Juste un peu de temps.

« Juste un peu de temps »

de Caroline Boudet

« Juste un peu de temps » de Caroline Boudet, paru chez les éditions Stock, fait partie de la sélection d’automne des 68 Premières Fois.

Sophie, 36 ans, est mariée à Loïc et est maman de trois enfants. Sophie travaille, gère la maison, les enfants, les tâches ménagères… Mais un jour, Sophie n’en peut plus et décide de partir pour quelques heures, sans rien dire, juste avec un petit mot sur une enveloppe de la Caf: « Juste un peu de temps. Merci ». Sophie a éteint son téléphone et son absence se prolonge…

« Elle va faire juste ce dont elle a envie et sans attendre, là, maintenant. Le silence d’une chambre à elle seule avec vue sur la mer, respirer et ne parler à personne. Juste quatre heures. Ces réservations d’hôtel en journée sont destinées à rentabiliser les chambres, notamment dans les établissements de luxe; de quoi organiser des cinq-à-sept qui sortent de l’ordinaire pour couples illégitimes ou mariés en quête de frissons. Ils vont être déçus, à la réception, en la voyant arriver avec un livre de poche et son sac à main. »

Que ce livre fait du bien!! Il parle avec humour et vérité d’un thème trop bien connu par les femmes de notre société actuelle: la charge mentale. Et oui, le fait de ne plus en pouvoir, de se sentir complètement épuisée par sa vie quotidienne, par la gestion de sa vie professionnelle et privé, a un nom! L’auteure, Caroline Boudet, parle de tous les sujets de la vie d’une femme: la vie de parents avec une vie sexuelle beaucoup moins présente, la grossesse avec le changement de son corps et l’accouchement, les difficultés au travail au retour du congé mat, les bobos des enfants à gérer à n’importe quelle heure, la maison à tenir même si le mari pense qu’il en fait autant!!! Toutes les femmes se reconnaissent à un moment du roman, c’est certain! Ce roman est la réalité de ce que beaucoup de femmes vivent, où c’est encore elles qui gèrent le plus la vie familiale! Sophie recherche à être la mère parfaite, l’épouse parfaite, l’employée parfaite jusqu’à son épuisement.

« Pourtant Sophie a toujours dit oui. À tout. Pas par faiblesse d’esprit ou manque de caractère, non, elle a toujours su ce qu’elle voulait, mais a appris à étouffer sagement. Elle dit oui par peur du conflit, pour faire plaisir, pour être bonne élève, l’enfant parfaite, la jeune fille souriante puis l’adulte que tout le monde qualifie de « fille bien », et par horreur du chantage affectif et de la culpabilité. Plutôt accepter un truc qui l’enthousiasme moyennement que de supporter de voir la déception, sincère ou exagérée, sur le visage des autres. »

Dans « Juste pour un temps », Sophie tient le premier rôle: le lecteur suit son échappement pour quelques heures puis jours de sa vie quotidienne, son introspection sur elle-même et sur sa vie. Et ce récit de Sophie est entrecoupé par le récit d’autres personnages. Son mari, Loïc, qui comprend vraiment pas où est Sophie, pourquoi elle est partie et surtout il est vite débordé par les tâches quotidiennes d’une famille. Raphaella, l’amie de Sophie, une vraie parisienne, sans enfants ni mec ni véritable job: c’est une artiste qui vit sa vie sans fil à la pâte. Virginie, sa voisine, jalouse de Sophie qui pour elle est la femme parfaite qui est toujours bien mise et qui accomplit son devoir de mère, épouse, salariée sans difficultés. Et Yann, le fils aîné de Sophie qui comprend ce qu’il se passe mais qui sait que sa maman va rentrer. Et cette construction permet de savoir comment Sophie est perçue par les personnes qui l’entourent. Tout cela est raconté sans chichis par Caroline Boudet, c’est simple mais très efficace et « Juste un peu de temps » permet de déculpabiliser et de se dire qu’on est pas seule, cela réconforte!!

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Interview d’Amélie Cordonnier.

« Interview d’Amélie Cordonnier »

Merci Amélie d’avoir répondu à mes questions.

-Mais qui est Amélie Cordonnier en fait?

J’ai 39 ans, je suis journaliste, maman deux enfants à qui j’ai dédié mon roman. Et quand je ne m’occupe pas d’eux, je lis. Ou j’écris, la nuit!

-Que raconte votre livre?

C’est une femme qui se bat, et c’est aussi une histoire d’amour. Cela faisait des années, que son mari, Aurélien, ne l’avait plus insultée et un matin à la table du petit déjeuner, devant les enfants estomaqués, il rechute déverse sur elle des tombereaux de saletés. Ces mots, comme des couteaux qui déchirent son quotidien, elle ne peut plus les supporter. Elle va avoir quarante, le 3 janvier, et se promet d’avoir décidé avant son anniversaire. Partir ou rester: il lui reste seize jours pour trancher. Et l’on vit avec elle ce compte à rebours.

-Pourquoi écrivez-vous?

Je ne sais pas. C’est là, comme une palpitation, une force tapie en moi depuis toujours. Qui ne demandait qu’à jaillir et que j’ai longtemps enfouie. Un publicitaire a dit, un jour, que pour réussir sa vie il fallait avoir une Rolex avant cinquante ans. J’ai trouvé cela terriblement vulgaire. Je ne porte pas de montre, mais je porte les livres et les auteurs que j’aime depuis des années. Je m’étais toujours dit que ce serait bien d’oser enfin, de franchir le pas, d’écrire un livre avant mes quarante ans. J’ai eu 39 ans deux mois la sortie de « Trancher », défi relevé!

-« Trancher » est votre premier roman et son thème, la violence conjugale, est un thème difficile. Pourquoi ne pas avoir choisit un thème disons plus léger pour un premier roman?

J’aime les livres qui secouent. Remuer au plus profond et donner à penser: voilà à quoi sert pour moi la littérature. On ressort bouleversé de la lecture de « Le Lambeau », du journaliste Philippe Lançon, rescapé de l’attentat de Charlie Hebdo, et pourtant son livre nous procure une grande force. La violence verbale, c’est un thème qui me tient à coeur. Ce n’est pas ma vie que je raconte dans ce roman. Heureusement! Mais si je n’avais jamais entendu de mots, comme des couteaux, je n’aurais jamais écrit ce livre. On parle très peu de la violence verbale, sans doute parce qu’elle ne laisse pas de trace. Les blessures qu’infligent les mots sont invisibles. Or ce n’est pas parce qu’un homme ne frappe pas qu’il n’est pas violent. Ce n’est pas parce qu’une femme ne crie pas qu’elle ne tombe pas. Ce n’est pas non plus parce qu’il n’y a pas de bleus sur la peau que les mots ne détruisent pas.

Pour raconter votre récit, vous le faites avec le « tu ». Personnellement, j’ai totalement été conquise par cet emploi du « tu » qui m’a fait rentrer dans l’intimité de cette femme, de ce couple. Est-ce l’effet voulu? Et pourquoi cet emploi du « tu »?

Le « tu » s’est imposé à moi. Quand je doutais de tout, car on doute de tout quand on écrit, surtout quand c’est la première fois, il y a une seule chose dont je ne doutais pas, c’était de la justesse de cette voix que j’entendais. Cette voix, c’est celle de cette femme, cette boxeuse amoureuse d’un prince pas toujours charmant, qui se bat pour son couple, pour tracer sa route, pour ses enfants. J’étais dans sa tête. Lorsqu’on souffre, on se tutoie, on se dit « ça va aller, tu vas y arriver ». Les enfants et les sportifs aussi se tutoient pour s’encourager.

Ne pas donner de prénom à la femme de votre roman, est-ce pour que chacune puisse d’identifier à elle?

Puisque j’étais dans sa tête en écrivant, puisque le lecteur l’est aussi et puisque cette femme se parle à elle-même, il n’était pas nécessaire de lui donner un prénom. J’ai réalisé seulement vers la fin de mon texte que je ne lui en avais pas attribué. Et c’est vrai qu’on s’identifie ainsi d’autant plus à elle. On a peut-être toutes un peu d’elle en nous.

-Quand vous écrivez, avez-vous déjà un plan bien définit ou est-ce que vous voyez au fur et à mesure de la rédaction?

Les deux! J’ai en tête des scènes très précises, comme au cinéma, qui se déroulent devant mes yeux et que je n’ai plus qu’à écrire (par exemple celle des miettes, des petits pois ou du champ). Mais heureusement, je ne sais pas tout ce qui va se passer. L’histoire avance aussi d’elle-même, à mesure que le livre s’écrit. Les personnages font des choses que je ne prévois pas.

-« Trancher » fait partie de la sélection des 68 Premières Fois. Cela représente quoi pour vous?

C’est merveilleux! J’ai écrit ce texte dans l’urgence entre 4 heures et sept heures du matin, avant de préparer le petit-déjeuner de mes enfants et de partir travailler. Impossible d’imaginer que le roman résonne autant chez les lecteurs! Je me réjouis que cette boxeuse amoureuse suscite autant d’émotions et d’empathie.

-Les avis sont très positifs. Heureuse ou cela vous met une pression supplémentaire?

C’est un grand bonheur! Que mon premier roman soit publié par Alix Penent chez Flammarion à la rentrée littéraire, c’était déjà extraordinaire. Depuis, tout est fou: une reprise en livre de poche, une traduction en allemand et une réimpression, avant même la publication en août. Et puis des papiers formidables dans la presse, des invitations à la télé, à la radio, dans les salons, les librairies et surtout un accueil très enthousiaste des blogueurs et des lecteurs… J’essaie d’oublier tout ça, quand je me lève, la nuit, pour écrire une autre histoire.

-Un seul conseil à donner pour se lancer dans la rédaction d’un roman?

Lire, lire, lire, lire, lire, lire, lire, écrire, écrire, écrire, écrire, écrire, écrire.

-Comment voyez-vous vos lecteurs? Quels rapports entretenez-vous avec eux?

Je suis très émue que mon livre touche des hommes comme des femmes, des trentenaires, comme des septuagénaires, en couple ou séparés, avec ou sans enfants.

Un conseil lecture pour l’automne?

Il faut lire le roman de Carole Fives: « Tenir jusqu’à l’aube » (Gallimard) compte parmi mes livres préférés de la rentrée. C’est l’histoire d’une maman solo. Après deux ans en vase clos avec son marmot, elle n’en peut plus. Elle rêve de fugue alors elle sort pour marcher  et respirer une fois l’enfant couché. Telle la chèvre de Mr Seguin, elle tire sur la corde, espérant tenir jusqu’à l’aube.

-Que peut-on vous souhaiter pour cette fin d’année?

Longue vie à « Trancher »!

Haut les cœurs.

« Haut les cœurs »

de Caroline Noel

« Haut les cœurs » , des éditions Charleston, est arrivé par surprise dans ma boîte aux lettres, cadeau de l’auteure, Caroline Noel. Merci Carobookine pour ton roman!!

Chloé est une jeune femme, mariée, mère de trois enfants, hôtesse de l’air et blogueuse de voyage. Elle se partage son temps équitablement entre toutes ses casquettes sans oublier ses trois meilleures amies. Mais lors d’un week-end filles justement, Chloé va assister, bien malgré elle, à une scène dramatique. Étant totalement bouleversée, Chloé se tait et va porter ce secret qui va lui être de plus en plus pesant jusqu’à modifier son attitude envers sa famille et ses amies.

« Étonnamment, moi qui ai toujours préféré être dans l’action plutôt que dans la réflexion, je me dis que la mort de mon grand-père est peut-être un signe qui m’est envoyé pour définitivement enterrer le passé, les non-dits et les secrets. J’ai une occasion unique de faire le deuil de ma lâcheté en renouant avec mes racines. Pleurer tant qu’il le faudra pour évacuer le stress qui me ronge depuis des mois et faire enfin la paix avec moi-même. »

J’ai lu « Haut les cœurs » au bord de la piscine et c’était l’endroit idéal pour cette lecture!! Ce roman est pétillant, tourbillonnant comme l’est son auteure, Caroline! Pendant ma lecture, je me suis fait la réflexion que l’histoire était fictionnelle car elle beaucoup trop lisse dans le sens où Chloé, le personnage principal a une vie parfaite, bien trop parfaite!! Mais cela n’a rien gâché à ma lecture où les thèmes abordés sont universels et touchent tout le monde: la culpabilité, le secret, l’amitié, l’amour, les questionnements… Chloé décide de se taire après avoir vécu une scène dramatique et là, j’avoue que je n’ai pas compris son attitude qui pour moi est très lâche mais comme le disent ses amies, on réagit tous différemment dans les mêmes situations. Et là, prend le dessus de l’amitié que Caroline met en avant, amitié qui connait des hauts et des bas mais qui est importante et qui permet de dépasser des obstacles!

Dans « Haut les cœurs », Caroline a aussi mis en avant les blogs et plus particulièrement les blogs de voyage. L’auteure nous livre les dessous d’un blog et les ficelles qu’elle peut en tirer. Elle prouve aussi l’intérêt, l’envie, la passion que met un blogueur/blogueuse dans ses billets sur son blog. Et j’ai retrouvé mon enthousiasme quand on reçoit des gentils mots sur ce que nous faisons 🙂 Lire « Haut les cœurs », c’est passer un moment agréable!

Nirliit.

« Nirliit »

de Julianna Léveillé-Trudel

Grâce à Trames.xyz, j’ai pu découvrir un roman canadien, « Nirliit », de Julianna Léveillé-Trudel paru chez les éditions La Peuplade.

Une jeune femme du sud canadien vient tous les étés à Salluit, un village du Grand Nord canadien, afin de s’occuper des enfants. Elle y retrouve son amie Éva mais celle-ci a disparu, assassinée semblerait-il et se trouvant au fond d’un fjord. Cette jeune femme va continuer à parler à Éva de la vie de son village, de son fils Elijah et de sa compagne Maata.

« Il y a des gens qui viennent pas au Nord pour faire de l’argent. Moi, j’aime ça, ici. J’aime les enfants, les gens, la langue, les chiens, le paysage, le soleil de minuit, les aurores boréales, les caribous, la toundra, les montagnes, les balades. »

Quel roman! Je suis une amoureuse du Canada et avec « Nirliit », j’ai fait connaissance avec le Grand Nord et ses habitants, le peuple Inuit, leurs conditions de vie précaires et les perspectives pas vraiment joyeuses d’avenir. Tout est raconté par la narratrice et elle le fait avec franchise. Le peuple Inuit doit faire face à la nature pas vraiment engageante durant l’hiver; il doit faire face à la venue de tous ces « Blancs » l’été qui viennent travailler et partent dès l’approche de l’hiver. Leur cohabitation est assez difficile: les Inuites se sentent « colonisés » par les Blancs durant toute une saison. Ces mêmes Blancs séduisent les femmes Inuites qu’ils abandonneront à la fin de l’été. Le peuple Inuite est un peuple désœuvré où la violence, la drogue et l’alcool sont beaucoup trop présents. D’ailleurs, l’amie de la narratrice a été la victime de cette violence conjugale. Dans ce récit, j’ai senti toute la tristesse de la narratrice face à ces personnes qu’elle connait bien mais qui se perdent année après année. J’ai senti son envie de les aider au mieux car elles les aime. Il y a beaucoup de tendresse dans ses mots, de chaleur, voire d’admiration. Elle fait de son mieux pour aider ces enfants qui tombent trop vite dans la drogue et ces jeunes filles qui tombent trop vite enceintes… Mais la narratrice ne les oublie pas, ne les rejette pas, elle est là comme tous les étés et fait tout ce qu’elle peut pour les aider à ne pas passer du mauvais côté. La narratrice nous raconte aussi la vie de Elijah, le fils de son ami, qui subit sans le vouloir la présence des Blancs, de ce Blanc qui a séduit sa petite amie, Maata, pour l’été…

Dans « Nirliit », les émotions s’enchaînent: tristesse, espoir, amour, peur, colère… C’est la force de ce récit car je n’ai pas pu rester insensible face à ce peuple Inuit qui paraît avec été abandonné là-bas, dans le froid. Et pour nous raconter cela, l’auteure, Juliana Léveillé-Trudel, emploie le français, le québécois, l’anglais, l’innu. Elle écrit comme elle parle et cela est fluide, aérien. Cependant, j’ai plus accroché à la deuxième partie du roman, celle où elle nous raconte Elijah car les personnages sont bien ancrés dans le récit et je me suis attachée autant à Elijah qu’à Maata. Et cela grâce à la narration qui m’a parue plus construite dans cette partie. Mais tout cela en fait un roman très touchant et l’auteure y a mis toute son affection dans son récit. « Nirliit » est un roman qui doit être découvert!!

Einstein, le sexe et moi.

« Einstein, le sexe et moi »

d’Olivier Liron

Il me tardait depuis cet été la sortie du dernier roman d’Olivier Liron, « Einstein, le sexe et moi » chez Alma Éditeur, et mon attente a été récompensée par un coup de cœur.

Olivier Liron, autiste Asperger se raconte par le biais de sa participation à Questions pour un champion en 2012 animé par Julien Lepers. Olivier joue pour la place de champion et veut gagner! Par cette histoire, Olivier nous raconte son parcours d’enfant, d’adolescent et de jeune adulte différent.

« Tu n’imagines pas, Barbara, en fait ma vie c’était ça, ma vie c’était ce sentiment, la honte. Pour moi, il était normal d’avoir honte comme ça de son corps, la honte pour moi était normale comme le vent, normale comme l’eau du robinet, normale comme le fait de trier les poubelles, normale comme les nuages noirs en hiver, normale comme une alarme qui vous réveille tous les jours à la même heure, normale comme un mauvais cauchemar, toujours le même, qui vous terrasse dans vos nuits sans sommeil. Personne n’était là pour me dire que ce n’était pas normal. »

Olivier Liron nous livre une pépite!! Ce que j’ai aimé lire « Einstein, le sexe et moi » et ce roman est bien trop court!! Olivier a un réel don pour l’écriture, pour nous emmener avec lui dans son récit, pour nous scotcher aux pages, pour nous faire tout oublier le temps de se délecter de son roman! Qui aurait pu croire que j’allais lire un roman où le fil rouge est la fameuse émission Questions pour un champion et surtout Julien Lepers, l’animateur des vieux avons-nous tous dit au moins une fois dans notre vie! Olivier m’a donc emmenée dans les coulisses de cette émission pour laquelle il a participée: j’y ai fait la connaissance des autres candidats, plus ou moins sympathiques d’ailleurs; j’ai vu d’un autre œil Julien Lepers, qui paraît être bien seul comme homme; j’y ai appris des tas de choses car Olivier est une encyclopédie à lui tout seul; j’ai mangé des madeleines et bu du Coca! Mais j’ai surtout appris à connaître Olivier: Olivier le petit garçon, Olivier l’adolescent et Olivier l’adulte mais surtout Olivier et sa différence. Cette différence qui lui donne une telle force, qui lui donne une envie de tout connaître, qui lui donne une naïveté si attendrissante (mais qui peut aussi lui faire si mal), qui lui donne une telle sympathie que je veux qu’Olivier soit mon ami car cela doit être un tel honneur d’être l’amie d’Olivier!!

Par le biais de raconter son expérience dans cette emblématique émission, Olivier se livre, se raconte. Il entrecoupe sa participation à Questions pour un champion par des anecdotes sur sa vie: sa vie de collégien qui fût douloureuse avec la cruauté des enfants envers un autre « pas comme eux »; sa solitude pesante de garçon différent et sa bataille pour avancer tant bien que mal et seul; sa grand-mère immigrée, émigrante telle est la question; ses émois amoureux. Quand on lit sa vie, il est impossible, et je mets quiconque au défi, de ne pas aimer Olivier. Olivier est un être dotée de si belles choses qui font défaut à beaucoup trop de personnes. Olivier est un écrivain de génie pour qui l’écriture a été sa délivrance tout comme la danse, le théâtre.

« Écrire, pour moi c’est une façon de survivre. Une alchimie étrange, une esquive, un boomerang, un renversement, un art de la prestidigitation, un monde où tout serait guérissable. »

Olivier est un artiste et un artiste réussit. Il le prouve avec « Einstein, le sexe et moi » où l’humour et la dérision se marient à merveille. Son roman n’est absolument pas triste, il est joyeux, drôle, sensible. Bref, lire « Einstein, le sexe et moi » est une obligation!!

Les belles ambitieuses.

« Les belles ambitieuses »

de Stéphane Hoffmann

Grâce aux éditions Albin Michel, j’ai découvert le dernier roman de Stéphane Hoffmann, « Les belles ambitieuses »

Amblard Blamont-Chauvry, un jeune énarque polytechnicien, ne veut pas faire carrière. Il ne veut que s’abandonner à la paresse, l’oisiveté, la luxure, la gourmandise… Mais les femmes qui l’entourent ne veulent pas le laisser faire: ce sont les belles ambitieuses qui elles, souhaitent devenir importantes…

« Tout le monde se fiche de ce que vous pensez, chérie. Laissez parler vos interlocuteurs. Les hommes, surtout. Laissez-les parader, ils adorent ça. Ne les contredisez jamais, et surtout pas devant leur femme; au moins, laissez-leur la dernière balle. Prenez l’air extasié. Battez des cils à l’occasion. Comme ça, oui, parfait. Riez. Détendez-vous. Laissez leur croire qu’ils ont de l’esprit. Si un homme pense que vous le trouvez beau, il sera à vos genoux. Mais s’il pense que vous le trouvez drôle, c’est à vos pieds qu’il se vautrera. »

Stéphane Hoffmann donne la part belle aux femmes dans son roman, femmes qui ont de l’ambition et qui veulent faire partie de la société! Trois femmes font la force du personnage masculin, Amblard. Amblard, bien que diplômé, ne souhaite pas le mettre à profit car sa seule ambition est de « traîner au lit avec une dame aimable ». Mais c’est sans compter sur sa marraine , la comtesse de Florensac qui veut tout savoir et avoir toute la haute société lors de ses soirées. Et pour être dans les secrets du pouvoir, elle couche avec les ministres. La comtesse va s’occuper d’Amblard et va lui présenter Isabelle Surgères afin qu’il l’épouse. Cela devient un mariage d’intérêts pour chacun: Isabelle veut réussir dans la vie et cela va passer par la nomination de son mari à Washington. Amblard, lui, est « bien marié » mais va faire profiter de ses faveurs d’autres femmes. Dont Coquelicot, la seule qu’il aime. Coquelicot est aussi une ambitieuse mais qui s’est faite seule et sans attaches. Durant 25 ans, Amblard va se partager entre ces trois femmes qui ont soif de pouvoir, de reconnaissance.

Quel moment agréable cette lecture de « Les belles ambitieuses »! Stéphane Hoffmann a une plume pleine d’humour et poétique! L’auteur sait à merveille conter une histoire et quel plaisir de voir des femmes mises en avant, femmes qui ont une telle ambition!

« Il y a profusion de beautés sur cette terre. Les soleils passent et nous les voyons pas, tous occupés à monter en grade, à faire des affaires, à écrire des livres, devenir député des Yvelines ou bluebell girl au Lido, champion de France de football, lieutenant-colonel de gendarmerie ou meilleur vendeur d’appartements vue sur mer. Nous remettons à plus tard un bonheur que nous avons sous les yeux. »

Avec « Les belles ambitieuses », j’ai voyagé à Paris, Versailles et Washigton. J’ai participé aux dîners emblématiques de la comtesse de Florensac où tout le monde se bouscule pour y participer. J’ai aimé l’histoire d’amour entre Amblard et Coquelicot durant toutes ces années. Bien que « Les belles ambitieuses » débutent dans les années 1970, j’ai eu le sentiment de me trouver dans la cour royale avec ses secrets, ses opportunistes, ses coups bas, ses tromperies et un homme qui se laisse vivre!! « Les belles ambitieuses » de Stéphane Hoffmann est un roman sociétal d’hier, de nos jours et de demain!!