontre avec Simone Veil jusqu’à ses derniers entretiens avec elle pour la rédaction d’un livre. Simone Veil se confie à Annick, elles partagent leurs souvenirs, se trouvent de jolis points communs comme leur amour et leur admiration pour leur maman. Annick avec Xavier parlent de toute la vie de Simone: son enfance à Nice, sa déportation, la mort de son père et de son frère dans les camps, celle de sa mère un mois avant la libération, son combat dans les camps, sa rencontre avec son mari, ses discussions avec celui-ci concernant sa carrière professionnelle, ses postes ministériels, ses combats par rapport aux prisons et aux conditions de vie, ses fils, la disparition tragique de sa soeur rescapée comme elle et celle de son fils, son combat pour les femmes, ses relations avec les hommes politiques. Dans « Simone Veil ou la force d’une femme », c’est toute la vie de Simone Veil. J’ai apprécié à tout point ma lecture et quel plaisir d’en savoir plus sur elle. Et surtout, ce récit est, je trouve, intimiste dans le sens où c’est Annick qui raconte, qui ses souvient, qui revient sur des évènements, qui met en parallèle sa mère et Simone Veil. C’est tendre, empli d’admiration, d’humilité. Annick et Xavier ont su écrire comme Simone semblait être: simple, naturel, aimante, intéressée par les autres, emphatique. Et que dire des illustrations de Étienne Oublie qui a su magnifié le récit, Simone ainsi que tous les autres personnages. Il a adapté les couleurs au récit: le sépia pour le passé, les couleurs chaudes pour le présent. Ça se marie à la perfection.

« Simone Veil ou la force d’une femme » n’est pas un énième ouvrage sur cette grande dame. C’est l’histoire d’une rencontre entre deux femmes qui ont appris à faire connaissance et qui se sont racontées. Annick a su retranscrire Simone et c’est beau. À la fin de l’album, se trouve l’article de Annick qui a été publié dans Le Monde et cet article clôt comme il se doit cet album hommage.

« Simone Veil ou la force d’une femme » de Annick Cojean, Xavier Bétaucourt et Étienne Oublie chez Steinkis/Plon, 26 mars 2020.

À coeur ouvert.

« À coeur ouvert »

de Nicolas Keramidas

Un coup de coeur pour l’album de Nicolas Keramidas, « À coeur ouvert » chez les éditions Dupuis.

Nicolas, à 43 ans, va subir sa deuxième opération à coeur ouvert. Il a eu la première quand il avait un an et en a peu de souvenirs. Pour la deuxième, c’est différent. Il raconte tout: l’attente de la date de l’opération, les suites opératoires, le retour à la maison, la rééducation. Tout y est.

« À cour ouvert » a été entièrement écrit et dessiné par Nicolas Keramidas même si j’ai envie de dire qu’il a été écrit à deux car sa femme et lui ont tenu chacun un journal pour ne rien oublier, pour croiser leur ressenti. Et j’ai trouvé que c’était une bonne idée car dans ce genre d’épreuve, dans un couple, ce sont les deux qui doivent l’affronter. C’est donc un récit intimiste, sensible, vrai, touchant que nous conte Nicolas. Il élude rien: la douleur, la peur, les examens, les rencontres, l’attente, la convalescence, l’espoir, les envies, les désillusions, le traumatisme. Avec lui, je me suis revue vivre les mêmes choses: la décision de se faire opérer, une décision très difficile à prendre. Les suites opératoires avec la réanimation où, comme Nicolas, peu de souvenirs: je ne me souviens pas d’être aller en ambulance rencontrer un cardiologue, je ne me souviens plus des visites de ma famille et de mes amis, je ne me souviens pas du coma artificiel et de mon meilleur ami me tenant la main et être si triste de voir mon visage se tordre de douleurs. La rééducation où on apprend à se connaître et où chacun raconte ses soucis de santé dans la bonne humeur. Réapprendre à marcher, à manger doucement mais sûrement. Tout m’est revenu en lisant « À leur ouvert » même si on ne peut oublier. C’est pour cela que je peux affirmer que Nicolas Keramidas est sincère, fidèle dans son récit et que cela est profondément humain. Ça fait un bien fou car oui, c’est triste. Oui c’est pas facile. Mais surtout chacun est capable de surmonter cela. Nous avons tous la force nécessaire pour affronter le pire. Nicolas en est le parfait exemple et il a su en faire un super album sans édulcorer la vérité!

Les illustrations sont en total raccord avec le texte, avec le vécu. Nicolas Keramidas s’est dessiné avec toutes les émotions vécues. Il a dessiné son coeur malade. Les soignants. L’hôpital et ses couloirs. Ses enfants. Ses rencontres. La salle d’opération. Tout y est avec les couleurs adaptées à la situation. Ça fourmille de détails à ne pas rater. Tout cela sans oublier l’humour qui est essentiel dans ces moments là. L’auteur n’a pas oublié de raconter, illustrer le difficile mais aussi il a su y ajouter l’humour essentiel et super bien trouvé!! Du coup, on rit, on tremble, on espère, on souhaite avec Nicolas durant tout ces moments avant et surtout après l’opération. Sans oublier le personnel hospitalier où franchement, certains m’ont bien fait sourire!! 

« À coeur ouvert » est un album beau, sensible, humain, sincère et qui fera chavirer votre coeur!

« À coeur ouvert » de Nicolas Keramidas chez Dupuis, 29 janvier 2021.

Le plongeon.

« Le plongeon »

de Séverine Vidal et Victor L. Pinel

Une jolie bd sur le thème des EHPAD, « Le plongeon » de Séverine Vidal et Victor L. Pinel chez les éditions Grand Angle.

Yvonne, 80 ans, quitte sa maison pour entrer à l’EHPAD. Quel changement pour elle qui est encore indépendante. Un changement de vie pas des mieux accueillis. Mais elle va essayer d’en tirer le mieux et va rencontrer une belle bande de « vieux » aussi énergiques qu’elle.

Quel bouleversement dans la vie d’une personne quand celle-ci doit aller vivre en EHPAD, établissement hospitalier pour personnes dépendantes. Que c’est moche comme nom, surtout quand la personne âgée est encore indépendante mais qu’elle ne peut plus rester seule chez elle. C’est le cas d’Yvonne qui devient triste, morose voire méchante quand elle va habiter dans un établissement de ce type. Elle se retrouve dans une chambre impersonnelle, doit respecter les consignes et les horaires, est entourée de personnes déficientes, ne peut plus faire ce dont elle a envie. C’est difficile d’entrer en EHPAD. Mais au lieu de déprimer, Yvonne décide d’en prendre partie et elle va rencontrer une jolie bande de « vieux » aussi dynamiques qu’elle et marrants. Ensemble, ils vont conjuguer au mieux avec cette nouvelle vie et vont même être attentionnés avec les autres, ceux qui sont moins capables. Sans oublier le personnel médical dont Youssef, leur complice en quelque sorte. 

Dans « Le plongeon », Séverine Vidal évoque ce que tous redoutons. La vie en EHPAD est tout de même synonyme de vieillesse et plus. Elle parle de ce désarroi qui accompagne l’entrée dans l’établissement, la solitude qui se fait encore plus ressentir, la famille qui se fait beaucoup moins présente, la décadence de certains pensionnaires, une certaine privation de libertés. Ayant été en stage en maison de retraite, y avoir été pour visiter ma grand-mère, c’est un lieu qui m’a toujours apparue dénuer d’amour, de bien être. Il m’est difficile de voir nos aînés « abandonnés » tous ensemble. Avec Séverine, « Les mimosas » donnent une autre image mais qui me semble tout de même un brin idéalisée. En effet, le personnel soignant est aux petits soins (heureusement que cela arrive plus souvent que nous pouvons le penser), l’entraide entre pensionnaires est présent. Cependant, Séverine met en avant les visites familiales qui s’étiolent dans la durée et dans le temps, les personnes âgées qui perdent la tête et la difficulté pour les compagnes/compagnons de laisser leur moitié avec un sentiment de culpabilité. Ce qui m’a donnée espoir, c’est cette joyeuse bande de vieux comme j’aime à les appeler et cette jolie histoire d’amour que va vivre Yvonne qui prouve bien que l’amour n’a pas d’âge. Et pis j’ai adoré la fin!!! 

L’histoire que nous raconte Séverine Vidal est merveilleusement bien mise en dessin grâce à Victor L. Pinel. Ces dessins sont justes extraordinaires et comme il le dit dans une interview, cela était une première pour lui de dessiner des personnes âgées avec leurs rides, leurs corps qui changent, la vieillesse, surtout qu’il y a très peu d’exemples. Victor a su donner les bonnes expressions à chaque visage, les bonnes rides et surtout il a eu l’audace de dessiner des corps de personnes âgées nues et ces corps sont magnifiques. Tout est réel et c’est beau. J’ai découvert l’auteure et l’illustrateur avec cet album. J’ai trouvé que leur travail se complétait à merveille et que cela donnait vie aux personnages. C’est beau, c’est plein d’espoir mais sans cacher la vérité, c’est touchant, c’est sensible. Cela donne foi en ces établissements et je suis sûre qu’il y a des tas de Mimosas, il suffit de les trouver!

« Le plongeon » de Séverine Vidal et Victor L. Pinel chez Grand Angle, 13 janvier 2021.

Le monde au balcon.

« Le monde au balcon »

de Sophie Lambda

Un carnet croqué par Sophie Lambda chez les éditions Albin Michel« Le monde au balcon ».

J’avoue: je ne connaissais pas Sophie Lambda avant de découvrir « Le monde au balcon »… Mais ça , c’était avant!!!

J’avoue encore: les livres sur le confinement et autres ne vont pas faire partie de ma pal… Mais ce « carnet dessiné d’un printemps confiné »est l’exception qui confirme la règle!

Dans ce carnet, Sophie Lambda croque son confinement mais son confinement est notre confinement aussi. On ne peut que se retrouver dans plusieurs situations que Sophie a dessiné. Faire la cuisine. Les apéros zoom. Les tenues vestimentaires les plus improbables. le ménage. Je suis sûre que cela parle à beaucoup!! J’ai souri à la découverte de plusieurs situations! Mais Sophie n’en oublie pas les moments difficiles: la solitude, la peur, l’isolement, l’ennui. Et aussi, et il faut retenir cela, les jolis moments comme la nature qui s’est réveillée, les actions de solidarité et les petites choses habituellement insignifiantes mais qui prenaient une saveur joyeuse lors de cette période inédite, impensable, presque surréaliste. Surréaliste avec la pénurie de papier toilette, les attestations à remplir pour mettre le nez dehors, ces nouveaux sportifs!

Dans « Le monde au balcon », Sophie croque des moments de vie, et elle insère aussi des photos, des captures d’écran, des images réelles même si elle n’avait pas besoin car ses dessins sont vraiment réalistes! Tout cela, Sophie Lambda le fait avec humour, empathie, sincérité et humilité. C’est réjouissant car cela permet de dédramatiser beaucoup ces mois bizarres que nous avons tous vécus!! Son carnet n’en est pas larmoyant et j’ai pris plaisir à le découvrir. Comme beaucoup de mes copains, ce carnet sera un album souvenir pour ne pas oublier. Ne pas oublier la solidarité. Ne pas oublier la nature qui reprenait vie. Ne pas s’oublier. C’est cela que je veux retenir!!!

PS: désolée Sophie mais c’est moi la plus grand fan de Friends!!! Il suffit de demander à Phoebe, Ross et Monica qui vivent avec moi!!!!

« Le monde au balcon » de Sophie Lambda chez Albin Michel, 2 septembre 2020.