Rêves sur mesure.

« Rêves sur mesure »

de Núria Pradas

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Avec « Rêves sur mesure » de Núria Pradas et grâce aux éditions L’Archipel, j’ai découvert Barcelone pendant les années folles et après, des époques dans un pays dont je connaissais beaucoup moins l’histoire.

À Barcelone, en 1917, Andrès Molins prend la direction de la boutique de luxe de création Santa Eulalia après la disparition de son père Antonio. Andrès veut en faire un haut nom de la mode en suivant l’exemple français. Fernando Clos, le beau-frère d’Andrès, un grand styliste, l’aide dans cette aventure. Santa Eulalia devient incontournable dans le luxe grâce aux deux hommes ainsi que les autres employés fidèles à la maison Molins dont Laura devenue la responsable des salons de présentation. Mais les belles années vont devenir sombres avec la Révolution dès 1936. Santa Eulalia va-t-il survivre?

« Tout était prêt: les vêtements, les mannequins, les couturières et l’équipe technique. Quand tout fut en place, les bruits, les cris et les murmures cessèrent, et un silence religieux s’installa dans les salons du sous-sol. Chacun prit sa place, et un monde nouveau, pareil à un paysage enneigé, surgit soudain sous la puissante lumière des projecteurs: deux rangées de fauteuils protégés des regards indiscrets et de la poussière par des housses d’un blanc immaculé. Relégué à l’arrière-plan, dans les recoins obscurs de la salle, attendait tout un luxueux fouillis de chapeaux, de chaussures, de bijoux et d’accessoires. »

« Rêves sur mesure » est une saga familiale espagnole et l’histoire se déroule sur une trentaine d’années, 1914-1944. Cela débute par une histoire d’amitié entre Rosa, la fille du directeur de la boutique, et Laura, la fille d’une des couturières. Deux mondes opposés mais qui se retrouvent avec ces deux jeunes femmes qui tombent amoureuses du même homme, Fernando. Nous sommes bien en présence d’une saga familiale que je commence à apprécier de plus en plus. Dans « Rêves sur mesure », l’auteure nous livre aussi bien le parcours des ces deux femmes, mais aussi celui des hommes qui dirigent la boutique, Santa Eulalia, celui des employés. Aucune classe sociale n’est oubliée dans ce roman et cela a son importance surtout quand l’auteure nous relate la guerre civile en Espagne avec sa misère, ses drames et l’arrivée de Franco à la tête du pays. Núria Pradas n’enjolive pas la réalité pendant cette période et j’ai senti toute la détresse de chacun quelque soit leurs moyens financiers et « mourir de faim » prend tout son sens. « Rêves sur mesure » n’est pas une romance car les faits sont bien là et réels, avec le bien et le mal, avec la vie et la mort, avec l’espoir et le désespoir. Mais même dans les moments les plus difficiles, chaque personnage s’accroche à quelque chose, à quelqu’un qui leur permet de tenir et d’avancer malgré tout ce qui peut leur arriver, chacun se relève à sa manière, à son rythme. Durant ces trente ans, le personnage principal est en fait Santa Eulalia, la boutique de luxe car elle est toujours restée debout, d’ailleurs, elle existe toujours. Santa Eulalia, avec à sa tête Andrès, a su s’adapter aux différentes situations: pendant les années folles, pendant la guerre, et pendant la reconstruction du pays. C’est le point d’encrage des personnages qui n’a pas failli et qui a su rebondir dès qu’elle le put.

J’ai aimé « Rêves sur mesure » car j’ai appris sur la guerre civile espagnole, sur le développement de la mode à Barcelone. Les personnages sont tous attachants, aimants et cela a son importance pendant les années difficiles qu’ils ont connu. « Rêves sur mesure » m’a fait pensé à la série espagnole « Velvet » qui se passe dans une maison de couture à Madrid dans les années 1960! L’Espagne sera-t-elle le pays de la mode?!!!

 

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Les Rêveurs.

« Les Rêveurs »

d’Isabelle Carré

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Dans le cadre des 68 Premières Fois, j’ai lu « Les Rêveurs » de la comédienne Isabelle Carré chez les éditions Grasset mais malheureusement, je n’ai pas beaucoup rêvé pendant ma lecture…

Isabelle Carré est née dans les années 70. Elle a eu une enfance atypique et découvre le monde des adultes bien trop vite. Isabelle Carré raconte cette enfance auprès de parents singuliers et sa découverte du théâtre, salvateur pour elle.

« L’ardoise magique qu’on efface pour recommencer indéfiniment. Si seulement on pouvait l’utiliser pour autre chose qu’un simple dessin, mon vol raté par exemple. J’apprendrai plus tard à appliquer mentalement cette méthode, comme pour mes nombreuses déceptions amoureuses… Effacer les erreurs de ma tête, pour ne garder que le meilleur. »

Isabelle Carré se met à nue dans son roman « Les Rêveurs », et il est sur qu’elle a eu une enfance bien particulière. Elle est née dans une famille recomposée: sa mère vient d’une famille aristocratique qui l’a éloignée lors de sa première grossesse, première grossesse qu’elle a finalement menée à terme grâce à l’aide du père d’Isabelle Carré. En parlant de son père, celui-ci a mis des années à enfin s’avouer et avouer qui il était réellement. Dans cette tribu, Isabelle Carré évolue comme elle peut, avec ses rêves, ses envies, son chagrin, sa dépression… Elle se cherche, cherche sa voie afin de pouvoir enfin s’épanouir et ne plus être adulte bien avant l’âge… Isabelle Carré est discrète et ne se plaint pas…

« Exiger était proscrit. Demander, y compris des petits riens, m’a toujours paru périlleux. Non par peur de refus, mais la démarche elle-même nécessitait tant d’efforts pour la petite fille que j’étais, presque un défi à relever, un exploit. »

Dans « Les Rêveurs », j’ai ressenti toute la sensibilité de l’auteure, ses espoirs, ses faiblesses. Elle se révèle être une petite fille qui veut toujours bien faire… Isabelle Carré se raconte dans son roman, roman ou autobiographie, je n’ai pas vraiment pu le définir au cours de ma lecture. J’ai trouvé la construction de son roman un peu décousu, un peu brouillon en fait, j’ai eu le sentiment qu’il manquait à chaque chapitre un petit quelque chose, un sentiment d’inachevé… De part son écriture, j’ai ressenti les faiblesses de la romancière Isabelle Carré, des faiblesses dans sa manière d’écrire, de raconter, mais peut-être que cela est voulu… Cependant, il en ressort de ce récit une grande force de la petite fille, de l’adolescente Isabelle Carré et comme le théâtre a été sa bouée. Comédienne a été une jolie révélation pour elle et j’ose dire que je préfère la comédienne Isabelle Carré que l’auteure Isabelle Carré.

 

 

 

 

Interview Anna McPartlin.

Interview Anna McPartlin

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Grâce à la complicité des éditions du Cherche Midi et plus particulièrement de Benoît (que je remercie une nouvelle fois), j’ai pu avoir le privilège de poser quelques questions à une auteure que j’affectionne beaucoup, Anna McPartlin. Cette interview est ma toute première et elle a pu être réalisée par l’intermédiaire de Benoît. Dans un premier temps, les questions sont en rapport avec le dernier roman de Anna, « Du côté du bonheur » (dont ma chronique est ici), puis des questions plus sur Anna. Je vous laisse découvrir cette interview!!

– Si vous deviez choisir cinq mots pour décrire Du côté du bonheur ?

« Question difficile… Je dirais : passionné, osé, déchirant, chaleureux et irrévérencieux. »

 

– Comment vous est venue l’idée de Du côté du bonheur ? Quelle est l’histoire derrière l’histoire ?

« La genèse de cette histoire provient de deux faits qui m’ont beaucoup marquée :

  • L’histoire d’un jeune garçon habitant dans une petite ville des États-Unis et qui a été tué parce qu’il était homosexuel. Après sa mort, sa mère a fait son propre chemin sur la question de l’homosexualité et elle parcourt à présent le pays pour donner des conférences sur la tolérance dans les universités.
  • Une histoire entendue dans l’émission d’Ellen Degeneres : un garçon de 12 ans qui a été tué parce qu’il avait donné une carte de Saint-Valentin à un autre garçon. Il avait été élevé dans une famille où l’homosexualité était mal perçue.

Ces deux histoires sont à l’origine de mon livre Du côté du bonheur. »

 

– Vous délivrez encore une fois un beau message, mais ne pouviez-vous pas le faire passer sans tristesse ?

« Je ne pense pas, c’était nécessaire. Selon moi, personne n’est immunisé contre la tristesse, la peur, la solitude, la violence ; ce sont des choses de la vie, du quotidien, que l’on voit partout. Mais la peine nous éduque, nous fait grandir. Il arrive que la peine ne soit pas positive pour les gens, mais j’ai le sentiment que, souvent, elle nous rend meilleurs. »

 

– Il y a une foule de personnages dans votre roman, tous aussi attachants les uns que les autres, y en a-t-il un qui a une résonance particulière pour vous ?

« Je ne peux absolument pas choisir un seul personnage. J’adore Maisie parce qu’elle est forte, Bridie et Jeremy m’ont brisé le cœur. Au contraire de Valérie, qui m’a remplie de joie. Je partirais bien en voyage avec Rave. Ils sont si différents que l’on peut tous les aimer, pour diverses raisons, chacun à leur manière. »

 

– Maisie est une sur-femme, comment parvient-elle à affronter tout ça ?

« Maisie est un personnage entier. Quand elle était jeune, elle était faible, mais elle a transformé cette faiblesse en force en grandissant et en affrontant tous les obstacles de sa vie. Pour moi, son amour envers les autres et son attachement à eux sont à la fois une force et une faiblesse. »

 

– Les titres de vos chapitres sont des chansons. Comment les avez-vous choisis ? Ces chansons vous ont-elles inspirée ?

« Chaque chapitre est intitulé à partir d’une chanson datant des années où Jeremy est mort. C’était important pour moi puisque chacune des chansons a un rapport avec les personnages. D’ailleurs, je trouve que les jeunes ont tendance à mieux écouter les paroles des chansons, à mieux les comprendre que les adultes, qui se contentent juste d’entendre. Et pour Jeremy et ses amis, ces chansons signifient beaucoup, elles les reflètent. »

 

– Il y a beaucoup de sujets sociaux dans Du côté du bonheur : les femmes battues, les homosexuels. C’était nécessaire pour vous, dans l’histoire de Maisie ?

« À chaque fois que j’écris un roman, j’essaie de construire un personnage et, pour cela, j’ai besoin de regarder qui il est, d’où il vient et comment il a évolué pour devenir celui qu’il est aujourd’hui. Dans le cas de Maisie, c’était important qu’elle ait ce passif, c’est ce qui la rend aussi attachante. Je n’ai pas décidé d’écrire sur tel ou tel sujet, c’était un choix sur le personnage, et donc il était nécessaire pour l’évolution du personnage de Maisie de la faire passer par toutes ces étapes. »

 

– Comment avez-vous pensé à aborder les problèmes que rencontrent les homosexuels dans les années 1990 ?

« J’ai choisi délibérément de placer cette histoire dans les années 1990, c’était très important pour moi. En effet, l’Église exerçait encore un grand contrôle sur les gens et, jusqu’au début des années 1990, l’homosexualité était toujours illégale. C’était donc le moment idéal pour moi pour raconter cette histoire. Par ailleurs, je voulais montrer aux lecteurs d’aujourd’hui comment c’était avant, pour comprendre que la liberté a dû se gagner et qu’il est nécessaire de la chérir aujourd’hui. Il faut surtout faire attention à ne jamais revenir en arrière. Pour l’aspect plus léger, c’était drôle pour moi d’écrire une histoire à cette époque parce que c’est la mienne, celle dans laquelle j’ai grandi, et ça m’a un peu rendue nostalgique. »

 

– J’ai beaucoup aimé la construction de ce roman : raconter l’histoire par le biais des personnages, chacun son tour. Comment avez-vous décidé de cette construction ? Cela ne vous a pas un peu compliqué l’écriture ? Et l’aviez-vous décidé dès le début de l’écriture du roman ?

« Oui, j’avais décidé de cette construction dès le départ. Pour moi, c’était la seule manière de raconter cette histoire. Je n’ai eu aucune difficulté à le faire. Je préfère toujours écrire d’un point de vue individuel, c’est mon style, et j’ai aimé l’idée de voir comment chacun pouvait être impacté par l’histoire. Par ailleurs, cela permet de tous mieux les connaître. »

 

 

– Quand vous écrivez, vous suivez un plan défini à l’avance ou vous vous laissez porter par l’écriture ?

« Je sais exactement où je vais. Je connais le début, le milieu et la fin, et même la toute dernière page. Pour m’aider, je crée la structure du roman sur un tableau, et ensuite j’attaque l’écriture. »

 

– Votre inspiration, vous la trouvez où ?

« C’est très simple, je la trouve partout. Elle peut arriver n’importe quand. Parfois quelqu’un me raconte une blague ou une histoire, cela peut être un déclencheur dans ma tête et me donner envie d’écrire dessus. »

 

– Vous rendez addictifs vos lecteurs, qui ne peuvent plus lâcher vos romans. Et vous, quand vous écrivez, vous faites de même, c’est-à-dire d’écrire sans pouvoir vous arrêter jusqu’au point final ?

« Oui, je suis pareille. Quand j’entame l’écriture d’un roman, je m’y mets corps et âme. J’écris dans une pièce sombre, je ris, je pleure, je vis tous les moments comme je les écris dans le livre. Mon mari vient souvent me voir pour me demander s’il doit appeler un spécialiste, parce qu’il s’inquiète. »

 

– Il est difficile pour vous de laisser vos personnages quand vous avez fini votre livre ?

« Beaucoup d’auteurs que je connais célèbrent la fin de l’écriture d’un livre, alors que, pour moi, c’est très difficile. Je le vis à chaque fois comme un deuil, avec toujours beaucoup de tristesse. »

 

– Avouez, vous puisez votre énergie dans les larmes de vos lecteurs ?!!

« Je n’écris jamais pour faire pleurer les gens. Quand j’écris et que je pleure, je me demande toujours si les gens réagiront de la même façon. Quand les gens réagissent en pleurant ou en riant, j’adore, parce que cela signifie qu’ils se sont attachés aux personnages, à l’histoire. Si je me forçais à faire pleurer les gens, les lecteurs le sauraient, donc ce serait inutile. »

 

– Vos romans sont bienveillants, remplis d’amour, ils sont tendres, tristes et joyeux en même temps. Ils vous ressemblent ?

« Totalement, c’est un miroir. Mes livres sont le reflet de ce que je suis. »

 

– Pour vous, à quoi ressemble votre lecteur ?

« À chacune de mes rencontres avec des lecteurs, je vois des gens totalement différents. Pour moi, il n’y a pas qu’un lecteur, il y en a une multitude. Ça va de 17 à 77 ans, ce sont des hommes, des femmes. Et j’adore cela, cette diversité. »

 

– Il est où, votre côté du bonheur, aujourd’hui ?

« Très bonne question ! Mon côté du bonheur, c’est ma cuisine. J’aime me mettre derrière les fourneaux pour mon mari, mes amis, avec mes quatre chiens autour de moi qui n’attendent que de grignoter les miettes de mes préparations. »

 

– Pour votre quatrième roman, il va falloir offrir des mouchoirs ! Mais un quatrième est-il prévu ?

« Oui, bien sûr. Je suis ravie d’en parler, je viens justement d’en terminer l’écriture. Il s’agit de la suite de mon livre Les Derniers Jours de Rabbit Hayes (2016, cherche midi éditeur). On se focalisera sur sa famille pour savoir comment elle gère le deuil. J’espère sincèrement que cela vous plaira autant que « Rabbit Hayes », il me tarde de vous le faire découvrir ! »

Les Déraisons.

« Les Déraisons »

de Odile D’Oultremont

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Le premier roman de Odile D’Oultremont, « Les Déraisons », a reçu cette année le prix de la Closerie des Lilas et c’est mérité!! Je remercie les éditions de l’Observatoire pour ce beau roman.

Adrien et Louise se rencontrent alors que rien ne les prédestinait à se rencontrer et encore moins à tomber amoureux. Adrien est réservé tandis que Louise est solaire. Adrien et Louise s’aiment et vivent l’un pour l’autre. Mais Louise a un cancer et Adrien est mis au placard (plus d’ordinateur, plus de téléphone…) par son employeur. Il décide alors de ne plus se rendre à son travail et de consacrer tout son temps à Louise et à sa guérison.

« Pas de femme? Vivre dépourvu d’un être aimé devait être terrible. Moi, je ne pourrais plus. Ma vie sans Louise, tu n’as pas idée, cher ami que je connais pas. Monsieur, là, juste devant moi, je t’informe que, si je devais vivre sans Louise, eh bien, autant ne pas vivre. »

« Les Déraisons » est un roman si beau, si tendre, si plein d’amour, si coloré que je ne pouvais que l’aimer. Odile D’Oultremont a su, de part sa plume et ses mots, illuminer son roman alors qu’elle y parle, mise à part de l’amour, de sujets assez difficiles: la maladie, la mort et les difficultés liés au travail. Et cette lumière passe par Louise, un personnage solaire, enthousiaste, aimant, fantasque, pétillante, optimiste, joyeuse. On ne peut qu’aimer Louise qui colore sa vie et surtout celles des autres et en particulier celle d’Adrien dont sa vie, avant Louise, était sombre. Ils étaient vraiment pas prédestinés à se rencontrer mais le hasard fait bien les choses. Leur amour est sincère et vibrant. Grâce à Louise, Adrien n’a pas eu le temps de s’effondrer à l’annonce de la maladie de Louise. Celle-ci est restée la même et a su éclairer la maladie et essayer de la combattre avec la bonne humeur. Elle est forte Louise, elle continue de s’exprimer à sa manière par la peinture, elle laisse personne indifférente surtout le corps médical, elle ne suit pas les règles ( son chien s’appelle bien Le Chat), elle embellit le quotidien d’Adrien.

« Pourquoi je t’aime? Mais parce que. Et si tu ne vois pas dans cette réponse l’immensité de mon amour indestructible pour toi, je ne peux rien pour vous. Cette façon de ne rien dire tout en disant énormément, ce mélange de proximité et de distance, ce basculement du « tu » au « vous » avait touché Adrien à un endroit qu’il ignorait, une partie de son corps que rien ni personne n’avait atteinte jusque là, une cavité intestine totalement inexplorée, et, au même moment, une ardente émotion l’avait dévoré. L’embrasement de son long corps fut total. »

Adrien est un homme dont on peut dire qu’il est effacé, qu’il fait ce qu’on lui demande. Louise bouleverse totalement sa vie dans le bon sens et cela se ressent quand il se retrouve au tribunal ( il a perçu son salaire alors qu’il n’était pas présent dans les locaux de son entreprise d’où le procès), quand il répond au juge, juge bien particulier. Ce procès m’a immédiatement pensé au « Procès » de Kafka (qui est ma référence livresque) avec son côté totalement décalé, avec ce juge et les avocats, avec ces scènes semblant venues de nulle part! Au fil de la lecture, Adrien change au contact de Louise, devient plus solaire, il prend un peu de la folie douce de sa femme.

L’histoire de « Les Déraisons » est assez banale: deux personnes qui s’aiment mais malheureusement une de ces deux personnes se meurent d’un cancer. Mais Odile D’Oultremont a magnifié cette histoire, l’a emplie de poésie, l’a mise en couleur. J’ai aimé l’écriture de l’auteure, la fluidité de ses mots. Ce roman est joyeux et surtout, il donne une folle envie de voir ce qui nous entoure, ce qui nous arrive avec une palette de très jolies couleurs. L’optimisme de Louise est contagieuse et ce premier roman est à lire, à relire encore et encore!!

 

Possession.

« Possession »

de Paul Tremblay

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« Possession » de Paul Tremblay: la couverture donne le ton de ce roman que j’ai pu lire grâce aux éditions Sonatine.

Marjorie, la fille de quatorze ans de la famille Barrett, commence à manifester des attitudes bizarres. Elle consulte un spy mais rien ne change, bien au contraire… Son père décide de demander de l’aide à un prêtre qui préconise un exorcisme. Et cet exorcisme va être filmé par une émission télé et connaître, comme beaucoup de téléréalités, le succès.

« Vous avez vraiment vu un démon ou un esprit maléfique sortir de leur corps? Il ressemblait à quoi? Vous avez vu quelque chose au moins? Un genre de volute, comme la fumée d’un feu de camp? Est-ce que le démon est aspiré petit à petit hors de la personne possédée et se raccroche à son corps comme à une bouée de sauvetage? Ou est-ce qu’il s’éclipse sans faire de bruit, comme un enfant qui quitte le nid familial? Mais peut-être que vous n’avez rien vu, si l’esprit est resté invisible, qu’est-ce qui vous dit que l’exorcisme a fonctionné? »

Je ne peux pas dire que « Possession » m’a fait peur mais « Possession » m’a tenue en haleine, m’a fait frissonner, m’a fait me ronger les ongles… Paul Tremblay sait créer un suspens à la limite du soutenable!! « Possession » est l’exorciste contemporain car Paul Tremblay fait intervenir la téléréalité dans son récit! L’histoire est racontée par Merry la fille de huit ans de la famille Barrett, ce qui ajoute une tension supplémentaire, la lecteur voit les scènes à travers les yeux d’une petite fille. Cette même petite fille décrit les scènes avec une telle précision que le film se déroule sous nos yeux de lecteur. Ayant vu « L’exorciste » à la télévision, certaines scènes de « Possession » sont les mêmes et sont tout aussi impressionnantes. Mais, ce thriller n’est pas une copie de « L’exorciste ». C’est bien plus: c’est le reflet de la société actuelle avec la téléréalité qui rentre réellement dans les foyers, l’existence des réseaux sociaux. Que penser de ce père de famille qui accepte que sa fille malade soit filmée dans les pires situations? Que penser de ce voyeurisme? Mais la force de ce roman est l’envers du décor! En effet, Paul Tremblay nous emmène dans les coulisses de la téléréalité, dans sa perversion, dans sa comédie, sa mise en scène et cela toujours par le biais de Merry, la sœur qui va tout raconter. « Possession » est un thriller qui fait réfléchir, qui bouscule. Il y parle de l’horreur que peut vivre une famille face à un être diabolique, et de la manipulation de la télévision.

« Possession » est un roman angoissant, palpitant où les nerfs sont mis à l’épreuve: un père qui cherche les solutions dans la foi, une mère totalement dépassée par les évènements, une sœur possédée, et une petite fille qui cherche l’amour de tous, et au milieu de tout ça, les regards des autres à travers le petit écran. Paul Tremblay fait monter l’angoisse petit à petit, plonge son lecteur dans un questionnement, et bouleverse les codes jusqu’à la fin de son roman!

 

 

Un mariage anglais.

« Un mariage anglais »

de Claire Fuller

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Quel joli roman que les éditions Stock m’ont permis de découvrir: « Un mariage anglais » de Claire Fuller.

1976, Ingrid, jeune femme ambitieuse de 20 ans, tombe amoureuse et enceinte de son professeur universitaire de littérature, Gil Coleman. Elle épouse cet homme à femmes et fait fi de ses beaux projets. Ensemble, ils auront deux filles, Nan et Flora, et ils vivent dans le pavillon de nage de Gil. Gil est écrivain et il s’absente de plus en plus laissant Ingrid seule avec ses deux filles. Ingrid se met à écrire des lettres à Gil, elle lui écrit tout ce qu’elle ne peut lui avouer puis cache ses lettres dans des livres et un jour, Ingrid disparaît. Croyant la voir douze ans après, Gil la poursuit et chute. Ses filles viennent près de lui, dans leur maison…

« Les vérités cachées déclaras-tu, sont les forces vives de l’écrivain. Vos souvenirs, vos secrets. Oubliez l’intrigue, les personnages, le plan; si vous voulez vraiment être un écrivain, il va falloir plonger les mains dans la fange jusqu’aux poignets, aux coudes, aux épaules, creuser pour déterrer vos secrets les plus obscurs, les plus intimes. »

J’aime beaucoup les romans épistolaires, les romans contemporains, les romans où l’amour est le fil rouge, et dans « Un mariage anglais », il y a tout ça et ce fût un vrai plaisir de le lire! J’ai aimé lire les lettres d’Ingrid écrites pour son époux, ses lettres où elle se dévoile, se rappelle leur histoire d’amour depuis le premier jour; où elle raconte à son mari ses journées avec ses filles; où elle ne se ment plus et sait la vérité. J’ai aimé découvrir les titres des livres dans lesquelles Ingrid glisse ses lettres, titres qui rappellent étrangement la lettre. J’ai aimé nager dans l’océan avec Ingrid, sentir les vagues, l’iode, le sable. J’ai aimé Gil avec Ingrid, leur histoire d’amour si passionnée jusqu’à être destructrice mais si essentielle à Ingrid et à Gil. J’ai aimé Flora et Nan, les voir grandir, une plus vite que l’autre; j’ai aimé la naïveté de Flora, sa volonté de ne rien voir mise à part le bon côté de son père, son attachement fusionnel avec sa mère; j’ai aimé le sérieux de Nan. J’ai aimé l’énergie de Gil, l’écrivain Gil, l’amoureux fou Gil, le vieil homme Gil. J’ai aimé le pavillon de nage, sa plage, sa côte anglaise, son pub. J’ai aimé la manie de Gil de conserver tous les livres qui croisaient son chemin. J’ai aimé le salon du pavillon de la nage avec toutes ces piles de livres qui menacent à tout moment de s’écrouler comme un château de cartes.

« Gil collectionnait les notes dans la marge, les pages griffonnées, les babioles utilisées comme marque-page et oubliées ensuite. Chaque fois que Flora revenait à la maison, il lui montrait ses dernières trouvaille: photos, cartes postales, lettres, bordereau de caution, tickets de caisse, une recette écrite à la main, des dessins, des cartes de Saint-Valentin, des tickets de cinéma, une carte de bon rétablissement, un mot d’excuse pour la maîtresse; toutes sortes de morceaux de papiers qui lui permettaient de reconstituer le puzzle de la vie des autres, des autres qui avaient lu ce livre et y avaient laissé leur empreinte. »

Claire Fuller m’a entièrement apportée avec elle dans son joli roman. J’étais aux côtés d’Ingrid sur la véranda quand elle écrivait ses lettres, d’une écriture que j’imaginais très féminine, avec un joli tracé. Ses lettres sont des lettres d’amour, amour qui peut paraître déraisonnable au vu des mensonges, des tromperies, de l’absence de Gil. Mais l’amour d’Ingrid pour son mari va au-delà… « Un mariage anglais » est un roman qu’il est difficile de poser, de fermer tellement cette famille Coleman est attachante et aimante à sa manière, avec ses propres codes et ses singularités. J’ai eu un réel plaisir à découvrir la plume de Claire Fuller et son dernier roman, me donnant envie d’en lire davantage de cette auteure. Vous vous êtes pas trompés les éditions Stock avec « Un mariage anglais »!!