Le plongeon.

« Le plongeon »

de Séverine Vidal et Victor L. Pinel

Une jolie bd sur le thème des EHPAD, « Le plongeon » de Séverine Vidal et Victor L. Pinel chez les éditions Grand Angle.

Yvonne, 80 ans, quitte sa maison pour entrer à l’EHPAD. Quel changement pour elle qui est encore indépendante. Un changement de vie pas des mieux accueillis. Mais elle va essayer d’en tirer le mieux et va rencontrer une belle bande de « vieux » aussi énergiques qu’elle.

Quel bouleversement dans la vie d’une personne quand celle-ci doit aller vivre en EHPAD, établissement hospitalier pour personnes dépendantes. Que c’est moche comme nom, surtout quand la personne âgée est encore indépendante mais qu’elle ne peut plus rester seule chez elle. C’est le cas d’Yvonne qui devient triste, morose voire méchante quand elle va habiter dans un établissement de ce type. Elle se retrouve dans une chambre impersonnelle, doit respecter les consignes et les horaires, est entourée de personnes déficientes, ne peut plus faire ce dont elle a envie. C’est difficile d’entrer en EHPAD. Mais au lieu de déprimer, Yvonne décide d’en prendre partie et elle va rencontrer une jolie bande de « vieux » aussi dynamiques qu’elle et marrants. Ensemble, ils vont conjuguer au mieux avec cette nouvelle vie et vont même être attentionnés avec les autres, ceux qui sont moins capables. Sans oublier le personnel médical dont Youssef, leur complice en quelque sorte. 

Dans « Le plongeon », Séverine Vidal évoque ce que tous redoutons. La vie en EHPAD est tout de même synonyme de vieillesse et plus. Elle parle de ce désarroi qui accompagne l’entrée dans l’établissement, la solitude qui se fait encore plus ressentir, la famille qui se fait beaucoup moins présente, la décadence de certains pensionnaires, une certaine privation de libertés. Ayant été en stage en maison de retraite, y avoir été pour visiter ma grand-mère, c’est un lieu qui m’a toujours apparue dénuer d’amour, de bien être. Il m’est difficile de voir nos aînés « abandonnés » tous ensemble. Avec Séverine, « Les mimosas » donnent une autre image mais qui me semble tout de même un brin idéalisée. En effet, le personnel soignant est aux petits soins (heureusement que cela arrive plus souvent que nous pouvons le penser), l’entraide entre pensionnaires est présent. Cependant, Séverine met en avant les visites familiales qui s’étiolent dans la durée et dans le temps, les personnes âgées qui perdent la tête et la difficulté pour les compagnes/compagnons de laisser leur moitié avec un sentiment de culpabilité. Ce qui m’a donnée espoir, c’est cette joyeuse bande de vieux comme j’aime à les appeler et cette jolie histoire d’amour que va vivre Yvonne qui prouve bien que l’amour n’a pas d’âge. Et pis j’ai adoré la fin!!! 

L’histoire que nous raconte Séverine Vidal est merveilleusement bien mise en dessin grâce à Victor L. Pinel. Ces dessins sont justes extraordinaires et comme il le dit dans une interview, cela était une première pour lui de dessiner des personnes âgées avec leurs rides, leurs corps qui changent, la vieillesse, surtout qu’il y a très peu d’exemples. Victor a su donner les bonnes expressions à chaque visage, les bonnes rides et surtout il a eu l’audace de dessiner des corps de personnes âgées nues et ces corps sont magnifiques. Tout est réel et c’est beau. J’ai découvert l’auteure et l’illustrateur avec cet album. J’ai trouvé que leur travail se complétait à merveille et que cela donnait vie aux personnages. C’est beau, c’est plein d’espoir mais sans cacher la vérité, c’est touchant, c’est sensible. Cela donne foi en ces établissements et je suis sûre qu’il y a des tas de Mimosas, il suffit de les trouver!

« Le plongeon » de Séverine Vidal et Victor L. Pinel chez Grand Angle, 13 janvier 2021.

Le monde au balcon.

« Le monde au balcon »

de Sophie Lambda

Un carnet croqué par Sophie Lambda chez les éditions Albin Michel« Le monde au balcon ».

J’avoue: je ne connaissais pas Sophie Lambda avant de découvrir « Le monde au balcon »… Mais ça , c’était avant!!!

J’avoue encore: les livres sur le confinement et autres ne vont pas faire partie de ma pal… Mais ce « carnet dessiné d’un printemps confiné »est l’exception qui confirme la règle!

Dans ce carnet, Sophie Lambda croque son confinement mais son confinement est notre confinement aussi. On ne peut que se retrouver dans plusieurs situations que Sophie a dessiné. Faire la cuisine. Les apéros zoom. Les tenues vestimentaires les plus improbables. le ménage. Je suis sûre que cela parle à beaucoup!! J’ai souri à la découverte de plusieurs situations! Mais Sophie n’en oublie pas les moments difficiles: la solitude, la peur, l’isolement, l’ennui. Et aussi, et il faut retenir cela, les jolis moments comme la nature qui s’est réveillée, les actions de solidarité et les petites choses habituellement insignifiantes mais qui prenaient une saveur joyeuse lors de cette période inédite, impensable, presque surréaliste. Surréaliste avec la pénurie de papier toilette, les attestations à remplir pour mettre le nez dehors, ces nouveaux sportifs!

Dans « Le monde au balcon », Sophie croque des moments de vie, et elle insère aussi des photos, des captures d’écran, des images réelles même si elle n’avait pas besoin car ses dessins sont vraiment réalistes! Tout cela, Sophie Lambda le fait avec humour, empathie, sincérité et humilité. C’est réjouissant car cela permet de dédramatiser beaucoup ces mois bizarres que nous avons tous vécus!! Son carnet n’en est pas larmoyant et j’ai pris plaisir à le découvrir. Comme beaucoup de mes copains, ce carnet sera un album souvenir pour ne pas oublier. Ne pas oublier la solidarité. Ne pas oublier la nature qui reprenait vie. Ne pas s’oublier. C’est cela que je veux retenir!!!

PS: désolée Sophie mais c’est moi la plus grand fan de Friends!!! Il suffit de demander à Phoebe, Ross et Monica qui vivent avec moi!!!!

« Le monde au balcon » de Sophie Lambda chez Albin Michel, 2 septembre 2020.

Le Temps des Mitaines.

« Le Temps des Mitaines »

de Loïc Clément et Anne Montel

« Le Temps des Mitaines », tome 1 « La peau de l’ours » et tome 2 « Coeur de renard » de Loïc Clément et Anne Montel chez les éditions Dargaud.

Dans le village des Mitaines, une bande d’amis font leur vie d’enfants animaux. Ils vont à l’école où malheureusement un enfant disparaît. Ils font des stages en entreprise et sont confrontés au capitalisme. Des amis qui se soutiennent et aident les autres.

J’ai lu les deux tomes de « Le Temps des Mitaines » en une fois et j’ai passé un super moment de lecture en compagnie d’Arthur, Kitsu, Pélagie, Willo et Gonzague et les autres. Il faut absolument découvrir la vallée des Mitaines et ses habitants, des animaux héros dotés de pouvoirs. Il faut découvrir ce décor minutieux, réaliste aux multiples détails. Il faut partir à la rencontre de ces enfants qui mènent la même vie que les enfants humains, avec les mêmes rêves, les mêmes galères et la même complicité. Dans le tome 1, c’est une enquête que vont mener ces amis: retrouver leur amis disparus. Ils vont fouiller, trouver des indices, émettre des plans et surtout ils vont s’allier pour mener à bien cette enquête. Dans le tome 2, les amis vont faire face au capitalisme qui détruit les petites entreprises familiales et tout ça en négligeant le côté écologiste. Les amis vont se battre, vont affronter le puissant pour sauver la production locale.

En plus d’être des albums trop beaux, « Le Temps des Mitaines »  raconte de vraies histoires avec des messages pour les plus petits lecteurs comme les plus grands. L’auteur, Loïc Clément, a une imagination extraordinaire pour avoir imaginer cette vallée et les personnages. Et que dire du travail de Anne Montel au niveau des illustrations. Elles sont de toute beauté avec des couleurs superbes. Le trait est fin, subtil empli de détails. Dans ces albums, tout se lit, se regarde, se découvre, se détaille, des dessins à l’histoire!

« Le Temps des Mitaines » sont des albums que je ne peux que vous dire de découvrir au plus vite!

« Le Temps des Mitaines, La peau de l’ours » et « Le Temps des Mitaines, Le coeur du renard » de Loïc Clément et Anne Montel chez Dargaud, 24 janvier 2020 et 10 juillet 2020.

Béatrice.

« Béatrice »

de Joris Mertens

Un très bel album graphique chez les éditions Rue de Sèvres« Béatrice » de Joris Mertens.

Pour se rendre à son travail dans un grand magasin, Béatrice prend le train chaque jour. Et dans la gare, il y a un sac rouge que Béatrice voit chaque jour jusqu’à ce qu’elle se décide à le prendre et le ramener chez elle.

Un album graphique où tout ne passe pas que par les dessins, les couleurs, le graphisme. L’auteur, Joris Mertens, a mis aucun texte dans « Béatrice », aucune légende mis à part quatre titres de chapitre. Et cela rend encore plus beau cet album car j’ai encore plus regardé les dessins, j’ai tout examiné surtout qu’il y a dans chaque graphisme une foultitude de détails. D’ailleurs grâce à des détails, nous savons que l’histoire de Béatrice se passe dans les années 1970 (merci les publicités!). Que Béatrice travaille dans un grand magasin (clin d’oeil à « Aux bonheurs des Dames »). Que Béatrice, comme beaucoup, prend le train pour se rendre à son travail. Que Béatrice, dont la curiosité est forte, va prendre ce sac rouge qu’elle ne cesse de voir dans le hall de la gare. Que ce sac referme un album photos des années 20.

En fait, c’est fou tout ce que Joris Mertens a fait passer comme message, comme histoire, comme émotions rien que par ces dessins. Attention, ces dessins sont justes superbes. Et les couleurs reflétant tellement la ville. Et le personnage de Béatrice que l’auteur a magnifiquement dessinée. Elle apparait avec son manteau rouge, ses lunettes noires. Même si elle en parle pas, toutes ses émotions sont inscrites sur son visage et nous pouvons découvrir ce qu’elle pense. Quand Béatrice imagine les années 20, les couleurs deviennent sépa comme pour délimiter les époques.

À travers ses dessins et son histoire, Joris Mertens met en avant la solitude liée aux grandes villes. Il parle aussi de l’amour à travers cet album photo. Il montre la pollution visuelle avec tous ces panneaux publicitaires. La folie des transports en communs également. Dans « Béatrice », le pouvoir de l’imaginaire a une jolie place. Grâce à tout cela, l’auteur a dessiné une très belle histoire. Il a donné toute la place au graphisme et a fait passé de très belles émotions.

En lisant « Béatrice », c’est comme si je lisais un storyboard d’un prochain film avec ses vignettes de taille différentes selon l’importance de la scène. Tout est prêt pour faire le film et cela tombe bien car Joris Mertens travaille pour le cinéma!

« Béatrice » de Joris Mertens chez Rue de Sèvres, 04 mars 2020.

 

Vent mauvais.

« Vent mauvais »

de Cati Baur

Un beau roman graphique: « Vent mauvais » de Cati Baur chez les éditions Rue de Sèvres.

Béranger est scénariste, il a écrit une grosse comédie à succès il y a 15 ans. Il a deux filles en garde alternée. Béranger peine à écrire la suite de sa comédie. Il décide donc de partir de Paris et de s’installer à la campagne, au pied d’éoliennes.

Il s’en passe des choses dans une année… Cati Baur, dans « Vent mauvais », nous raconte un an de la vie de Béranger, et de Marjolaine, sa voisine. Un an qui commence par le départ de Béranger de Paris pour s’installer en campagne dans une maison à côté d’éoliennes. Quitter Paris, tous ses amis se foutent de lui et de cette envie de partir mais au fond, ils l’envient tous car lui a le courage de quitter la capitale, de quitter les embouteillages, de quitter la pollution, de quitter les problèmes de logement parisien, de quitter une vie parisienne à mille à l’heure. Béranger souhaite une vie proche de la nature, sans le stress associé aux grandes villes. Il sait qu’à la campagne, il arrivera à écrire la suite de sa comédie. Et fait assez curieux, Béranger est attiré par les éoliennes. Il est comme hypnotisé par les palmes et le bruit, ce qui n’est pas le cas de beaucoup des habitants. C’est un autre sujet que l’auteure parle dans ce roman graphique: les éoliennes et le débat autour de leur installation et de leur répercussion sur la santé des habitants. Et par l’intermédiaire de ces éoliennes, il y est question de l’écologie.

Dans le village où Béranger vit, il y a Marjolaine, sa voisine, la propriétaire du bibliobus, la fille du propriétaire du terrain loué aux éoliennes. Marjolaine dont les parents, ou plutôt la mère est violente aussi bien dans ses paroles que dans ses actes. Marjolaine qui ne s’habille pas à la mode. Marjolaine qui aime le scrabble. Marjolaine qui va vivre une idylle avec Béranger. Marjolaine qui va comprendre Lison, la fille de Béranger, sa fille un peu ronde dont la mère ne la comprend pas. Lison qui vit une adolescence un peu traumatisée.

« Vent mauvais » est un beau roman graphique avec des sujets délicats abordés. Cati Baur raconte, met en avant beaucoup de choses à travers ses dessins et ses bulles. Le graphisme parle beaucoup dans « Vent mauvais », il est aussi important que les dialogues. Par les dessins, j’ai été transportée dans la campagne, j’ai entendu les bruits des éoliennes, j’ai ressenti l’apaisement de Béranger dans sa nouvelle vie, j’ai compris les envies de Marjolaine. « Vent mauvais » fait réfléchir à bien des niveaux. Ce roman est écrit et dessiné d’une jolie façon, avec de l’émotion. J’ai aimé ma découverte du monde de Cati Baur (même si je n’aurais jamais pensé à cette fin là…) et je ne peux que conseiller la lecture de « Vent mauvais ».

« Vent mauvais » de Cati Baur chez Rue de Sèvres, 10 juin 2020.

Pucelle.

« Pucelle »

de Florence Dupré la Tour

« Pucelle » de Florence Dupré la Tour est le tome 1, « Débutante », d’une autobiographie chez les éditions Dargaud.

Dans la famille de Florence, on ne peut jamais parler de ce qui se passe en-dessous de la ceinture. Depuis toujours, Florence ne sait donc rien et elle s’imagine des choses qui ne sont pas la vérité. C’est donc une enfant qui ignore tout de son propre corps…

Sachant que ce roman graphique est autobiographique et que l’auteure est née en 1978, cela fait froid dans le dos dans le sens où ce récit fait penser à ce qu’il pouvait se penser dans les familles dans les années 40 et non de nos jours (à quelques années près). Dans « Pucelle », Florence Dupré la Tour dénonce le tabou autour de la sexualité, la position du père de la famille, la religion chrétienne et ses extrêmes, le racisme. Cela fait beaucoup pour une petite fille mais c’est malheureusement bien réel. C’est la réalité de l’auteure. Florence est née dans une famille bourgeoise catholique où le père tient à merveille son rôle de patriarcal. Où la mère n’est qu’une mère de famille. Où les parents n’expliquent rien à leurs enfants. Où les parents parlent ouvertement devant les enfants sans que ces derniers comprennent. Où les parents se sentent supérieurs à d’autres personnes et ici en particulier les Guadeloupéens.

En lisant « Pucelle », je fus bouleversée par ce qu’il arrivait à la petite fille, à tous ces non-dits, à ce désarroi, à cette peur qu’elle ressent. Je me suis demandée comment des parents pouvaient laisser leurs enfants dans une telle ignorance. Et comme quoi, le milieu social n’en est pas la cause… Ce récit est brutal, difficile et perturbant. Florence enfant dégage une violence incroyable pour son âge, une violence choquante, une violence que ses parents ne voient même pas. Florence se fait des films comme on dit. Elle se fait des films sur ses règles quand elles arrivent. Elle se fait des films sur les rapports sexuels. Elle se fait des films sur les relations en général. Florence ne peut qu’imaginer vu que ses parents ne lui apprennent rien et que l’église donne un discours assez extrémiste. Mais la question est de savoir comment Florence va pouvoir devenir une femme équilibrée, bien dans son corps, bien dans ses relations avec les hommes quand on connait son enfance et tous les tabous qu’elle a connus?

Les dessins sont à l’image de l’histoire de Florence: ils sont bruts, forts. J’ai ressenti toute la rage de Florence dans ses dessins faits à la main levée comme une envie de dessiner mais rapidement sans donner dans les détails. Et on peut voir toute la rage de Florence enfant dans le portrait qu’elle fait d’elle: une petite fille toujours en colère. Et oui, les dessins ne sont pas les plus beaux que j’ai pu découvrir dans les bd mais ils collent avec le message que veut transmettre Florence ave « Pucelle ». Cette bd est à découvrir par tous pour appréhender les dégâts que peut faire les non dits!

« Pucelle » de Florence Dupré la Tour chez Dargaud, 15 mai 2020.